La sécheresse impacte aussi les forêts
Tony Larousse / Département de la santé des forêts
Jaunissements, rougissements et chutes de feuilles des arbres... La sécheresse et le manque d'eau impactent aussi les forêts, même si les conséquences ne sont visibles qu'un an après. Explications de Frédéric Delport et Morgane Goudet, du Département de la santé des forêts au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation.

Quelles sont les conséquences de la sécheresse sur la forêt ?

Le déficit hydrique combiné aux fortes températures de l’été 2018 s’est traduit dès juillet 2018 par des jaunissements, rougissements et chutes de feuilles des arbres. Essentiellement dans les régions Bourgogne-Franche Comté et Grand-Est. Ces symptômes sont les premiers signes du stress subis par les arbres. D’autres conséquences font suite sur le moyen et le long terme. Dans un premier temps, les arbres affaiblis subissent les attaques de parasites (insectes et champignons).

L’épicéa, les sapins, les pins et les hêtres sont les essences les plus touchées par ces attaques d'insectes ?

La situation est un point d’étape, elle est très évolutive et elle dépendra du climat à venir. Les dommages continueront à se manifester, surtout avec l'année 2019 marquée elle aussi par la sécheresse. Sur les épicéas, une épidémie de scolytes a marqué l’année 2018 dans tout l’Est de la France et toute l’Europe centrale. Les rougissements de cimes massifs ont continué jusqu’en milieu d’hiver car l’automne chaud et sec était favorable aux insectes. Les attaques d’insectes réalisées en 2018 ont conduit aux rougissements massifs observés depuis ce printemps 2019.
Sur les pins, les ravageurs ont également su profiter des conditions climatiques des dernières années et de l’affaiblissement des arbres. Les attaques se matérialisent par des décollements d’écorces et des mortalités d’arbres, dans le Nord, en région Centre Val de Loire et Ile-de-France.
Les sapins ont également subi des attaques d’insectes en particulier dans les Vosges, le Jura et le Massif Central, mais également dans les Alpes et les Pyrénées.
Pour les feuillus, on observe des mortalités exceptionnelles de hêtres adultes depuis le printemps 2019, en plus des rougissements des arbres. Ce phénomène touche le Grand-Est et la Bourgogne-Franche-Comté, en particulier l’axe Belfort-Gray. Et il passe les frontières.

Comment la forêt peut-elle s'adapter ? Que peuvent faire les forestiers ?

À moyen et long terme, la gestion forestière va s'adapter : couper les arbres malades, conserver les arbres résistants qui peuvent reconstituer la forêt… et prendre en compte les différents risques : les aléas climatiques, les tempêtes, les incendies mais aussi la sécurité sanitaire et la sensibilité des peuplements. Tous ces facteurs doivent guider la réflexion pour les futurs reboisements : quelles sont les essences les mieux adaptées à un environnement donné ? comment s’adapter à la rareté des ressources en eau ? quelles sont les ressources génétiques pour les forêts de demain ? comment la sylviculture peut-elle participer à l’atténuation du changement climatique ? Les forestiers vont devoir varier les essences, faire des analyses de sol, des analyses de station forestières, des analyses de microclimat.

La composition des forêts va-t-elle changer ?

Il va y avoir une migration des essences vers le Nord. Le travail des forestiers est d’anticiper et d’accompagner cette migration. Les arbres les plus vulnérables seront éliminés naturellement au profit des plus résistants. Cette adaptation génétique n'est toutefois pas aussi rapide que la hausse des températures. Des espèces vont disparaître, des essences vont régresser. La recherche est mobilisée sur toutes ces questions depuis une vingtaine d’années, mais il reste encore beaucoup d’incertitudes.