Sécheresse et chaleur 2018 : impact sur l’état sanitaire des forêts
François Faucon / ONF

La sécheresse exceptionnelle de 2018, couplée à des températures anormalement élevées sur une période longue, a eu de fortes conséquences sur les arbres forestiers. Dans un premier temps, des mortalités ont été observées au niveau des plantations et des jaunissements, des rougissements et des pertes de feuilles se sont rapidement manifestés dans certains peuplements. Cet évènement climatique, cumulé aux sécheresses localement importantes de 2015 à 2017, a engendré une première crise sanitaire avec des scolytes massivement présents dans les pessières. A partir du printemps 2019, des dégâts dans les hêtraies ont été observés dans le Grand-Est et la Bourgogne Franche-Comté avec des arbres adultes qui n’ont pas ou très peu débourrés. Ainsi, l’année 2019 voit s’accumuler les mortalités d’arbres adultes, en particulier pour les épicéas, les hêtres, les sapins et les pins sylvestres. La situation est évolutive et les effets sur les forêts continueront à se manifester et seront dépendantes du climat à venir.

Rappel des faits climatiques 

L’année 2018 a été marquée par une sécheresse exceptionnelle de juin à octobre dans tout le nord-est de la France. L’automne a été très sec et chaud sur une longue période. L’été a été le deuxième le plus chaud depuis 2003. L’année 2018 a été la plus chaude jamais enregistrée par Météo France depuis 1900. Ces conditions climatiques exceptionnelles ont mis à mal les peuplements forestiers, déjà perturbés par les épisodes de sécheresses et de chaleur localement importants de la période 2015 à 2017. Paradoxalement, le pourtour méditerranéen a reçu d’abondantes précipitations.

Conséquences visibles dès juillet 2018

  • Le déficit hydrique combiné aux fortes températures s’est traduit par des flétrissements, jaunissements, rougissements précoces et chutes de feuilles dans les houppiers dès juillet 2018, essentiellement sur les feuillus (hêtre, charme, tilleul, chêne, bouleau) mais aussi sur les résineux (douglas essentiellement).

Crédit ci-après
M. Mirabel

Naisey-les-Granges, fin juillet 2018.

  • Les dommages sont essentiellement marqués dans les régions Bourgogne-Franche Comté et Grand-Est. Les premiers dégâts se sont manifestés dans les peuplements les plus fragiles : sur station à faible réserve en eau, versants sud, lisières, peuplements de basse altitude et les régénérations et jeunes plantations.
    Ces symptômes sont les premiers signes du stress subis par les arbres. D’autres conséquences font suite sur le moyen et le long terme. Dans un premier temps, les arbres affaiblis subissent les attaques de parasites de faiblesse (insectes et champignons).

Multiplication des attaques de bioagresseurs

Sur épicéas…

  • Une épidémie de scolytes sur épicéas a marqué l’année 2018 dans tout l’Est de la France et toute l’Europe centrale. Les premières pessières attaquées ont été celles situées en dehors de leur optimum écologique, en plaine dans toute la moitié nord de la France, sur le plateau jurassien, les Vosges saônoises, les contreforts du Morvan… Les rougissements de cimes ont continué jusqu’en milieu d’hiver car l’automne chaud et sec a permis aux scolytes de poursuivre leur cycle très tard en saison. Les attaques d’insectes réalisées en 2018 ont conduit aux rougissements massifs observés en ce printemps 2019.

Crédit ci-après
J. Da Rocha

Épicéas de la forêt de Rye (39), septembre 2018.

Sur pins…

  • Sur les pins, les ravageurs secondaires ont également su profiter des conditions climatiques des dernières années et de l’affaiblissement des arbres. Les populations d’insectes ont accompagné les mortalités de pins. Les attaques se matérialisent par des décollements d’écorces et des mortalités d’arbres, dans le Nord, en Seine-et-Marne, Essonne et Indre.
  • Par ailleurs, les peuplements de pins ont parfois été infectés par le sphaeropsis des pins (Diplodia sapinea), qui peut intervenir à la suite d’épisode de sécheresse.

Crédit ci-après
F. Faucon / ONF

Pins sylvestres à Fontainebleau, juillet 2019.

Sur sapins…

  • Les sapins ont également subi des attaques d’insectes cambiophages en particulier dans les Vosges, le Jura et le Massif Central, mais également dans les Alpes et les Pyrénées. La phase épidémique est corrélée au stress subi par les sapinières.

Crédit ci-après
M. Mirabel

Dépérissement de sapins et hêtres dans le Doubs, juillet 2019.

Des mortalités exceptionnelles de hêtres adultes en 2019

  • Depuis le printemps 2019, des dépérissements de hêtraies avec mortalités d’arbres adultes se révèlent. Les symptômes visibles sont une absence de débourrement ou des débourrements partiels, des écoulements corticaux, des branches mortes et des déficits foliaires. Pour l’instant, peu de parasites ont été enregistrés mais ces derniers pourraient profiter de cette situation. Ce phénomène touche le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté, en particulier l’axe Belfort-Gray, mais il dépasse également les frontières.

Des mortalités d’arbres adultes

  • En plus du hêtre, d’autres essences enregistrent des mortalités depuis le printemps 2019, en particulier le pin sylvestre, le sapin et le douglas.

La situation est très évolutive et elle dépendra du climat à venir. La gestion de la crise passera par une adaptation de la gestion forestière. La prise en compte des différents risques (sécurité, sanitaires, sensibilité des peuplements, aléas climatiques...) devront permettre de prioriser les exploitations et guider la réflexion pour les futurs reboisements.

Symptômes et mortalités liés à la sècheresse observés par les correspondants-observateurs du DSF entre juillet 2018 et juillet 2019.

À télécharger

Sécheresse et chaleur 2018 : impact sur l’état sanitaire des forêts (PDF, 2.26 Mo)

    Voir aussi