Un enseignement agricole autour d'une race de vache rustique : la Simmental
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
A partir des années 90, une volonté de produire et d’enseigner autrement, dans le respect de l’environnement, émerge au sein du lycée agricole de Saint-Chély-d'Apcher en Lozère. Cette volonté s’accentue en 2014 lorsque le lycée décide d’inscrire sa production laitière dans la démarche de l’AOP du fromage Laguiole.

Pour nourrir 50 vaches et 20 chevaux, le lycée cultive sur 130 hectares principalement de l’herbe en prairie, et un peu de céréales.

 « Dans le massif central, ce qui prédomine, c'est le système de polyculture élevage. Il est basé sur de l'autarcie améliorée, c’est-à-dire que l’on cherche une autonomie alimentaire pour nourrir nos animaux grâce aux prairies et à notre production de céréales. Ce système permet d’éviter l’utilisation du glyphosate, mais ne l'exclut pas en cas de réelle nécessité ». David Laumond, directeur de l’exploitation, en a bien conscience, les spécificités du lycée agricole, notamment territoriales, permettent plus facilement de s’affranchir du glyphosate qu’une exploitation « classique ». En effet, les prairies dont se nourrissent les vaches, sont composées d’un mélange de plantes herbacées (raygrass, brome, trèfle, etc.), qui permettent de réduire la prolifération de plantes indésirables (adventices) qu'il faudrait désherber.

« Au lieu d’avoir une seule plante, il y en a 7 ou 8, ce qui signifie qu’en cas de problèmes climatiques (sécheresse, forte humidité), il y a toujours une plante qui arrivera à se développer. Au contraire, lorsqu’il y a une seule plante, on est parfois obligé de traiter avec du glyphosate par exemple, pour éviter que les adventices l’empêchent de pousser », explique David Laumond.

Ce mélange de plante est bien apprécié par la Simmental qui est élevée sur place. Cette vache rustique n’a pas toujours fait partie du paysage car autrefois le troupeau était dans un système plus intensif avec des vaches Prim’Holstein, mais pour répondre au cahier des charges de l’AOP, l’exploitation s’est tournée vers cette race Simmental. Certes, elle produit moins de lait, mais elle est bien adaptée au climat de moyenne montagne et peut se nourrir exclusivement d’herbes récoltées et séchées sur l’exploitation (foin). Ce qui est une obligation du cahier des charges AOP Laguiole.

Crédit ci-après

Un enseignement agricole sous le "signe de la qualité"

Cet engagement autour de l’AOP inscrit le lycée dans une démarche de produire mieux plutôt que produire plus. Cette démarche a permis aux salariés qui travaillent sur l'exploitation de dégager du temps pour enseigner un autre modèle agricole.

 « Le Directeur d’exploitation agricole et les salariés sont devenus des professeurs à part entière. Les élèves y sont très sensibles et cela complète bien l’enseignement théorique », conclu David Laumond.

Pour l’été 2020, en association avec la coopérative fromagère Jeune Montagne, le lycée sera le premier établissement d’enseignement agricole à produire du fromage Laguiole.

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