Luc Maurer : « La crise nous conduit à retrouver la quintessence de l’acte éducatif et les valeurs qui sont l’ADN de l’enseignement agricole »
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Luc Maurer a été nommé adjoint à la directrice générale, chef du service de l’enseignement technique agricole, le 2 novembre dernier, après près de quatre années passées à la tête de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF) des Hauts-de-France. Premiers enseignements de la crise, protocoles sanitaires et priorités éducatives : il fait le point.

Quels enseignements peut-on tirer de la première vague de la crise sanitaire, qui a fortement pesé sur l’année scolaire passée ?

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L’enseignement agricole technique, c’est-à-dire du niveau 4e/3e jusqu’aux BTSA et aux classes préparatoires aux grandes écoles, en passant par les CAPa, les Bac Pro et le Bac général spécialité Biologie-écologie (enseignement assuré uniquement dans nos établissement d’enseignement), ce sont 800 établissements, publics et privés, 16 000 agents, principalement des enseignants, et 138 000 élèves. Depuis mars 2020, la priorité de la Direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER) a été d’assurer la sécurité sanitaire de tous, et ensuite de faire en sorte que les enseignements se poursuivent au mieux.

Malgré les difficultés, les équipes, au niveau local, régional et national ont réussi à faire face. L’enjeu majeur était le risque de décrochage, et il y en a eu très peu.

C’est une vraie réussite, grâce à la mobilisation de toute la communauté éducative, de tous les personnels et des chefs d’établissement.

Un des remarquables savoir-faire de l’enseignement agricole c’est de mettre en place un vrai lien de proximité avec chaque apprenant. La proximité, l’attention particulière portée à chaque élève, l’approche individuelle sont au cœur de nos valeurs, et dans un tel contexte, cela a été précieux.

La continuité pédagogique, celle de l’enseignement, de la transmission des savoirs et de l’éducation, a été mise en place, comme partout, dans l’urgence. La volonté et la capacité d’adaptation des enseignants et des équipes des établissements a été notre atout majeur. Dans ce contexte, il n’était pas possible d’exiger les mêmes résultats qu’au cours d’une année classique, avec des transmissions aussi abouties. J’ai été bluffé par la capacité de résilience des équipes, chefs d’établissements, personnels, enseignants, et par la force de leur engagement dans leurs métiers. Il faut aussi saluer la mobilisation de l’Inspection de l’enseignement agricole et des dispositifs nationaux d’appui, qui reposent sur des établissements nationaux comme AgroSup Dijon. Ils ont apporté des ressources pédagogiques et méthodologiques indispensables, en particulier pour déployer l’enseignement à distance.

Au-delà de la gestion d’urgence, cette crise nous conduit à une réflexion sur le long terme, en analysant les retours d’expérience et en nous questionnant sur l’acte d’enseigner et d’éduquer. Nous sommes amenés à décortiquer ce qui constitue l’acte de transmission du savoir, évaluer ce qui nécessite fondamentalement du présentiel et ce qui peut être réalisé en distanciel. Aujourd’hui, dans l’acte d’enseigner et d’éduquer, il y a tout à la fois de la transmission de savoirs, de gestes, de savoir-être, de vivre ensemble. C’est un implicite qu’il sera intéressant de regarder de plus près...

Les questions qui se posent nous permettront de sortir plus forts de cette crise. C’est l’occasion de renouer avec la quintessence de l’acte éducatif. C’est un champ de réflexion ouvert, nous n’avons pas fini de tirer les leçons de cette crise.

Comment l’enseignement agricole fait-il face à la deuxième vague ?

Dans ce re-confinement partiel, que vivent les apprenants et les personnels, il s’agit au maximum de conserver le présentiel lorsque le respect des gestes barrières est possible et que la configuration des établissements le permet.

La cantine, par exemple, est souvent un point délicat, il n’est pas toujours possible d’étaler le passage des élèves sans trop bousculer les emplois du temps, même si de nombreux aménagements horaires ont déjà été faits.

Lorsqu’il n’y a pas de solution satisfaisante pour assurer la sécurité sanitaire, il est possible de réintroduire le distanciel, mais en faisant en sorte que chaque élève soit présent pour au moins 50% des enseignements.

Nous portons une attention particulière aux niveaux où les élèves sont les moins autonomes et où le risque de décrochage est le plus élevé, comme les élèves de moins de 16 ans. Là, nous nous efforçons de maintenir le présentiel. Le présentiel est maintenu dans tous les cas pour les classes de collège (4e/3e).

Les modalités d’application sont laissées à l’appréciation des chefs d’établissements, en concertation avec chaque communauté éducative, en relation étroite avec l’autorité académique, et en maintenant le lien avec les familles. Bien entendu, tout cela dépend des capacités d’accueil, de la configuration des établissements, de la densité des élèves sur les lieux.

En quoi consiste le protocole sanitaire renforcé du 6 novembre ?

Il s’est agi de définir, de façon très réactive, des mesures pragmatiques et d’en informer les services déconcentrés et tous les personnels. C’est une gageure, un réel challenge, car tout évolue très vite en ce moment. Cela nécessite beaucoup d’énergie de la part des équipes, au niveau national, régional et local.

Cinq grands principes guident notre action :

  • la sécurité sanitaire de tous ;
  • la cohérence vis à vis des dispositifs de l’Éducation nationale ;
  • la prise en compte des spécificités de l’enseignement agricole, comme l’internat, par exemple, qui concerne 60% des élèves, et le côté technique, pratique, de certains enseignements, que ce soit par exemple sur les exploitations, ou pour les cours de services à la personne ou l’enseignement paysager... ;
  • la subsidiarité, c’est à dire la possibilité d’adaptation laissée aux chefs d’établissements, qui ont à prendre en compte sur un même lieu trois voies de formation différente, avec la formation initiale, la formation continue et l’apprentissage.
  • le dialogue permanent entre les acteurs à tous les niveaux, et en particulier avec les représentants des personnels.

Quelles sont vos priorités ?

Au-delà des urgences générées par la crise, il est essentiel pour nous de continuer à porter tous les grands chantiers de l’enseignement agricole, et son rayonnement en particulier. C’est un appareil remarquable en termes de formations et de débouchés professionnels, avec un taux de 93% de réussite aux examens et une immense variété de métiers à la clé.

Les établissements sont aussi des lieux où l’on met en œuvre, concrètement, les politiques portées par le ministère, qu’il s’agisse, d’alimentation, d’élevage ou d’agro-écologie.

Notre enjeu, c’est de mieux faire connaître toutes ces possibilités, aux jeunes, à leurs parents, au grand public... Beaucoup d’adolescents cherchent leur voie aujourd’hui, certains sont mus par un désir d’engagement citoyen, pour la planète ou pour les autres ; l’enseignement agricole peut leur apporter de belles propositions et autant de voies de succès qui ne demandent qu’à éclore. Nous devons poursuivre et renforcer nos efforts pour consolider et faire connaître ce très bel outil. C’est essentiel et c’est un des points clefs de ma motivation sur ce poste.