« Diversifier, c’est bouleverser les schémas de l’agriculture »
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr
Cultiver sans glyphosate ? Quentin Delachapelle en fait l’expérience. « Il faut raisonner à l’échelle de l’exploitation, de la mécanisation et surtout alterner les cultures pour lutter contre les plantes indésirables ».

Lorsque Quentin Delachapelle s’installe il y a 10 ans sur ses 160 hectares du bassin parisien, il remarque que certaines de ses parcelles sont beaucoup moins productives que d’autres. Le vulpin, une plante favorisée par l'intensification des cultures depuis plusieurs décennies, colonise ses terres et empêche les cultures d'hiver de se développer convenablement. Malgré les traitements chimiques, la plante prend ses aises, et inquiète l’agriculteur.

Alterner les cultures pour lutter contre les « mauvaises herbes »

« Il y a des herbes de plus en plus résistantes aux herbicides. On le voit dans nos plaines avec certains herbicides, ou dans certains vignobles du Sud de la France avec les plantes résistantes au glyphosate. Pourquoi cela n’arriverait-il pas chez nous ? », explique l’agriculteur. « Lorsqu’on utilise un produit de manière systématique, on favorise les résistances. »

Pour lui, la prolifération du vulpin est la cause d’un système agricole basé sur une stratégie unique, dont la chimie en est un pilier. Aujourd’hui, Quentin Delachapelle ne raisonne plus à l'échelle du champ, mais à l'échelle de son exploitation et il alterne les cultures : blé, orge, colza, maïs, soja, pois, luzerne, chanvre et betterave se succèdent sur les parcelles afin de varier la biodiversité végétale et animale.

Utiliser le labour plutôt que le glyphosate

« La question du glyphosate c'est vraiment une question de gestion des adventices*. Un passage de glyphosate va beaucoup plus vite. Le glyphosate a accompagné l'agrandissement et l'augmentation des surfaces travaillées par les agriculteurs. Il a favorisé un modèle agricole français qui se veut « compétitif ». »

Dans les cas exceptionnels, notamment quand un champ est fortement infesté de vulpin, il préfère dorénavant utiliser le labour plutôt que le glyphosate. Le labour a l'avantage d’enfouir profondément les graines des plantes indésirables pour qu’elles se dégradent. Mais il constate que le labour ne peut être une solution systématique, tout comme le glyphosate.

La difficulté : les sols en hiver sont fragiles

Quentin Delachapelle a toujours essayé d'utiliser les herbicides en petites quantités. Il recourait au glyphosate uniquement dans des situations délicates, par exemple lorsqu’il n’avait pas la possibilité d’enlever mécaniquement ses couvertures végétales d’hiver. « Les sols en hiver sont fragiles du fait de leur humidité. Les travailler sans les déstructurer n’est pas chose aisée. Il faut jouer de subtilité pour trouver le moment approprié. Cela nécessite du temps, de l’observation, et un effort d’adaptation. » explique-t-il. « Je fais un travail du sol systématique l’hiver, lorsque la végétation est en fin de croissance et lorsque le temps me le permet. »

Réfléchir en globalité, c’est réfléchir ensemble

Quentin Delachapelle n’utilise plus de glyphosate et a réussi à réduire de 50% l’utilisation de pesticides sur l'ensemble de son l'exploitation. C’est plus valorisant et rentable économiquement. Il remarque que la biodiversité de ses champs commence à se réguler d’elle-même. Les plantes et les insectes concurrences moins ses cultures commerciales. Selon lui, la réintroduction des haies permettrait d'amplifier encore plus se phénomène.

« Tester une nouvelle technique, c’est prendre un risque. C’est plus facile quand on fait partie d’un groupe qui partage les mêmes réflexions, on peut confronter ses échecs, ses réussites, se rassurer et s’informer ensemble. » Quentin Delachapelle est convaincu qu’il faut envisager une pluralité de système et passer par l’action collective pour confronter les idées. Depuis peu, il réfléchit avec un groupe d’agriculteurs et de citoyens à réintroduire des essences locales d’arbres et de haies dans les champs.

 

*Advendice : plante autre, par exemple le vulpin, qui concurrence la culture mise en place par l'agriculteur.