PAC post 2020 : qu'est-ce que le plan stratégique national ?
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr

Les négociations européennes sur la prochaine programmation de la politique agricole commune (PAC) post 2020 se poursuivent sur la base des propositions de la Commission européenne. Les projets de règlements européens, proposés par la Commission en juin 2018, introduisent une innovation essentielle : l'élaboration par chaque État-membre d'un plan stratégique national (PSN PAC) unique définissant les interventions et les modalités de mise en œuvre de la PAC à l’échelle nationale, couvrant les deux piliers de la PAC. Le PSN PAC de chaque État-membre devra être approuvé par la Commission européenne.

La Commission européenne a proposé que la prochaine PAC soit construite sur un nouveau modèle de mise en œuvre, appuyé sur une planification stratégique de la PAC à l’échelle nationale décrite dans un Plan stratégique national établi pour 7 ans, axé autour de 9 objectifs spécifiques et un objectif transversal, couvrant pour la première fois les deux piliers (financés par le FEAGA et le FEADER). Ce PSN PAC devra intégrer les grands types d’intervention déjà en vigueur aujourd’hui : les aides directes aux agriculteurs et leur composante environnementale qu’il est par ailleurs proposé de renforcer, ainsi que les programmes de soutien sectoriel pour ce qui est du premier pilier, et les aides au développement rural, notamment l’Indemnité compensatoire de handicap naturel, les soutiens à l’agriculture biologique et à la transition agro-environnementale, à l’installation et aux investissements, les outils de gestion des risques, le programme Leader etc. pour ce qui concerne le second pilier.

La proposition de règlement prévoit que le PSN PAC réponde à 3 objectifs généraux :

  • favoriser une agriculture intelligente et résiliente assurant la sécurité alimentaire ;
  • renforcer les actions favorables à l'environnement et au climat qui contribuent aux objectifs environnementaux et climatiques de l'Union européenne ;
  • renforcer le tissu socio-économique des zones rurales.

Pour répondre à ces objectifs, les États-membres établiront une stratégie nationale structurée autour de neuf objectifs spécifiques et d’un objectif transversal :

  • assurer un revenu équitable aux agriculteurs ;
  • accroître la compétitivité ;
  • rééquilibrer les pouvoirs dans la chaîne d'approvisionnement alimentaire ;
  • agir contre le changement climatique ;
  • protéger les ressources naturelles dans un objectif de développement durable ;
  • préserver les paysages et la biodiversité ;
  • soutenir le renouvellement des générations ;
  • dynamiser et soutenir le développement économique des zones rurales ;
  • garantir la qualité des denrées alimentaires et la santé en réponse aux attentes de la société ;
  • moderniser par l’innovation dans le cadre de la transition numérique (objectif transversal).

Une première phase d’élaboration se tient jusqu’à fin 2019 où le ministère français de l’Agriculture et de l’Alimentation coordonne les travaux de cette future architecture, en lien avec les Régions, qui sont aujourd’hui, autorités de gestion du FEADER. Ce diagnostic constitue la première étape du PSN PAC attendue par la Commission européenne qui validera les plans stratégiques de tous les Etats-membres. Il tiendra compte des expériences du passé, des attentes des territoires et de la société, et permettra de recenser les besoins auxquels la future PAC doit répondre. La seconde phase s’ouvrira au premier semestre 2020 et permettra de choisir les priorités d'action parmi les besoins identifiés. Il s’agira de sélectionner les mesures et d'en définir leurs modalités, d'allouer les ressources financières à chaque intervention et de préciser les niveaux d'ambition attendus pour la durée de la programmation.

La conception du PSN PAC doit s’appuyer sur une évaluation ex ante intégrant une évaluation environnementale stratégique remplissant les exigences de la directive 2001/42/CE. Plusieurs temps forts découleront de ces évaluations :

  • organisation de la participation du public pendant la phase amont d’élaboration du PSN PAC au travers d’un débat public conformément à la décision n°2019/147 du 2 octobre 2019, de la Commission nationale du Débat Public (CNDP) ;
  • recueil de l’avis de l’autorité environnementale (Conseil général de l'environnement et du développement durable) sur les incidences environnementales du projet de PSN PAC ;
  • consultation du public sur le projet de PSN PAC, dans le cadre de l’évaluation environnementale.

Qu’est-ce que la Commission nationale du débat public (CNDP) ?

Le rôle de la CNDP est de faire respecter et d’assurer la correcte mise en place des procédures de démocratie participative, prévues par la loi ou promues de manière volontaire par les pouvoirs publics. Ces procédures servent à faire s’exprimer les citoyens sur les projets et les politiques publiques à fort impact socio-économique et environnemental. Elles permettent également aux décideurs d’être éclairés par les contributions externes et par l’expression du grand public.
La consultation publique vise à informer la population et à recueillir ses observations et propositions préalablement à certaines prises de décisions administratives. Plusieurs ministères, collectivités ou établissements publics ont ainsi saisi la CNDP pour bénéficier de son expertise (par exemple pour des propositions d’amélioration de la démocratie participative dans les quartiers prioritaires de la ville, ou encore pour l’accompagnement de la conférence nationale de santé sur l’ouverture des données dans le domaine de la santé etc.).

C’est dans cet esprit que le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation a, en lien avec les Régions, saisi la CNDP le 9 septembre 2019, dans le cadre de l’élaboration du Plan stratégique national relevant de la politique agricole commune.

Suite à la saisine du ministre en charge de l’Agriculture reçue le 17 septembre 2019, la CNDP décide de l’organisation d’un débat public et désigne Mme Ilaria Casillo, vice-présidente de la CNDP, en tant que présidente de la Commission particulière.

Consulter la décision n°2019/147 du 2 octobre 2019 de la CNDP