Trophées de l'agroécologie 2019-2020 : les prairies céréalières de la ferme à Naroques
Andy Coecup
Après avoir fait carrière dans la musique électronique, Andy Coecup décide en 2011 de s’installer dans le Gers. Sur sa ferme de 110 hectares, il expérimente et innove pour mettre en place un système global, intégré à l'économie locale, et basé sur les démarches agroécologiques. Il développe notamment « des prairies céréalières »  où cohabitent l’herbe que broute le troupeau de Red Sussex et la culture de céréales anciennes. Pains et viandes sont vendus en circuits courts. L’exploitation emploie 7 personnes. La ferme à Naroques est lauréate du Prix de l'innovation des Trophées de l'agroécologie 2019-2020 décernés le 9 juillet 2021.

 « J’ai pris conscience du rôle majeur de l’agriculture pour l’environnement, lorsque je venais me ressourcer dans le Gers entre deux tournées à travers le monde », explique Andy Coecup. « Alors, j’ai commencé à œuvrer à mon échelle, en m’exerçant aux méthodes de l’agroécologie sur mon potager familial. Puis, j’ai vendu tous mes droits d’auteur pour m’installer sur la Ferme à Naroques. C’était un risque à prendre car je ne suis pas issu du monde agricole ».

Des débuts difficiles : « La terre était à la limite de son fonctionnement »

Andy Coecup se lance dans la production de céréales en agriculture biologique. Pour lutter contre les plantes invasives, sans recourir à la chimie, il privilégie le désherbage mécanique. Mais les sols argileux et pauvres en matière organique supportent de moins en moins les passages du tracteur : ils se tassent et ne respirent plus. « J’ai choisi la guerre mécanique plutôt que la guerre chimique, mais je me suis rendu compte que je ne pourrais jamais gagner », précise Andy Coecup.

Faire pâturer les vaches dans les champs de blé

En 2015, pour régénérer ses sols, Andy Coecup décide de les convertir en « prairies céréalières » : il associe sur une même parcelle élevage de vaches et culture de blé de variétés anciennes. « L’idée est de semer le blé directement dans les pâturages, avec toutes les plantes qui composent la prairie : rays grass, trèfle, chicorée, pimprenelle, plantain, sainfoin, luzerne, graminées, etc. », détaille Andy Coecup.

Grâce à cette technique, les sols sont couverts toute l’année, ce qui les protège de l’érosion. Les espèces végétales apportent les éléments nutritifs nécessaires au sol, elles nourrissent les vaches, qui en retour apportent de la matière organique au sol et favorisent la biodiversité environnante.

Le troupeau est présent dans les pâtures céréalières de la fin de l’été, juste après les semis, jusqu’au printemps, quand sortent les premiers épis de blé. Quand les vaches sont dans les champs et broutent la végétation de surface, elles réalisent une « taille » qui favorise le développement des plants de blé. En retour le blé, du haut de ses un mètre, fait écran à la sécheresse et protège la vie des sols durant l'été.

Produire sans mécanisation : une rencontre avec les Amish

Crédit ci-après
L’année suivante, l’agriculteur passe à une autre étape : ne plus utiliser de tracteur et réduire le travail du sol à l’essentiel. « Il fallait trouver une solution pour être plus léger, je me suis donc intéressé à la traction animale. Je suis allé rencontrer les Amish qui ont la seule (agri)culture au monde qui maîtrise la production de céréales avec des outils tirés par des animaux ».

Toujours en quête d’expérimentations, il se lance à l’assaut des champs avec son attelage de 4 chevaux de trait, des Percherons. « On a fabriqué des outils adaptés, comme un semoir plus léger, car les chevaux développent moins de puissance qu’un tracteur », explique Andy Coecup.

La vente directe pour contribuer à l'économie locale

La charge de travail étant plus importante qu'en système classique, de par la traction animale plus lente, Andy Coecup se fait aider de trois ouvriers agricoles. En 2017, sont créés l’atelier de meunerie et la boulangerie, avec l’embauche de deux meuniers-boulangers et de deux vendeurs.

Chaque année, 60 tonnes de blé sont transformées en farine et pains sur la Ferme à Naroques, pour approvisionner le magasin de producteurs ouvert à Auch en 2018, les enseignes bio, les écoles et les lycées du territoire. La ferme valorise également la viande de ses vaches directement auprès des bouchers, restaurateurs et supermarché de Auch.
 

La ferme à Naroques, un refuge pour la biodiversité

Le blé ancien, les prairies et les vaches évoluent dans un écosystème écologique bénéfique pour les cultures. Les nombreuses haies, fossés et bandes enherbées sont des moyens de déplacement et des refuges pour les espèces auxiliaires qui protègent les cultures des bioagresseurs. L’étang qui abreuve les chevaux et les vaches est une niche écologique pour la vie aquatique.
 
Dates clés :

  • 2011 – achat de 110 hectares de terre (dont 10 hectares de bois) ;
  • 2015 – constitution du troupeau de vache Red Sussex ;
  • 2016 – acquisition des chevaux de trait (Percheron).

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