Sauvegarde du patrimoine naturel avec le Prix de l’Agrobiodiversité animale
Pascal Xicluna/agriculture.gouv.fr
Remis pendant le Salon international de l’agriculture, le Prix national de l’Agrobiodiversité animale récompense les initiatives visant à préserver les races agricoles à faible effectif. L’occasion de mettre en avant l’importance de la biodiversité de l'élevage français.

Créé en 2012 par la Fondation du Patrimoine et le laboratoire CEVA Santé Animale, et organisé sous le haut patronage du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, le Prix de l’Agrobiodiversité animale cherche à préserver la diversité de nos espèces agricoles.
Souvent délaissées pour des races plus productives, les races à faible effectif sont mises à l’honneur chaque année avec ce concours. Les candidats doivent répondre à trois critères :

  • la valorisation économique du projet ;
  • la dimension patrimoniale et socio-environnementale du projet sur un territoire donné ;
  • les actions de sensibilisation et/ou de communication autour d’une race à préserver.

Dans les années 1970, les acteurs institutionnels et scientifiques ont pris conscience de la perte de biodiversité. Comme l’explique Olivier Le Gal, chargé de mission Génétique animale à la DGPE et juré pour ce Prix : « de nombreuses races animales locales ont disparu ou vu leurs effectifs fondre au fil des ans ».
Aujourd'hui, ces races permettent à certains éleveurs de mieux valoriser économiquement leurs produits en misant notamment sur la commercialisation en circuit court de produits de qualité. Ces marchés de niches sont complémentaires des productions plus standardisés et permettent de préserver pour l'avenir des « patrimoines génétiques » complémentaires de ceux des « grandes races ».

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En collaboration avec les éleveurs, de nombreuses actions sont mises en œuvre pour freiner ces disparitions. Plan d’action mondial, création de banques de gènes, aides financières et travail de terrain ont permis le sauvetage de plusieurs races françaises. Cela passe aussi par la remise du Prix national de l’Agrobiodiversité animale, qui permet un soutien aux initiatives de préservation, avec la remise d’une dotation financière pour les lauréats.

Il existe de nombreux critères permettant de caractériser une race « à faible effectif », mais le nombre de femelles reproductrices est particulièrement pris en compte. On dénombre ainsi plus de soixante races à faible effectif, toutes espèces confondues.

La Cryobanque nationale, un atout pour le sauvetage des races d'animaux domestiques

Une Cryobanque nationale pour la conservation de semence et d'embryons des races d'animaux domestiques a été créée fin 1999 avec un statut juridique de Groupement d'Intérêt Scientifique. À terme, la Cryobanque nationale devra accueillir des échantillons représentatifs de la diversité génétique de toutes les races françaises d'animaux domestiques.


Lors de la précédente édition, c’est la race bovine « Froment du Léon » et l’exploitation de Stéphane Terlet qui ont été récompensées. 

La Raïole, dernière race cornue du Massif central

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Association des brebis Raiole, Caussenarde des Garrigues, Rouge du Rousillon
Facilement reconnaissable avec ses cornes enroulées autour de ses oreilles, la Raïole est la dernière race ovine possédant des cornes dans le Massif central. Elle est menacée d’extinction dès les années 1960, à cause d’une reproduction mal maitrisée. Grâce à la mise en place de ce plan de sauvegarde et à la sensibilisation des jeunes éleveurs, on dénombre actuellement plus de 2 000 brebis.

Avec le soutien du Parc National des Cévennes, d’où elle est originaire, un plan de sauvegarde a été lancé, accompagné de la création d’un syndicat de race. Pour conserver ces ovins résistants et bons marcheurs, ce plan s’articule autour du repérage des béliers, pour maitriser les origines et la descendance directe de chacun.

La rusticité de la Casta

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Institut de l’Elevage
Aussi appelée « Aure-et-Saint-Girons », pour ses berceaux historiques : la vallée d’Aure dans les Hautes-Pyrénées et le bassin St-Girons dans l’Ariège, la Casta porte ce nom en référence à la couleur châtaigne de sa robe (châtaigne se disant « castagne » en occitan).

Elle a connu un parcours atypique. Autrefois, il s’agissait d’une race laitière, où le lait était utilisé dans la fabrication du fromage Bethmale. Désormais, cette race est devenue allaitante (ou à viande).

Pourtant réputée pour sa longévité, il ne restait qu’une quarantaine d’animaux dans les années 1970. En effet, la Casta, ne permettant pas un engraissement rapide, sera laissée de côté au profit de races avec un meilleur rendement.

Le plan de sauvegarde, lancé en 2006 par la région Midi-Pyrénées (désormais Occitanie), a permis d’augmenter sa population à 250 femelles aujourd’hui.

Le Cob Normand face à la concurrence motorisée

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Syndicat National des Éleveurs et Utilisateurs de Cob Normand
Originaire de Normandie, cette race équine a connu son apogée dès le début du XXe siècle. Fortement utilisé pendant la Grande Guerre, au niveau militaire comme agricole, le Cob Normand n’a pas pu faire la différence face à la concurrence motorisée.

Comme la plupart des neuf races de chevaux de trait, celui-ci va être en danger dans les années 1980. Ce cheval de taille moyenne est pourtant réputé pour être le plus léger. Et c’est grâce aux efforts de nombreux passionnés que le Cob Normand n’a pas disparu. Ces derniers ont cherché à préserver les qualités originelles de la race. Avec l’aide de l’Institut français du cheval et de l’équitation, un guide de pointage a été instauré, où les poulains doivent nécessairement avoir sept ascendants sur huit de la race Cob Normand pour pouvoir être considéré comme tel.

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