« L'Allemagne est le premier partenaire politique, économique et agricole de la France »
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Arnaud Brizay est conseiller pour les affaires agricoles à l’Ambassade de France en Allemagne, à Berlin, depuis 2015. Ses missions concernent tous les champs de compétence du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation. Au fil des années, il a pu développer une véritable expertise sur ce pays, partenaire privilégié de la France au sein de l'Union européenne. Rencontre.

Comment résumeriez-vous vos différentes missions ?

Mes missions se déclinent en trois grandes thématiques :

  • l'information et la veille sur les politiques agricole et agroalimentaire allemandes. Cela consiste en quelque sorte à raconter l’actualité agricole allemande aux Français. Je dois toujours rester bien informé, produire régulièrement des notes, des brèves ciblées et répondre aux commandes du ministère de l’Agriculture, et parfois d’autres administrations parisiennes ;
  • le relais d’influence et des prises de positions françaises sur la Politique agricole commune (PAC), les politiques commerciales et environnementales, la santé et le bien-être animal, la sécurité sanitaire des aliments et la forêt. C'est un aspect de mon travail où les relations interpersonnelles revêtent une importance particulière. Il s'agit de se constituer un réseau, de savoir passer le bon coup de fil au bon moment avec pour objectif de faire valoir la voix de la France, tout en tenant compte des perceptions allemandes ;
  • la diplomatie économique. Toutes les occasions sont bonnes pour faire rayonner notre pays, son savoir-faire, son terroir ou sa gastronomie ! Je participe à l'organisation d’événements de promotion des produits français et à l'orientation des entreprises intéressées par les marchés alémaniques (Allemagne et certains cantons suisses). L’Allemagne accueille en effet de nombreux salons mondiaux leaders dans leur domaine : Fruit Logistica, ISM, ProWein, BioFach…

Qu'en est-il de la coopération entre la France et l'Allemagne ?

Avec la signature du Traité d'Aix-la-Chapelle, le 22 janvier 2019, la France et l'Allemagne ont passé un nouveau cap en terme de coopération, et ce sur plusieurs sujets stratégiques. Partenaires européens de longue date, nos deux pays ont de solides habitudes et méthodes de travail en commun… si bien que, même en cas de désaccord, nous continuons de travailler ensemble ! Nos ministres et chefs d'État, ainsi que nos directions techniques, se rencontrent régulièrement. Mais c'est aussi lié à une obligation de résultat : le couple franco-allemand est le moteur de l'Europe.

Quels sont les principaux enjeux de partenariats agricoles ?

Le 16 octobre 2019 à Toulouse, à l’occasion du Conseil des ministres franco-allemands, la France et l'Allemagne ont présenté une position commune sur la coopération dans le domaine du numérique et de la lutte contre la fraude alimentaire. En revanche, si nous sommes d'accord pour simplifier la PAC et relever son ambition environnementale – une demande sociétale forte en France et en Allemagne – nous n'avons pas tout à fait la même position sur son budget.

Et au niveau de l'enseignement agricole ?

Il existe des liens étroits entre l'enseignement agricole français et allemand, notamment au niveau de l'enseignement supérieur. Au niveau de l'enseignement technique agricole, les opportunités en termes de mobilité ne manquent pas, mais mériteraient d'être développées. Nous cherchons par exemple à créer des partenariats entre trois organismes de formation professionnelle en Rhénanie du Nord et des lycées agricoles en France. Dans le domaine de la recherche, malgré une organisation très différente entre les structures allemandes et françaises qui complexifie les échanges, les partenariats sont nombreux. Il n'est pas rare qu'un porteur de projet ou de consortium allemand vienne chercher des Français… et inversement.

L'Allemagne représente-t-elle un marché important pour les entreprises agroalimentaires françaises ?

Oui, la France est le principal partenaire économique de l'Allemagne, à l’import comme à l’export, et cela est vrai aussi pour l'agroalimentaire. L'Allemagne reste notre premier client, bien qu'en 10 ans la France ait perdu 30% de parts de marché dans le pays. Ce n'est donc pas un hasard si l'Allemagne fait partie des quatre pays – avec le Japon, le Mexique et la Côte d'Ivoire – choisis par la commission internationale de FranceAgriMer issue des États généraux de l’alimentation pour des actions ciblées d'aide au développement des filières françaises à l'international. À ce titre, nous venons par exemple d'effectuer une étude fine des besoins de la distribution allemande, une étude que nous sommes allés présenter directement aux entreprises dans trois régions et pendant l’Anuga, le grand salon agroalimentaire de Cologne de début octobre 2019.