BinHappy : le courant passe par nos déchets...
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr
Depuis janvier 2018, une start-up « 100% made in Normandie » vient bousculer les poubelles du Havre. L'objectif d'Ophélie et Maëlis, fondatrices de BinHappy, qui signifie « poubelle heureuse » en français, est de s'attaquer au recyclage des déchets alimentaires. Forte de son partenariat avec des agriculteurs de la région disposant de méthaniseur, la start-up parvient à produire de l'électricité renouvelable et locale…

Le saviez vous ? Le tiers de nos poubelles est rempli de déchets alimentaires

Les biodéchets, autrement dit tous les déchets issus de matières organiques, animales ou végétales, provenant principalement de restes de repas ou de produits alimentaires périmés, représentent environ 30% des déchets rejetés par les Français, chaque année. Lorsqu'ils ne sont pas collectés séparément, les biodéchets finissent enfouis ou incinérés en décharge, générant ainsi d'importantes pollutions.

Conscient du potentiel énergétique, économique, social et environnemental que peut offrir l'économie circulaire dans le retraitement des biodéchets, la start-up BinHappy propose aux professionnels de la restauration commerciale ou collective des solutions, pour mieux gérer leurs biodéchets.

1 tonne de biodéchets c'est :

  • 150 M3 de biogaz ;
  • 0,9 tonne d'engrais naturel agricole ;
  • des centaines de citoyens mobilisés au sein de leurs territoires.

Recycler n'est pas une mode, mais un devoir...

« Nous apportons une réponse concrète à un besoin », explique Ophélie, la cofondatrice de BinHappy. « Depuis le 1er janvier 2016, la loi de transition énergétique impose aux professionnels générant plus de 10 tonnes de biodéchets par an [environ 250 couverts par jour, ndlr] de trier et valoriser leurs restes alimentaires. Le problème, aujourd'hui encore, c'est que nombreux sont ceux qui ignorent cette réglementation, ou ne peuvent tout simplement pas la mettre en place, faute de solutions de collecte ou de traitement dans leur ville. Nous avons voulu y remédier ! »

La loi du Grenelle 2 a introduit le principe de « pollueur/payeur » pour les biodéchets : au-delà d’un certain seuil, la restauration collective est désormais responsable du tri, de la collecte et de la valorisation de ses biodéchets. En cas de non respect, les sanctions peuvent être lourdes : de 75 000 à 150 000 euros d’amendes.

Comment transforme-t-on des ordures en électricité ?

  • première étape, le tri sélectif : mise à disposition d'un bac de collecte spécifique pour l'ensemble des déchets alimentaires ;
  • ces déchets sont ensuite collectés par BinHappy, 2 fois par semaine, auprès de chaque restaurant partenaire ;
  • les biodéchets sont pesés, puis transportés chez l'agriculteur / méthaniseur, installé à 35 km du Havre ;
  • une fois arrivés sur l'exploitation agricole, les biodéchets sont contrôlés et entrent en phase d'hygiénisation, durant laquelle ils sont broyés et chauffés à plus de 70 °C ;
  • ils sont ensuite mélangés avec les effluents d'élevage dans le digesteur (cuve chauffée à 37°C, sans oxygène) ;
  • durant 20 à 60 jours la matière va fermenter et produire du biogaz ;
  • c'est ce biogaz, issu de la fermentation, qui va servir à produire de l'énergie électrique et thermique, grâce à un moteur de cogénération ;
  • une fois le processus achevé, l'agriculteur vend son électricité à EDF, utilise l'énergie thermique pour chauffer sa ferme, et épand le digestat qui sert de fertilisant aux cultures et offre une alternative aux engrais de chimique.

Une aventure prometteuse ancrée dans son territoire

Un an après son lancement, Binhappy a déjà séduit une quinzaine de clients havrais (restaurateurs, maisons de retraite, collèges) auprès desquels la start-up collecte près de 3 tonnes de biodéchets chaque semaine. Soucieuses de fédérer un maximum de partenaires autour de leur démarche, les fondatrices de BinHappy n'hésitent pas à former un vaste public aux bonnes pratiques de tri. Des collégiens aux résidents de maisons de retraite, tous accueillent l'initiative avec beaucoup d'intérêt.

Pour Mathieu Deschamps, l'agriculteur partenaire, ce projet est une « aubaine ! ». S'inscrire de cette façon dans l'économie locale et circulaire est une chance, souligne-t-il. « BinHappy a une approche très pédagogique sur un large public qui, le plus souvent, ne connaît pas la méthanisation. On fait ainsi évoluer les mentalités sur le métier d'agriculteur, et on sécurise dans le même temps nos revenus par des activités complémentaires ».

Chaque année, l'installation de Mathieu Deschamps produit plus de 8 millions de kWh d'électricité, soit la consommation moyenne de 2500 foyers et lui assure environ la moitié du chiffre d'affaire de sa ferme.

BinHappy, une entreprise membre du réseau Gecovalim

Créé en 2019, ce réseau rassemble 7 entreprises sociales et solidaires soucieuses d'échanger sur leurs pratiques et de promouvoir la bioéconomie à travers la France.

Les actions phares de Gecovalim :

  • des véhicules de la municipalité lilloise qui roulent grâce à des huiles de friture recyclées, soit 95% démission de gaz à effets de serre en moins par rapport au gasoil ;
  • plusieurs millions de Kilowatts d’électricité produits chaque année à partir des biodéchets collectés ;
  • production de bûches combustibles faites à base de marc de café ;
  • recyclage des huiles alimentaires usagées en huiles pour chaînes de tronçonneuse.

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