Ÿnsect, la start-up qui transforme les insectes en alimentation animale

Vous ne le savez sans doute pas, mais vous nourrissez peut-être déjà votre chien ou votre chat avec des aliments à base d'insectes… Spécialiste de cette filière innovante, Ÿnsect a été l'un des premiers à faire ce pari, dans un contexte de demande mondiale croissante en protéines – notamment pour les poissons d'élevage – et d'une réglementation européenne aujourd'hui favorable. La start-up nous a ouvert les portes de son unité de démonstration, Ÿnsite, à Damparis près de Dole (Jura). Reportage.

À première vue, si ce ne sont les couleurs vives du bâtiment, Ÿnsite ressemble à n'importe quel site agroalimentaire. À l'intérieur, c'est tout autre... La « fermilière », concept innovant de ferme verticale développé par Ÿnsect après plusieurs année de recherche, permet l'élevage et la transformation à grande échelle des larves du ténébrion (tenebrio molitor), mieux connu sous le nom de « ver de farine », en raison de ses goût alimentaires. L'installation est un vrai concentré de technologies...

Une ferme bio-inspirée

Inspiré du principe de la fourmilière, l'atelier d'élevage se présente sous la forme de bacs superposés – il y en a plus de 1 000 – contenant chacun des larves. Hydrométrie, température, nourrissage, tri… la plupart des opérations sont automatisées sous l’œil expert de Henri Jeannin, entomoculteur (éleveur d'insectes) : « Au bout de 10 à 13 semaines, 95% des larves partent en transformation, les autres continuent leur cycle pour assurer la reproduction d'une future population ».
Une fois dans l'atelier de transformation, placé sous la responsabilité d'Amandine Bonnotte, titulaire d'un BTSA Sciences et technologies des aliments, les larves subissent plusieurs actions thermomécaniques, sans aucun additif. À l'arrivée, deux produits destinés à la nutrition animale : une poudre riche en protéines et une huile riche en acides gras polyinsaturés. Quant aux déjections, elles sont valorisées en engrais pour les plantes. « Comme dans toute entreprise agroalimentaire, nos produits font l'objet de contrôles qualité et sanitaire stricts », précise la jeune femme.

Le choix de l'économie circulaire

« Ÿnsect s'intègre totalement dans le concept d'économie circulaire », explique Antoine Hubert, président et co-fondateur de la start-up. « Pour nourrir les insectes, nous valorisons des co-produits agricoles locaux, comme le son de blé ». Un aspect important pour Ÿnsect dont l'ambition est de « contribuer à un système alimentaire mondial plus durable ». Les insectes représentent en effet un complément essentiel aux volumes décroissants de farines de poisson utilisées en aquaculture, un secteur en pleine expansion.
Avec 23 brevets à son actif, Ÿnsect se positionne comme l'un des champions mondiaux de la filière insectes, surfant sur une dynamique globale autour de deux thématiques : les protéines alternatives d'un côté, l'AgTech / FoodTech de l'autre. Pour la troisième année consécutive, Ÿnsect préside d'ailleurs l'IPIFF (International Platform of Insects for Food and Feed), association qui regroupe les éleveurs et transformateurs d'insectes européens. Et Antoine Hubert de conclure : « L'Europe a un vrai leadership technologique sur ce sujet : c'est là où les entreprises les plus matures existent ».
 

Ÿnsect, la (success) story

Cofondée en 2011 par Antoine Hubert, Jean-Gabriel Levon, Fabrice Berro et Alexis Angot, la start-up Ÿnsect grandit d'abord au sein d'Agoranov, un incubateur parisien, avant de s'installer, en 2014, au Genopole d'Évry. Aujourd'hui, Ÿnsect, c'est plus de 100 personnes réparties sur deux sites : à Évry, son siège et centre de R&D, et à Dole (Jura), son démonstrateur Ÿnsite, opérationnel depuis bientôt 2 ans.
Forte de la pré-vente de plusieurs dizaines de millions d'euros de ses protéines et engrais, Ÿnsect a annoncé la construction d'une nouvelle unité – baptisée Ÿnfarm – en 2019 à Poulainville (Somme). D'autres Ÿnfarm sont en projet à l'international.
Si le pet-food et l'aquaculture sont à ce jour les seuls secteurs autorisés, les marchés de la volaille et du porc pourraient devenir aussi des débouchés. À plus long terme, l’alimentation humaine représente une diversification naturelle, si l’acceptation du grand public évolue en ce sens et après évaluation des risques pour la sécurité sanitaire des aliments.


Retrouvez notre série Alim'agriLab sur l'innovation dans le monde agricole sur la chaîne YouTube du ministère.