La coopération entre la France et le Japon est « au beau fixe »
Karine Bertholon / agriculture.gouv.fr
Une délégation du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation s'est rendue au Japon du 26 au 30 novembre à l'occasion de la tenue du quatrième groupe de travail agricole France-Japon. Accès au marché, évaluation des politiques agricoles respectives des deux pays, enseignement agricole et agriculture biologique étaient au menu de ce comité, mais bien d'autres sujets ont également été traités au cours des différentes séquences de la mission. La relation franco japonaise a été qualifiée par le vice-ministre Matsushima comme étant « au beau fixe ».

Le 27 novembre 2018 se tenait le quatrième groupe de travail agricole entre les ministères en charge de l'agriculture de la France et du Japon. Le dialogue très constructif de cette rencontre institutionnelle annuelle a permis de faire un bilan des nombreuses avancées obtenues en 2018 en termes :

  • d'ouverture de marchés (avancées des dossiers de levée de l'embargo sur les viandes bovines de plus de 30 mois, d'exportation de plants de vigne) ;
  • de facilitation (régionalisation au titre de l'influenza aviaire hautement pathogène et reconnaissance du statut indemne pour la peste porcine classique).

Une déclaration d'intention a également été signée pour structurer la coopération en enseignement professionnel agricole, à l'issue d'un bilan des deux missions d'enseignants et chefs d'établissements qui se sont tenues en France et au Japon en 2017 et en 2018. Cette déclaration donnera lieu à une feuille de route d'ici la fin du premier trimestre 2019 : échanges d'étudiants et projets de culture et transformation alimentaire croisés sont notamment envisagés.

Ce groupe de travail a également été l'occasion de procéder à une présentation respective des évolutions en cours ou à venir des politiques actuelles :

  • État généraux de l'alimentation et loi Agriculture et Alimentation pour la France ;
  • réforme de la Politique agricole commune (PAC), réforme de la structuration de la distribution et des marchés de gros pour le Japon.

Les deux ministères ont enfin parlé d'agriculture biologique. En effet, aujourd’hui seuls 0,5% des surfaces agricoles japonaises sont conduites en agriculture biologique (24 000 hectares). Cette situation résulte plus de l'engagement des agriculteurs soucieux de l'impact de leurs pratiques sur la santé humaine et l'environnement que d'une demande des consommateurs, bien qu'une tendance s'amorce du côté des jeunes mères très attentives à la qualité de l'alimentation de leurs enfants. Le ministère de l'Agriculture japonais (MAFF) identifie l'agriculture biologique comme un facteur d’attractivité pour les métiers de l’agriculture et l'expérience de la France en la matière pourra notamment être mobilisée dans le cadre de la coopération en enseignement agricole.

Le Japon, « pays prioritaire » pour l'export français en 2019

Une rencontre avec des entreprises françaises du secteur agroalimentaire était également organisée en présence de Laurent Pic, Ambassadeur de France au Japon. Il a été rappelé que l'année 2019 sera marquée par l'entrée en vigueur de l'Accord de partenariat économique (APE) entre l'Union européenne et le Japon et que de nombreuses opportunités commerciales sont à saisir par les entreprises et filières agroalimentaires françaises. La France est au Japon le 1er fournisseur européen de produits alimentaires, principalement spécialisée sur une offre haut de gamme, sur laquelle elle est en concurrence avec les autres États membres (Italie, Allemagne…).

L'importance de dynamiser l'image de la France et de donner plus de visibilité à l'offre française a été partagée par tous, et notamment lors des salons professionnels comme le Foodex. L'innovation comme marqueur de notre expertise et nos savoir-faire est une piste à approfondir. Cette volonté converge d'ailleurs avec les résultats des travaux de la Commission internationale pilotée par FranceAgriMer. Le Japon a été identifié « pays prioritaire 2019 » : le plan d'action qui en est issu prévoit une étude conduite par Business France sur l'analyse des réseaux d'importation et de distribution et une seconde étude sur les opportunités de faire évoluer l'offre française vers le mass market. Il est également prévu de travailler sur les actions de promotion de l'offre française de façon à mieux en coordonner la complémentarité et en s'appuyant sur l'entrée en vigueur de l'APE et sur la Coupe du monde de rugby pour créer un temps fort et donner une visibilité renforcée à cette occasion.

Les produits certifiés bio, un marché émergent au Japon

L'agriculture et la production biologique constituaient également un thème important de cette semaine, développé au cours d'autres séquences :

  • organisation par le MAFF d'une visite d'exploitation agricole de production de thé vert bio dans la région de Kyoto ;
  • visites de points de vente de produits bio à Tokyo (magasins Bio c'Bon, Natural House et Crayon House) ;
  • organisation d'un webinar pour communiquer sur les produits bio auprès du grand public japonais et en expliquer l’intérêt sur le plan de l’alimentation et de l’environnement.

Ces différentes séquences ont montré que bien que marché de niche, les produits issus de l'agriculture biologique disposent des atouts pour répondre aux attentes des consommateurs japonais qui accordent une grande attention à l'origine et à la composition des produits qu'ils consomment. Il existe ainsi de réelles opportunités pour les produits bio français qui doivent mieux se faire connaître sur ce marché exigeant.

Des indications géographiques japonaises inspirées du label européen

Une seconde visite a été organisée dans un atelier d'engraissement de 2 000 bovins en filière de viande bovine sous indication géographique « Omi Gyu ». Les bovins sont engraissés durant une vingtaine de mois avant d'être commercialisés à l’âge de 30 mois. L’alimentation des animaux est composée en partie de paille de riz japonaise, dont l’approvisionnement est issu de la coopération entre les agriculteurs de la région. Bien qu'adapté au contexte japonais, le dispositif des indications géographiques mis en place par le MAFF s'inspire largement du système européen.

Le boum des plats cuisinés à emporter : une opportunité pour nos entreprises ?

Cette semaine s'est enfin clôturée par la tenue d'un séminaire sur la mondialisation des systèmes alimentaires. Les différentes interventions de chercheurs, économistes, sociologues, agriculteurs français et japonais ont permis de partir d'une approche globalisée pour aboutir à un regard prospectif sur les évolutions de la société japonaise et de ses modes de consommation. Le « Nakashoku » est la tendance de consommation qui se confirme au Japon : les consommateurs « externalisent » la préparation de leurs repas par manque de temps, perte de savoir-faire et recherche de diversification. Autant d'opportunités à expertiser pour soutenir les exportations des produits agricoles et agroalimentaires français.

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