« Sans glyphosate, j'appréhende différemment le vivant, la terre et le végétal »
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr
Claude Ughetto, viticulteur et oléiculteur aux pieds du mont Ventoux explique comment et pourquoi il a décidé de se passer d'herbicides chimiques, comme le glyphosate.

« Je me suis installé dans le Vaucluse, au début des années 90, comme jeune agriculteur. Nous avions au départ, ma femme et moi, seulement deux hectares que m'avait laissés mon père. Très vite, nous avons pris de nouvelles terres en fermage, afin d'y cultiver des vignes et des oliviers. Pendant 20 ans, comme beaucoup, j'ai eu une confiance aveugle en la chimie. Je traitais et désherbais, sans trop réfléchir, mes parcelles à l'aide du glyphosate. L’efficacité était au rendez vous, mais je demeurais insatisfait. Le sentiment de dépendance à cette molécule me préoccupait et les potentielles conséquences sur ma santé m'interpellaient...

Il m'a fallu trouver des solutions de remplacement

Nous étions en 2008, le Grenelle de l'environnement venait d'être lancé. Curieux, j'ai profité d'une rencontre qui se tenait dans ma région, pour écouter les témoignages d'agriculteurs qui s'étaient convertis au bio. Pendant 2 ans, j'ai pris le temps de la réflexion. Et puis, encouragé par la mise en œuvre de nouvelles aides publiques à la conversion et rassuré, dans le même temps, par l'émergence de nouveaux outils de désherbage mécanique, je me suis lancé dans l'aventure du bio, en 2010.

Mon objectif pour ne pas dire mon challenge était de parvenir à un rendement équivalent au conventionnel, afin de montrer à mes collègues que c'était possible…

Changer de logiciel, de façon de penser, d'habitudes

J'ai "galéré" au début, c'est vrai... Il faut changer de logiciel, sa façon de penser, ses habitudes. Bref, remettre quasiment tout en cause ; mais à la fin, quand on y arrive, que c'est gratifiant !

En 8 ans d'expérience, je dirais que j'ai redécouvert l'agriculture, une nouvelle manière d'appréhender le vivant, la terre, le végétal. J'ai réussi à me passer de glyphosate, en privilégiant le désherbage mécanique et le travail du sol.

Avec les aides à la conversion, qui permettent d'être accompagné financièrement, le temps de la transition (3 ans ndlr), j'ai investi dans du matériel. J'ai notamment acquis un interceps frontal qui me permet de désherber sous les rangs de la vigne, afin d'éviter la concurrence racinaire des mauvaises herbes. J'ai appris qu'il fallait bien réfléchir à la manière dont on travaille son sol. Un labour trop profond, par exemple, est contre-indiqué, à cause des risques d’érosion et des conséquences négatives sur l’activité biologique du sol.

Je privilégie donc un travail superficiel de mes sols, c'est à dire jamais plus de 3 à 4 centimètres de profondeur. Cela contribue à l’aération de la terre et à une meilleure pénétration de l’eau.

Objectif atteint !

Rétrospectivement, je suis fier et pleinement satisfait de ce que nous avons réussi à mettre en œuvre, avec ma femme. Nous cherchons à aller encore plus loin, en nous inscrivant dans une démarche de biodynamie. Mon objectif de départ est, pour ainsi dire, atteint. J'ai des rendements sensiblement équivalents, même s'ils sont, il est vrai, encore aléatoires certaines années. En revanche, le prix n'a rien à voir. Je valorise davantage ma production, en huit ans mes revenus ont ainsi quasiment doublé. »

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