Environnement : le changement climatique, une réalité qui s'impose à tous
Eve Deroide / agriculture.gouv.fr
Le changement climatique est une réalité, qui s’impose à tous, réaffirmée à chaque rapport par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

De l’échelle locale à l’échelle internationale, la France travaille à éviter l’ingérable (atténuation) et à gérer l’inévitable (adaptation), à travers les actions engagées depuis les années 2000. Tous les secteurs sont concernés. L’agriculture, l’agroalimentaire et la forêt y prennent toute leur part, avec une particularité pour l’agriculture et la forêt. Directement impactés par les effets du changement climatique, ce sont les deux seuls secteurs à pouvoir capter et stocker naturellement du carbone dans les sols et la biomasse ( puits ). Ils contribuent ainsi à réduire également les émissions des autres secteurs, en produisant des substituts qui permettent de diminuer leurs consommations en énergie fossile.


Qu’est ce que le changement climatique ? L’effet de serre : un phénomène thermique naturel…

Il s’agit d’un phénomène thermique naturel qui existe sur Terre et Vénus. L'atmosphère  joue le même rôle que les parois d’une serre, en laissant passer une partie du rayonnement ultraviolet du Soleil qui vient frapper le sol. Réchauffé, celui-ci émet un rayonnement infrarouge qui est intercepté par les gaz absorbants (appelés gaz à effet de serre - GES). Sans l’effet de serre, la température moyenne de la surface de la Terre serait de –18°C au lieu de 15°C et n’aurait pas permis le développement des formes de vie que nous connaissons.


Source MEDDE

Quels sont les facteurs responsables ? Les gaz à effet de serre (GES)

Même s’ils sont les plus connus et les plus souvent cités, le dioxyde de carbone (CO2) et la vapeur d’eau ne sont pas les seuls GES : il faut aussi compter avec le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (NO2). Si leur présence dans l’atmosphère est normale, leur concentration a en revanche beaucoup augmenté au cours des 50 dernières années, en raison du développement industriel.

A ces gaz d’origine « naturelle » (présents dans l’atmosphère avant l’apparition de l’Homme), il faut ajouter les gaz « artificiels » (leur présence dans l’atmosphère est presque exclusivement imputable à l’activité humaine) : les hydrocarbures halogénés. Destructeurs de la couche d’ozone, le Protocole de Montréal réglemente leur utilisation depuis 1987.
 

Source : CITEPA

  • Ces GES n’ont pas tous le même « pouvoir de réchauffement global » (PRG). Le PRG est calculé en fonction de deux paramètres principaux : la quantité d’énergie que le gaz peut intercepter et sa durée de résidence dans l’atmosphère. Pour faciliter les comparaisons, cet indice utilise comme référence le CO2 et est exprimé en « équivalent CO2 » (noté CO2e). Par définition, l’effet de serre attribué au CO2 est fixé à 1 et celui des autres substances relativement au CO2. Ainsi, 1 kg de méthane a-t-il un pouvoir de réchauffement de l’atmosphère équivalent sur 100 ans à 21 kg de CO2.
     
 
Diagramme présentant les pouvoirs de réchauffement global pour quelques GES concernant les secteurs agricole, agroalimentaire et forestier.

En quoi l’agriculture et la forêt sont-ils concernées ?

Les causes principales des émissions d’origine humaine dans le monde sont : l’utilisation des combustibles fossiles et les changements de l’occupation des terres (GIEC, 2013), comme le déboisement .

Les secteurs agricole, agroalimentaire et forestier sont au centre des préoccupations liées au changement climatique.
2ème secteur émetteur après les transports, l’agriculture française en 2011 représente 20,9 %des émissions nettes françaises en GES.

Source : CITEPA



Les émissions agricoles se répartissent entre le protoxyde d’azote (N2O : 52 %fertilisation azotée et déjections animales), le méthane (CH4 : 37 %fermentation entérique des animaux d’élevage et déjection animale) et le dioxyde de carbone (CO2 : 11 %consommation d’énergie et gestion des sols). Les particules (PM) et certains polluants comme l’ammoniac (NH3) représentent par ailleurs une préoccupation importante en termes de qualité de l’air.

Entre 1990 et 2011, leur réduction a atteint 7,7 %via la diminution de la fertilisation azotée, la baisse des effectifs bovins et le fléchissement de la consommation d’énergie (CITEPA).

En outre, l’agriculture et la forêt sont aussi les seuls secteurs à pouvoir jouer le rôle de puits de carbone par le captage et le stockage du CO2 atmosphérique dans les sols et le bois grâce au processus de la photosynthèse  . Le CO2 ne devient un polluant que lorsque les activités humaines injectent davantage de GES que la biosphère  ne peut en recycler (3GtC par an) et que l’excédent commence à s’accumuler dans l’atmosphère. Ils contribuent également à réduire les émissions des autres secteurs : la biomasse produite servant de substitut à des matières premières fossiles non renouvelables (bois matériau, bois énergie, biomatériaux, chimie bio-sourcée, biocombustibles, biocarburants...).
Enfin, l’agriculture et la forêt sont et seront de plus en plus durement impactées par le changement climatique, avec des répercussions potentielles sur le niveau de production (rendement, qualité des produits...) et la viabilité économique des entreprises concernées.

Comment lutter contre le changement climatique ? Du niveau mondial à l’échelle locale

Au niveau international, la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) est le principal instrument international de lutte contre le changement climatique. Elle fixe un objectif ultime : la stabilisation des « concentrations de gaz à effet de serre dans l’atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique ». Les 195 Parties à la Convention s’engagent à prendre des mesures destinées à stabiliser les concentrations de gaz à effet de serre (GES) dans l’atmosphère dans des délais suffisamment courts (actions dites d’atténuation) et à prendre en compte les besoins d’adaptation des pays en développement aux effets du changement climatique (actions dites d’adaptation). En 1997, la Convention s’est dotée d’un instrument juridiquement contraignant : le Protocole de Kyoto, qui impose aux seuls pays industrialisés signataires, au nombre de 37, une réduction quantitative de leurs émissions de GES sur deux périodes : 2008-2012 et 2013-2020.

Dans ce but, le Protocole de Kyoto, qui met en oeuvre cette convention au niveau des pays développés, impose aux Parties signataires une réduction globale de leurs émissions de gaz à effet de serre sur les périodes 2008-2012 d’une part et 2013-2020 d’autre part. Les négociations onusiennes se poursuivent pour définir en 2015 à Paris un régime global de lutte contre le changement climatique après 2020.

Au niveau européen, le Paquet Énergie Climat est allé plus loin. Outre les objectifs d’accroître l’efficacité énergétique de 20 %et de porter à 20 %la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique, un objectif de réductiondes émissions de GES de 20 %a été fixé d’ici 2020 par rapport à la référence de 1990. Sur cette base, l’UE s’est engagée en décembre 2012 au titre de la seconde période d’engagement du Protocole de Kyoto (2013-2020). En parallèle, l’UE dédie 20 %de son budget sur la période 2014-2020 à la lutte contre le changement climatique, qui figure également parmi les défis récemment identifiés dans le cadre de la Politique agricole commune.

En France, les politiques appliquéesreposent sur deux piliers complémentaires :

- l’atténuation, qui vise la réduction des émissions de GES, l’augmentation des « puits » de carbone et la substitution à l’énergie fossile (éviter l’ingérable) ;

- l’adaptation, qui consiste à intervenir pour limiter les inconvénients des impacts résultant du changement climatique et en exploiter les avantages éventuels (gérer l’inévitable).

- Ces deux dimensions sont étroitement liées, étant entendu que moins la concentration atmosphérique en gaz à effet de serre sera élevée, moins les efforts en termes d’adaptation au changement climatique seront importants.

Les dispositifs nationaux mis en place pour répondre à ces deux enjeux sont respectivement le plan climat d’une part et le plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) d’autre part. Chacun comprenant des chapitres dédiés à l’agriculture et à la forêt, dont le MAAF a la responsabilité.
A travers les Schémas régionaux du climat, de l’air et de l’énergie (SRCAE) et les Plans climat énergie territoriaux (PCET), les régions et les collectivités locales ont défini leurs priorités au regard du contexte local.

Par ailleurs, le MAAF a institué des plans régionaux de l'agriculture durable (PRAD), qui accompagnent notamment la transition climatique des systèmes agricoles et des filières associées. Les PRAD doiventen effet intégrer cette problématique dans les politiques agricoles au niveau des régions, en tenant compte des orientations fixées au niveau territorial (dont SRCAE). Les GES ne connaissant pas les limites frontalières, l’atténuation est l’affaire de tous collectivement. Chaque acteur a donc sa partition à jouer pour limiter son empreinte carbone, tout en maintenant sa compétitivité. En termes d’adaptation, il convient d’apporter une réponse territorialisée prenant en considération le contexte spécifique local pour bien déterminer notamment sa vulnérabilité .

Contact au MAAF (DGPAAT) : Bureau de la stratégie environnementale et du changement climatique - Sous-direction de la biomasse et de l’environnement

Documents de référence relatif au changement climatique

1) Pourquoi l’agriculture et la forêt sont concernées?

2) Lutte contre le changement climatique

- Au niveau international :

- Au niveau national sur les mesures d’atténuation :

  • Quelle contribution de l’agriculture française à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (Réalisation : INRA - Cofinancement : MAAF/ADEME/INRA - sept 2011- août 2013)
    L’objectif de l’étude était d’évaluer le potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’une dizaine d’actions clés dans le secteur agricole en France. Pour chacune des actions, le coût de la tonne de CO2 évitée a également été évaluée, ainsi que les impacts sur les autres enjeux environnementaux.
  • (Réalisation : RAC - Cofinancement : MAAF/MEDDE/ADEME - janvier 2012 - juin 2013)
    L’objectif de l’étude est de fournir quelques exemples illustratifs des actions mises en place à l’échelle territoriale, qui visent l’atténuation du changement climatique, en vue d’inspirer les collectivités et les acteurs du monde rural.
    Les actes de cette journée (présentations visuelles des intervenants et synthèses des présentations/débats) sont en ligne à l’adresse suivante : http://www.rac-f.org/Actes-du-semin...

- Au niveau national sur les mesures d’adaptation :