La Martinique : l'essor du commerce agricole
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Rhum, banane, goyave, poulet boucané… La Martinique réserve une variété de produits et de recettes locaux. L'île aux fleurs, située dans les Caraïbes, s'appuie sur les richesses de son terroir pour exporter les fruits de son savoir-faire agricole. Son activité commerciale réside également dans l'importation de produits alimentaires. Rencontre avec Jacques Helpin, DAAF Martinique.

Portrait de Jacques Helpin, DAAF Martinique
©Min.Agri.Fr
Quelle est la place de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt dans l'économie régionale ?

La filière banane avec 190 000 tonnes exportées et plus de 28 % de la SAU, est une production essentielle. 44 % des bananes débarquées sur les ports français proviennent de Martinique. La canne-à-sucre, principalement transformée en rhum agricole AOC, vient après. L'agriculture porte 22 % des emplois des secteurs primaire et secondaire. Elle ne répond que très partiellement à la demande locale, 77 % des produits étant importés, et les IAA s’approvisionnent majoritairement à l’importation. Si l'élevage porcin et avicole satisfait les besoins en produits frais, les importations de viande congelée dominent le marché. Les fruits et légumes locaux ne couvrent que respectivement 34 et 41 % des besoins hors conserves et surgelés.

Quels sont les principaux dossiers d'actualité portés par la DAAF ?

La DAAF est très mobilisée par les PDR, pour clôturer les paiements de 2007-2013, et instruire pour la Région, nouvelle autorité de gestion, les premiers dossiers déposés pour 2014-2020, sur les 3 mesures qui viennent tout juste d'être ouvertes.

Avec les représentants professionnels, elle est au cœur de la définition des stratégies de filières que l'ODEADOM doit valider fin 2015, notamment le plan banane durable II, qui place cette filière au cœur de l'agro-écologie.

La DAAF pilote le volet martiniquais du 3ème plan Chlordécone validé cet été, dont un plan de surveillance et un important axe d'accompagnement des exploitants agricoles. Elle anime avec la chambre d'agriculture le plan Ecophyto qui vient de passer à sa deuxième génération. Le contexte insulaire à fort risque d'entrée de nouvelles maladies végétales, en particulier sur la banane (cercosporioses) ou les agrumes (greening et chancre), implique une forte pression de contrôle des végétaux importés.

Quels sont les prochains enjeux et défis à relever ?

La structuration des filières élevage et fruits et légumes, avec comme enjeu une place accrue des produits locaux dans la consommation, devra profiter de la révision du programme POSEI. La relance de la production de canne-à-sucre est essentielle pour la sucrerie du Galion comme pour la production de rhum agricole AOC.

D'ici fin 2016, la DAAF doit assurer le passage en CDPENAF des 25 PLU sur 34 à mettre en conformité avec la Loi Grenelle II, fort enjeu de préservation du foncier agricole, tant la pression à l'urbanisation est grande.

Le renouvellement des exploitants agricoles, dans un contexte de fort vieillissement de la population et de déclin démographique, exige une forte vitalité de l'Enseignement Agricole qui devra rénover l'activité de ses 2 exploitations, et une intensification de la politique d'encouragement à installation.

Il faut aussi assurer la sécurité alimentaire, prendre en charge les déséquilibres nutritionnels, mobiliser les entreprises alimentaires régionales et la nouvelle gouvernance sanitaire au titre du Plan National de l’Alimentation.

L'agriculture martiniquaise en quelques chiffres

Superficie

Située dans l'arc volcanique des Petites Antilles, la Martinique présente une superficie de 1 128 km2, soit 0,2 % du territoire national et 21 % de la superficie des DOM insulaires (Guadeloupe, Martinique, Réunion).

L'agriculture couvre 21 % du territoire avec 23 822 ha de SAU. Les espaces naturels sont majoritaires avec 61 % de la superficie régionale.

Population

Au 1er janvier 2013, la Martinique compte 386 486 habitants, soit 0,6 % de la population française et 20,7 % de la population des DOM (hors Mayotte), avec une densité de 342,6 habitants par km2.

L'agriculture et l'emploi en Martinique

La population active de 180 000 personnes est touchée par un taux de chômage important (20 % de la population active), affectant particulièrement les jeunes de moins de 25 ans (68%).

L'agriculture emploie 6 559 UTA en 2013, dont 55 % (3610 UTA) dans le seul secteur de la banane. Cela représente 9768 personnes, soit 5,4 % de la population active, dont 1089 femmes. La population agricole est âgée, seul 9 % des chefs d'exploitation ayant moins de 40 ans.

A ces chiffres il convient de rajouter les 1 707 salariés des industries agro-alimentaires, dont 690 dans le seul secteur dominant des boissons.

La production agricole

Les 2994 exploitations agricoles présentes sont de petite taille, 66 % d'entre elles présentent une SAU de moins de 5 ha.

La banane et la canne à sucre occupent à elles seules 37 % de la SAU (59 % des surfaces cultivées) avec respectivement 5982 ha et 4004 ha en 2014. Les jachères (8%) font partie intégrante de la sole bananière, permettant de lutter contre les nématodes. Les fruits et légumes complètent l'offre de production végétales : la Martinique produit principalement des concombres, des melons, des tomates et des laitues pour ce qui est des légumes, des goyavescitrons et oranges pour ce qui est des fruits (en dehors de la banane). La pulpe de goyave est essentiellement destinée à la fabrication de jus. L'île ne produit aucune céréale : seules les prairies contribuent localement à l'élevage bovin. L'élevage hors-sol (essentiellement volailles et porcs) représente 75 % des productions animales avec 3 000 tonnes équivalent carcasses représentant quelques 15 000 porcs et 1 300 000 volailles abattus annuellement.

Les industries agroalimentaires

Le secteur des boissons représente 40% de l'activité agro-alimentaire de l'île (rhum agricole, jus de fruit et sodas), suivi par les produits laitiers (16%), la boulangerie et la transformation de viandes (9% chacun). Les IAA constituent le 2ème secteur industriel le plus important de l'île (après l'énergie) avec un chiffre d'affaire de 341 millions d'euros en 2013 (24% du secteur secondaire). Si la baisse du chiffre d'affaires concerne l'ensemble du secteur industriel en 2013 (-4,6%), le secteur agro-alimentaire est relativement moins impacté (-3%), le nombre de salariés de ce secteur étant par ailleurs en hausse de 8,7% depuis 2010.