Les experts alim'agri : le gaspillage alimentaire, comment agir pour le réduire ?
Le 16 octobre est la journée nationale de lutte contre le gaspillage alimentaire. Une journée symbolique pour sensibiliser les professionnels et les consommateurs à ne pas jeter inutilement de la nourriture.

En France, chaque année près de 20% de la nourriture produite finit à la poubelle, ce qui représente 150 kg par personne et par an. Ce gaspillage est évalué à 10 millions de tonnes et estimé à 16 milliards d'euros. Notre expert, Hanane Boutayeb, nous explique comment le ministère sensibilise les professionnels et les consommateurs et quelles sont les mesures mises en place pour réduire de moitié le gaspillage alimentaire d'ici 2025.

Quels sont les enjeux du gaspillage alimentaire en France ?

Hanane Boutayeb : Toute nourriture destinée à la consommation humaine et qui à un stade de la chaîne alimentaire est dégradée, perdue ou jetée, constitue le gaspillage alimentaire. Il faut savoir qu'aujourd'hui 20% de la nourriture finit à la poubelle. Cela représente 150 kg par an et par personne, gaspillés tout au long de la chaîne alimentaire, du producteur au consommateur. Ce gaspillage est évalué à 10 millions de tonnes et estimé à 16 milliards d'euros. Dans le même temps, 5,5 millions de personnes ont bénéficié de l'aide alimentaire en 2017 et 8 millions de personnes étaient en insécurité alimentaire pour raisons financières. C'est parce que ce constat est socialement inacceptable, qu'il est un non-sens écologique, que la France a décidé de se mobiliser dès 2013 en lançant le pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire. Ce pacte réunit l'ensemble des acteurs de la chaîne alimentaire et a comme objectif de réduire de moitié le gaspillage alimentaire d'ici 2025.

Quelles sont les mesures mises en œuvre pour lutter contre le gaspillage alimentaire ?

H.B : Par la loi du 11 février 2016, la France est le premier pays à s'être doté mondialement d'une loi aussi ambitieuse en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire. Deux mesures essentielles :

  • L'interdiction des pratiques de destruction des denrées alimentaires encore consommables ;
  • L’obligation pour les supermarchés de plus de 400 m2 de passer un partenariat avec les associations d'aide alimentaire pour leur céder les invendus et éviter qu'ils ne soient jetés.

Par la loi du 30 octobre 2018, la France a franchi une nouvelle étape en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire. Deux mesures essentielles :

  • L’extension des mesures de la loi Garot aux secteurs de la restauration collective et des industries agroalimentaires ;
  • L'obligation faite aux restaurants de fournir des « gourmet bags », « doggy bag » à la française aux clients qui souhaitent ramener les restes de leur repas pour éviter qu'il ne soit jeté.

Autour du gaspillage alimentaire, un véritable écosystème s'est constitué. Il comprend les pouvoirs publics, les associations habilitées mais aussi de nombreuses startups et entreprises qui se sont spécialisées dans la gestion du don alimentaire.

Comment sensibiliser les jeunes au gaspillage alimentaire ?

H.B : Ce combat ne peut être mené sans les plus jeunes. L'éducation au gaspillage alimentaire est une nécessité si nous souhaitons que les citoyens de demain soient sensibilisés et acteurs de cette lutte. C'est pour cette raison que le ministère de l'Agriculture et le ministère de l'Education Nationale ont lancé le « défi zéro gapsi » dans 5 académies de France. Dès cette rentrée scolaire, les collégiens pourront proposer des projets concrets en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire. L'objectif de ce défi est de sensibiliser les jeunes à la lutte contre le gaspillage alimentaire et les pousser à avoir une réflexion sur ce sujet.