Conservation des fourrages : avis de l’Anses sur l’identification des dangers microbiens
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr
L’avis de l’Anses sur les dangers microbiologiques dans les aliments pour animaux d’origine végétale ne concerne pas que les fabricants industriels d’aliments pour animaux. Il émet des recommandations qui peuvent intéresser les éleveurs, notamment sur la conservation des fourrages et les matières destinées à l’alimentation des ruminants.

Suite à une demande de la DGAL et de la DGCCRF (Saisine 2015-SA-0191 du 19/08/2015) en lien avec les contrôles officiels en alimentation animale, l’Anses a rendu le 10 février 2020 un avis sur l’identification et la caractérisation des dangers microbiens liés aux matières premières d’origine végétale utilisées en alimentation animale.

Une recherche bibliographique approfondie a permis d’extraire des données pour les animaux de rente (ruminants, porcs et volailles) sur les dangers représentés par les bactéries principalement. Peu d’études existent en effet sur les autres dangers microbiens et sur les autres espèces d’animaux de rente. L’analyse a porté sur les dangers pour la santé humaine, animale et l’environnement. Les résultats ont été hiérarchisés par les experts de l’Anses, ce qui a conduit à des recommandations pour la maîtrise des principaux dangers identifiés.

En particulier, les fourrages ensilés ou enrubannés présentent un risque important de présence de Listeria monocytogenes (danger pour la santé humaine et animale), introduite principalement au niveau des opérations de récolte. Le risque est d’autant plus élevé si les opérations d’ensilage et d’enrubannage ne sont pas réalisées correctement (conservation dans de mauvaises conditions avec défaut d’acidification et d’anaérobiose). La présence de moisissures visibles dans de tels fourrages est un motif de recherche de Listeria (et d’autres germes comme Escherichia coli STEC ou Clostridium botulinum gr III).

La maîtrise de ce danger passe par l’application de bonnes pratiques au moment de la récolte, de l’ensilage ou de l’enrubannage. Un guide de bonnes pratiques pourrait être utile pour aider les exploitants agricoles à maîtriser ce danger.

Les dangers microbiens représentés par Listeria et par Salmonella sont également présents dans les matières premières non traitées (céréales, tourteaux, etc.) utilisées pour l’alimentation des ruminants. La présence du danger Salmonella dans ces matrices concerne également leur utilisation chez les porcins et les volailles.

En outre, chez les ruminants, l’Anses rappelle que la bonne gestion des pâtures, dont le respect des délais entre l’épandage des déjections animales et le pâturage (en cas d’engrais ou d’amendements autres que le lisier, le règlement (CE) n°1069/2009 prévoit une période de 21 jours ), est un élément important pour la maîtrise des dangers microbiens dont Escherichia coli (ce germe peut dans le cas contraire contaminer le lait ou la viande des animaux infectés) et Mycobacterium. Cette bonne gestion s’applique en complément des règles d’hygiène à la ferme.

Par ailleurs, peu de données existent sur les pratiques de fabrication à la ferme et les potentiels risques microbiens associés. L’élaboration d’un guide de bonnes pratiques d’hygiène sur la fabrication à la ferme d’aliments pour animaux permettrait de mieux identifier les dangers microbiens et ainsi de limiter les dangers liés à l’utilisation de matières premières végétales à risque, comme les tourteaux.

L’eau n’a pas été abordée car non classée comme aliment pour animaux par la réglementation. De même, la litière n’a pas été considérée comme une matière première destinée à l’alimentation animale, même si elle peut être occasionnellement consommée par les animaux. Les mycotoxines ont par ailleurs été exclues car classées en dangers chimiques, traités dans un avis antérieur.

À Télécharger

Avis révisé de l’Anses - Dangers microbiens liés aux matières premières végétales utilisées en alimentation animale - mai 2020 (PDF, 4.5 Mo)

Avis de l'Anses relatif à la hiérarchisation des dangers chimiques en alimentation animale - août 2017 (PDF, 2.74 Mo)

Voir aussi