Ÿnsect, la start-up qui transforme les insectes en alimentation animale

Après une levée de fonds de 110 millions d'euros en 2019, Ynsect continue sa lancée avec 316 millions en 2020. L'objectif : atteindre une production annuelle d'insectes de 100 000 tonnes. Riches en protéines, les scarabées molitor élevés sont destinés à l'alimentation animale et leurs déjections sont valorisées en engrais organique pour l'agriculture. Une bonne alternative à la fertilisation chimique et l'importation de protéines végétales. Reportage dans son unité de démonstration, Ÿnsite, à Damparis près de Dole (Jura).

À première vue, si ce ne sont les couleurs vives du bâtiment, Ÿnsite ressemble à n'importe quel site agroalimentaire. À l'intérieur, c'est tout autre... La « fermilière », concept innovant de ferme verticale développé par Ÿnsect après plusieurs année de recherche, permet l'élevage et la transformation à grande échelle des larves du ténébrion (tenebrio molitor), mieux connu sous le nom de « ver de farine », en raison de ses goût alimentaires. L'installation est un vrai concentré de technologies...

Une ferme bio-inspirée

Inspiré du principe de la fourmilière, l'atelier d'élevage se présente sous la forme de bacs superposés – il y en a plus de 1 000 – contenant chacun des larves. Hydrométrie, température, nourrissage, tri… la plupart des opérations sont automatisées sous l’œil expert de Henri Jeannin, entomoculteur (éleveur d'insectes) : « Au bout de 10 à 13 semaines, 95% des larves partent en transformation, les autres continuent leur cycle pour assurer la reproduction d'une future population ».
Une fois dans l'atelier de transformation, placé sous la responsabilité d'Amandine Bonnotte, titulaire d'un BTSA Sciences et technologies des aliments, les larves subissent plusieurs actions thermomécaniques, sans aucun additif. À l'arrivée, deux produits destinés à la nutrition animale : une poudre riche en protéines et une huile riche en acides gras polyinsaturés. Quant aux déjections, elles sont valorisées en engrais pour les plantes. « Comme dans toute entreprise agroalimentaire, nos produits font l'objet de contrôles qualité et sanitaire stricts », précise la jeune femme.

Le choix de l'économie circulaire

« Ÿnsect s'intègre totalement dans le concept d'économie circulaire », explique Antoine Hubert, président et co-fondateur de la start-up. « Pour nourrir les insectes, nous valorisons des co-produits agricoles locaux, comme le son de blé ». Un aspect important pour Ÿnsect dont l'ambition est de « contribuer à un système alimentaire mondial plus durable ». Les insectes représentent en effet un complément essentiel aux volumes décroissants de farines de poisson utilisées en aquaculture, un secteur en pleine expansion.
Avec 23 brevets à son actif, Ÿnsect se positionne comme l'un des champions mondiaux de la filière insectes, surfant sur une dynamique globale autour de deux thématiques : les protéines alternatives d'un côté, l'AgTech / FoodTech de l'autre. Pour la troisième année consécutive, Ÿnsect préside d'ailleurs l'IPIFF (International Platform of Insects for Food and Feed), association qui regroupe les éleveurs et transformateurs d'insectes européens. Et Antoine Hubert de conclure : « L'Europe a un vrai leadership technologique sur ce sujet : c'est là où les entreprises les plus matures existent ».
 

Ÿnsect, la (success) story

Cofondée en 2011 par Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Fabrice Berro et Alexis Angot, la start-up Ÿnsect grandit d'abord au sein d'Agoranov, un incubateur parisien, avant de s'installer, en 2014, au Genopole d'Évry.

Aujourd'hui, Ynsect compte 130 personnes réparties sur plusieurs sites à travers le paysage français : à Evry, son siège et centre de R&D ; à Paris Gare de Lyon son plateau-projet ; à Dole son démonstrateur Ynsite et prochainement à Poullainville près d'Amiens, Ynfarm sa ferme verticale.

En 2020, l'entreprise clôture sa levée et réunit 316 millions d'euros qui serviront à financer la construction de la plus grande ferme verticale au monde dont la capacité s'élèvera à 100 000 tonnes d'insectes par an ainsi que le lancement de nouveaux produits.

À ce jour, le marché de l'insecte est réservé exclusivement au pet-food et à l'aquaculture. Toutefois, les productions de volailles et de porcs pourraient devenir des débouchés dans un futur proche. Pour l'alimentation humaine, l’évaluation des risques sanitaires est en cours pour que les insectes puissent peut-être un jour se retrouver dans nos assiettes !

Enfin, Ynsect a reçu récemment une homologation de mise sur le marché de son fertilisant fabriqué à partir des déjections d'insectes. Ce dernier offre une bonne alternative à la fertilisation chimique des cultures et garantit de bons rendements.


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