La méthode DEPERIS : Comment quantifier et mesurer l’état de santé d’une forêt et son évolution?

Le dépérissement des peuplements est au cœur des inquiétudes des forestiers. Parmi les données indispensables aux gestionnaires pour piloter les forêts, l’état de santé des peuplements constitue un des facteurs majeurs. Ils doivent pouvoir évaluer la situation phytosanitaire des massifs dont ils ont la responsabilité. La méthode DEPERIS répond à ce besoin en permettant d’évaluer la situation sanitaire :

  • Sur toutes essences ;
  • À différentes échelles (parcelles, massifs, régions forestières…) ;
  • De façon simple, rapide et utilisable par tous, y compris les non spécialistes des sujets sanitaires. Il ne s’agit pas d’expliquer un dépérissement mais de le quantifier et de le suivre.

Pour cela, l’outil DEPERIS permet au forestier :

  • d’évaluer la situation sanitaire à un moment donné : La forêt est-elle dégradée ? où ? avec quelle importance ?
  • d’évaluer l’évolution de cette situation : Cette information est difficile à évaluer sans quantification de la situation car elle est très subjective. Quantifier, c’est apporter des éléments concrets qui aideront le gestionnaire à prendre les bonnes décisions pour réagir au mieux et éviter par exemple des coupes importantes qui pourraient déstabiliser encore plus le peuplement et accentuer le dépérissement.

DEPERIS c’est 2 critères à observer par arbre : la mortalité de branches (MB) et le manque de ramification (MR) ou manque d'aiguilles (MA)

La méthode DEPERIS est une évaluation rapide de la situation grâce une notation simplifiée du houppier des arbres. Elle s’appuie sur deux critères symptomatologiques pérennes :

  • d’une part, les mortalités de branches (MB) pour toutes les essences
  • et d’autre part, le manque de ramification (MR) pour les feuillus et le manque d’aiguilles (MA) pour les résineux.

Les deux critères s’observent dans le houppier fonctionnel (à la lumière) hors concurrence et sur les arbres de l’étage dominant ou codominant.

houppier hors concurrence

Houppier hors concurrence en vert foncé

La mortalité de branches (MB)

Elle concerne les axes de toutes dimensions : pousses de l’année, rameaux fins, branches de toutes tailles.

Photo présentant deux arbres avec une motalité des feuiiles à la cime sur la première photo et de manière diffuse sur la deuxième photo
DSF / agriculture.gouv.fr
Mortalités localisée sur la cime vs Mortalité diffuse dans le houppier

Le manque de ramification (MR) pour les feuillus ou le manque d’aiguilles (MA) pour les résineux

Entre feuillus et résineux, la morphologie et l’architecture sont assez différentes. Le deuxième critère dépend donc de l’essence : le manque de ramification est utilisé pour les feuillus. Comme ce dernier n’est pas facilement accessible chez le résineux (polymorphisme, permanence des aiguilles plusieurs années…), c’est le manque d’aiguilles qui est noté.

arbre présentant un manque de ramifications phénomènes de fenêtre et d'échancrure

Le manque de ramification MR cumule celui dû à des lacunes (fenêtre, échancrure) et le manque de ramification lié à des phénomènes physiologiques (croissance en longueur, architecture…).

Le manque d’aiguilles MA cumule celui dû à des lacunes et le manque d’aiguilles lié à des phénomènes physiologiques. Il inclut également les aiguilles absentes, totalement ou partiellement, en raison d’un aléa conjoncturel (consommation, gel printanier, canicule estivale…).

photos présentant un épicéa avec un manque de branche au niveau du houppier notable sont fortes et importantes les manques d'aiguilles sont existants mais légers
DSF / agriculture.gouv.fr

Sur cet épicéa, les MB (en bleu) du houppier notable sont fortes et importantes ; et les MA (en rouge) sont existants mais légers

photo présentant un frene dégradé les manques de branches sont importantes et les manques de ramifications assez forts.
DSF / agriculture.gouv.fr

Sur ce frêne, les MB (en bleu) sont importantes ; et les MR (en rouge) assez forts.

Ces deux critères sont estimés par rapport à un état normal de référence d’un « arbre sain et vigoureux » de la même essence dans le même contexte sylvicole et stationnel.

Photo présentant un chêne sessile de référence avec un feuillage dense et un chêne sessile dégradé
DSF / agriculture.gouv.fr

Chêne Sessile de référence / Chêne sessile dégradé

Photo présentant un sapin de référence aux aiguilles nombreuses et denses et un sapin dégradé
DSF / agriculture.gouv.fr

Sapin de référence / Sapin dégradé

Ces deux critères MB et MR/MA peuvent s’observer, quelle que soit la saison.

DSF / agriculture.gouv.fr

Châtaignier été et hiver (mortalités de branches en bleu, manques de ramification en rouge)

Notation

Quelle note donner à MB et MR/MA ?

Pour chaque arbre observé, une note qualitative de 0 à 5 est donnée à MB et MA/MR. Il s’agit d’une note simple, à attribuer de façon intuitive et rapide. Cette simplicité rend la donnée robuste et peu variable d’un observateur à un autre.

tableau de notation

Les deux notes MB et MR/MA permettent de définir une note synthétique DEPERIS d’état du houppier pour chaque arbre grâce à l’abaque suivant :

abaque permettant de donner une note synthétique

Il est classiquement estimé que les notes D, E et F correspondent à des arbres dégradés (E et F très dégradés), alors que les arbres très peu symptomatiques (A et B) sont considérés comme sains.

Il est alors possible de quantifier la part d’arbres dans chaque catégorie et de façon plus regroupé, la part d’arbres sains et la part d’arbres dégradés dans le peuplement.

Photo présentant 3 images de chênes de l'état sain à très dégradé
DSF / agriculture.gouv.fr

Chêne sessile noté B(sain) / Chêne sessile noté D (dégradé) / Chêne sessile noté F (très dégradé)

Évolution du peuplement, suivi de dépérissements

Ces classes gardent toutes leurs valeurs pour un suivi pluriannuel. Elles permettent de vérifier l’évolution symptomatologique des arbres ou des placettes et d’évaluer s’il y a un dépérissement. Le dépérissement est un phénomène difficile à appréhender car il est mulifactoriel et évolutif. DEPERIS permet de l'évaluer la situation, à partir de données quantifiées, et de cibler les éventuelles zones les plus touchées. L'outil constitue ainsi une aide au gestionnaire dans l'estimation des dommages, de la rapidité d'évolution de la santé de sa forêt et la prise de décision quant à la gestion à mettre en place.

On considère un peuplement dépérissant lorsque plus de 20% des arbres sont dégradés (D, E, F).


A grande échelle : estimation de l'impact de la chalarose du frêne en zone contaminée en 2017


A l'échelle du massif forestier : évaluation de l'état sanitaire des chênes dans une forêt du Cher (à gauche) et une forêt du Haut-Rhin (à droite)

Voir aussi