« Sensibiliser les élèves à la protection de la biodiversité »
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Aurélien Chassagne, directeur de l'exploitation du lycée du lycée agricole de Cahors (Lot), étudie et préserve les habitats des abeilles domestiques et des abeilles sauvages afin de mieux les étudier. 60 hectares de prairie sont ainsi cultivés sans produit phytosanitaire, dont 25 hectares en luzerne. Un exemple parmi d'autres de techniques agro-écologiques mises en place au sein de l'établissement.

« Une luzerne fleurie favorise plus les pollinisateurs qu'un blé ! Elle a de bonnes caractéristiques mellifères et supporte bien les concurrences », explique Aurélien Chassagne. « Lorsque nous la coupons au printemps pour fournir du fourrage aux vaches des agriculteurs voisins, la luzerne a la capacité de repousser vite et d’avoir un effet allélopathique [1] sur les autres plantes ».

Grâce au réseau Apiformes, le lycée a noué des liens avec des entomologistes (spécialistes des insectes) de l’Institut national de la recherche agronomique d’Avignon (Inra) et de la Bergerie nationale (Yvelines) pour sensibiliser enseignants et élèves au rôle des abeilles dans la pollinisation des plantes.

« Dans le cadre de travaux pratiques pour le bac pro Gestion et maîtrise de la nature et de la faune (GMNF), nous avons recensé 500 espèces d'abeilles sauvages solitaires sur les 1 000 espèces françaises ! En associant les élèves à cette activité, nous leurs faisons prendre conscience du rôle déterminant des abeilles sauvages dans la pollinisation des cultures ».

Les futurs bacheliers, qui travailleront dans des emplois en lien avec la biodiversité, par exemple la gestion de parcs naturels, pourront mettre en application leurs connaissances, en faveur de ces insectes pollinisateurs précieux.

[1] Les plantes allélopathiques libèrent des composés toxiques dans le sol qui vont altérer le système racinaire des plantes nuisibles et limiter leurs croissances.

Un projet d'agroforesterie viticole

« En tant qu’exploitation de lycée agricole, on a un devoir d'innovation. On est une vitrine régionale pour aller vers de nouvelles pratiques. Par exemple en 2015, nous avons planté des vignes et des chênes truffiers sur une même parcelle, dans le but de créer un nouveau genre de vignoble au microclimat unique ! C’est un projet innovant d’agroforesterie viticole, en lien avec la recherche (Vitoforest). Réponses dans quelques années ! ».

D’autres techniques agro-écologiques sont envisagées sur l'exploitation du lycée. Par exemple, couvrir les pieds de vigne d’un couvert végétal qui se développe au ras du sol (trèfle nain), afin d’éviter la prolifération d’une végétation haute. Ou bien, installer des haies pour recréer une faune et une flore protectrice.

Enseigner le désherbage sans herbicide

Enlever les plantes non désirables est un des problèmes que connaît chaque vigneron. En effet il faut éviter que ces plantes n’absorbent trop l’eau du sol à la place de la vigne. Une végétation haute sous les rangs peut aussi augmenter l’humidité ambiante et favoriser les infections à laquelle la vigne est très sensible. L’herbe peut également se retrouver dans la récolte du raisin, et donner un mauvais goût au vin. « Enlever ces végétaux n’est pas évident, puisque tous les mètres il y a un cep de vigne ou un piquet de palissage qui fait obstacle », explique Aurélien Chassage. Pour enlever ces herbes tout en étant dans une démarche de réduction des produits phytosanitaires, le lycée expérimente depuis 5 ans le désherbage mécanique. « À l’aide d’un bras mécanique positionné sur le côté du tracteur, le conducteur désherbe avec une grande maniabilité entre les ceps », raconte Aurélien Chassagne.

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