Changement climatique : « aider la forêt en replantant des espèces plus résistantes »
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Chaque année, 75 millions d’arbres sont plantés pour reboiser les forêts françaises. Récolter et sélectionner les graines qui permettront le reboisement est une action essentielle que la lutte contre le changement climatique rend encore plus cruciale. Explications de Joël Conche, expert national graines et plants à l’Office national des forêts (ONF).

« Afin de préserver les surfaces forestières qui jouent un rôle majeur pour atténuer le réchauffement climatique, il faut aider la forêt en replantant de nouvelles espèces plus résistantes », explique Joël Conche. « La rapidité du changement climatique ne laisse plus le temps à certains arbres de s’adapter. Les essences que l'on décide de replanter aujourd’hui sont celles qui, de plus en plus, devront résister aux aléas climatiques ». Avec les sécheresses successives, certaines espèces deviennent plus sensibles aux maladies et ravageurs, comme le pin sylvestre avec le bupreste, un coléoptère.

Diversifier les essences et les provenances, et constituer des forêts mosaïques

La stratégie de reboisement de l’ONF est de diversifier les essences et les provenances, c’est-à-dire faire cohabiter plusieurs espèces récoltées sur différentes populations : par exemple, des chênes du nord et du sud de la France. « Il est difficile de savoir à l’avance quelle espèce sera impactée par le réchauffement climatique. C’est pour cela qu’il est important de les mélanger, car lorsque certaines sont attaquées par un parasite (champignons, insectes), d’autres, plus résistantes, évitent que des pans entiers de forêt disparaissent », détaille Joël Conche.

Récolter, trier et sélectionner les graines pour les pépiniéristes

Pour reboiser, il faut au préalable récupérer les graines des arbres, soit directement en forêt, soit dans des « vergers à graines ». « Les graines récupérées en forêt se récoltent souvent sur les cimes des plus beaux arbres, mais cela oblige parfois les grimpeurs-élagueurs à travailler jusqu’à 30 mètres de haut. Le verger à graines permet, par un travail de taille, de rendre les arbres plus accessibles. 80% des plants forestiers sont issus des vergers à graines. Plantés en grande partie dans les années 70, ces vergers, appartenant à l'État, permettent de produire des graines de qualité, de diversifier les boisements tout en améliorant les espèces », précise Joël Conche.

Une dizaine d’espèces sont élevées en verger à graines, comme le douglas, le pin maritime ou le robinier. Le verger à graines regroupe les meilleurs spécimens d’une même espèce afin de faciliter la collecte de leurs fruits (cônes, glands, noix, etc.), tout en garantissant une diversité génétique suffisante. Une fois récoltées, les fruits sont envoyés soit à la sécherie de la Joux de l’ONF, ou à la sécherie privée Vilmorin-Mikado, afin d’extraire les semences qui seront ensuite nettoyées, triées et conditionnées pour les pépinières.

Constituer d’ici 15 ans des vergers à graines plus résilients

Avec le réchauffement climatique, l'État et l’ONF souhaitent élargir la production de graines à d’autres espèces en prenant en compte la résistance au stress hydrique, en plus des besoins de la filière forêt-bois (vigueur, densité du bois, forme des branches). Le plan de relance engage d'ailleurs une mesure d'aides à la filière graines et plants.

« Le chêne pubescent est adapté au climat du sud, mais les meilleurs arbres sont très dispersés, contrairement au chêne sessile ou pédonculé emblématiques des forêts françaises et qui dépérissent parfois localement. Pour avoir une belle source de chênes pubescents, il est envisagé de créer un verger à graines de l'État. La réflexion se porte aussi sur d’autres espèces ou provenances, qui ont la capacité à résister à la chaleur sans perturber l’écosystème des forêts françaises et dont l’approvisionnement en peuplements forestiers est complexe voire impossible. Dès maintenant, il faut envisager cette possibilité, car pour qu’un nouveau verger à graines soit productif, il faut attendre 10-15 ans », conclut Joël Conche.
 

Plan de relance : reboiser 45 000 hectares supplémentaires

La filière forêt-bois permet de compenser environ 20% des émissions françaises de CO2. Pour autant, ce rôle repose sur la résilience des forêts. Le plan de relance engage une mesure pour le renouvellement des forêts françaises afin d'adapter les forêts existantes et vulnérables au changement climatique, reconstituer celles qui ont dépéri, et améliorer leur potentiel d'atténuation. L’objectif : reboiser 45 000 hectares de forêt.

Actuellement, 139 espèces d’arbres composent les forêts métropolitaines. À titre de comparaison, on recense plus de 1 500 espèces d’arbres en Guyane française.