Jean-Pierre Barbier, éleveur de vaches laitières
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24 novembre 2022 Info +

« Pour nous, éleveurs, la robotique a été une vraie révolution »

Apparu en France au début des années 1990, constamment amélioré depuis, le robot de traite présente de nombreux avantages : limitation de l'astreinte, souplesse du travail, collecte de données avec un impact positif sur la santé des animaux… De quoi transformer de fond en comble le quotidien de milliers d’éleveurs laitiers en France.

Dans le bâtiment imposant, plusieurs dizaines de vaches évoluent dans le calme, de retour du pâturage. Certaines d’entre elles vont, de leur propre initiative, se glisser dans un box où elles s’immobilisent. La machine se met alors en route : un bras articulé se positionne au niveau du pis, procède à la désinfection et au nettoyage des trayons, puis tire le lait. À la fin de l’opération, qui n’a nécessité aucune intervention humaine, l’animal est libéré et retourne à sa déambulation.

Cette scène se déroule sous l’œil attentif de Jean-Pierre Barbier, l’un des trois associés à la tête du GAEC de l’Uvry, élevage laitier basé à Goviller, près de Nancy. Cette exploitation, qui totalise 300 hectares et 180 vaches laitières de race Prim’Holstein, est équipée en robotique depuis 2014.

Robot de traite
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Le temps dédié à la traite divisé par quatre

« Pour un éleveur, les bénéfices des robots de traite sont énormes », affirme Jean-Pierre Barbier. « Grâce à eux, le temps dédié à la traite est divisé par quatre par rapport à la salle de traite classique. Nous gagnons aussi en souplesse dans les horaires. » Après des décennies d’évolution technologique, le système est désormais bien au point : l’association d’une caméra 3D et de l’intelligence artificielle permet un taux d’échec très faible au moment de la traite. De quoi justifier un investissement plutôt conséquent : autour de 100 000 € par robot de traite.

Au GAEC de l’Uvry, on est aussi équipé de deux robots mobiles : un repousse-fourrage, chargé de repousser régulièrement la nourriture dans l'auge des vaches, et un racleur-caillebottis, qui permet d’évacuer le lisier vers le sous-sol, où il est collecté. Ces deux machines roulantes, aux faux airs de tondeuses à gazon, ont des itinéraires programmés et évoluent à petite allure, en complète autonomie, au milieu des bêtes.

Pour Jean-Pierre Barbier, le constat, après plusieurs années, est sans appel. « Ce serait impossible de revenir en arrière, on ne se pose même pas la question ! », s’exclame-t-il. « D’ailleurs, je ne connais aucun éleveur équipé en robotique qui envisage de revenir en arrière. Pour nous, cela a été une vraie révolution. »

Eleveur utilisant l'interface du robot de traite
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La robotique au service de la santé des animaux

En plus du gain de temps et d’énergie, les robots présentent un autre avantage : celui de la collecte de données. « Tous les jours, nous récupérons une cinquantaine d’indicateurs sur chaque vache », précise Jean-Pierre Barbier. « Qualité du lait, présence de maladies, santé des animaux… On gagne donc en technicité, avec la possibilité d’anticiper les traitements, et donc, par exemple, de baisser notre consommation d’antibiotiques en utilisant des huiles essentielles et de la phytothérapie. »

Moins d'astreinte, plus de souplesse dans les horaires de travail, une collecte de données efficace pour suivre la santé des troupeaux... Toutes ces raisons expliquent le succès rencontré par les robots dans l'élevage. Ce phénomène pose aussi un certain nombre de questions : même si la robotisation va souvent de pair avec un système de stabulation libre, elle accompagne en général un agrandissement des troupeaux, ce qui peut augmenter dans certains cas les difficultés d'accès au pâturage avec, en conséquence, une alimentation avec beaucoup de concentrés (tourteaux de soja ou de colza, en particulier).

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