L’ONF produit 50% des graines qui permettent le reboisement des forêts françaises
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr
Dans le Jura, la sécherie de la Joux de l’Office national des forêts (ONF) recueille et sélectionne les graines d’arbre qui deviendront les forêts de demain. Explications avec Olivier Guerry, responsable de l’unité de production.

« 50% des graines des forêts françaises sont issues de la sécherie de la Joux, le seul établissement public qui produit des semences forestières en France. L’autre moitié provient de la sécherie privée Vilmorin-Mikado dans le Maine-et-Loire », explique Olivier Guerry.

L’importance de constituer des stocks de graines suffisants

Chaque année, il faut reboiser pour remplacer les arbres qui ont été coupés pour l’industrie du bois, mais aussi pour reconstituer les populations ayant subi une catastrophe naturelle (sécheresse, maladie, incendie).

« Notre objectif est de faire en sorte que les stocks soient suffisants pour répondre aux besoins de reboisement des forêts françaises. Mais d’une année à l’autre et d’une zone à l’autre, la récolte de graines varie selon les espèces et les aléas climatiques. Par exemple, le sapin pectiné ne fructifie en moyenne que tous les 3 ans, et les gelées tardives empêchent la floraison. Il faut savoir identifier sur l’ensemble du territoire les arbres qui ont eu une bonne fructification pour récupérer leurs graines afin de reconstituer les stocks », détaille Olivier Guerry.

Un savoir-faire qui repose sur un calendrier de récolte très serré

Les récoltes de graines commencent en juillet avec les merises du merisier. Viennent ensuite les douglas, sapins, feuillus (tilleul), épicéa et pins (pins sylvestre, pins noir, pins crochet). Partout en France, les récolteurs s’affairent.

« Le propre d'un arbre, c'est de disséminer ses graines au sol pour se multiplier. On doit les récolter juste avant ou presque au moment de leurs chutes afin d’éviter qu’elles ne se perdent dans la nature. Ce moment fatidique varie constamment en fonction de la météo et des 70 espèces d’arbres que nous traitons. Pour une même région, des sites de récolte peuvent être matures bien plus tôt que d'autres », décrit Olivier Guerry.

Pour les résineux, des grimpeurs-élagueurs vont cueillir les cônes encore verts directement sur l’arbre. Les glands et les châtaignes sont ramassés au sol. Parfois, il faut faire preuve d'inventivité, comme pour les graines de l’aulne qui sont récupérées dans l’eau, à l’épuisette ou par un système de barrage, car l’espèce est adepte des berges.

Garantir aux pépiniéristes une traçabilité totale

Chaque récolte est triée, lavée et conditionnée séparément. « Un épicéa qui vient du Massif central ne peut pas être mélangé avec un épicéa qui vient de Savoie, ou du Jura. Les zones de récolte doivent être dissociées, de manière à ce que lors d’un reboisement, le forestier soit certain de replanter l'espèce adaptée à son terroir et sa forêt », précise Olivier Guerry.

Chaque lot de graines est conservé en chambre froide avec son numéro d’identification avant d’être envoyé aux pépiniéristes pour les élever en jeunes plants. « Les graines d’épicéa peuvent se conserver 20 à 30 ans, tandis que les glands de chêne doivent être vendus dans l’année. La sécherie de la Joux doit s’assurer de rendre disponible en permanence, pour les pépiniéristes, l’ensemble des espèces de résineux et feuillus qui composent les forêts françaises », conclut Olivier Guerry.
 

Plan de relance : reboiser 45 000 hectares supplémentaires

La filière forêt-bois permet de compenser environ 20% des émissions françaises de CO2. Pour autant, ce rôle repose sur la résilience des forêts. Le plan de relance engage une mesure pour le renouvellement des forêts françaises afin d'adapter les forêts existantes et vulnérables au changement climatique, reconstituer celles qui ont dépéri, et améliorer leur potentiel d'atténuation. L’objectif : reboiser 45 000 hectares de forêt.

Chaque année, 100 000 litres de glands de chêne sont récoltés à la sécherie de la Joux, ce qui représente environ 5 millions d’arbres et 3 300 d’hectares de forêt. En France, le chêne recouvre 40% des forêts domaniales, communales et privées.

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