Changement climatique : la prairie, un atout pour nourrir le troupeau
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr

La prairie entourée de haies est un véritable « garde-manger » pour les troupeaux. Dans le Maine-et-Loire, 11 éleveurs ont constitué le GIEE « Cultivons la biodiversité » pour produire eux-mêmes la semence de leurs prairies, valoriser leurs haies et ainsi gagner en autonomie fourragère.

Comment mettre à contribution la prairie et les haies pour assurer une production alimentaire suffisante tout au long de l’année pour le troupeau ? L’enjeu est d’autant plus important avec l’augmentation de la fréquence des aléas climatiques.

« Les sécheresses deviennent plus fréquentes et impactent les prairies. Elles deviennent moins productives en herbe et l’éleveur est parfois contraint d’acheter des aliments en plus pour nourrir ses animaux », explique Elise Nerbusson, animatrice du groupe au sein du Centre d'initiatives pour valoriser l'agriculture et le milieu rural du Maine-et-Loire (Civam 49). « Les agriculteurs travaillent à rendre leurs prairies plus permanentes et autonomes, c’est-à-dire productives et reproductibles sur plusieurs années, notamment par la sélection et la production de leurs propres semences de légumineuses adaptées aux caractéristiques du sol et résistantes au manque d’eau ».

Composer avec la diversité des espèces d’une prairie

Une prairie diversifiée peut être composée de 10 à 80 espèces différentes. Les agriculteurs sont encore en phase test pour trouver la meilleure composition. « Pour se rendre compte du potentiel de chaque espèce, les agriculteurs ont besoin de les tester en condition réelle. Collectivement, ils ont élaboré des protocoles avec l’appui de partenaires techniques et scientifiques (Inrae), qu’ils mettent en place chez eux sur la base du volontariat », précise Elise Nerbusson.

L’intérêt du collectif : multiplier les expérimentations, limiter le risque

Choisir et produire les bonnes espèces adaptées au contexte pédoclimatique est un véritable défi pour l’agriculteur, car c’est ce qui va définir la pérennité de ses prairies et par conséquent l’alimentation de son troupeau pendant plusieurs années. Le GIEE permet de multiplier les expérimentations, d’enrichir les observations et d’être entouré et soutenu pour essayer de nouvelles pratiques.

« L’originalité du groupe est qu’il répond à des problématiques variées grâce aux différents élevages qui le compose : bovins et ovins laitiers et allaitants », détaille Elise Nerbusson.

L’arbre « fourrager » en prévision de l’hiver

Crédit ci-après
En plus de l’herbe, les ruminants broutent avec plaisir les feuilles et les jeunes tiges d’arbre. Prunellier, orne, aubépine, frêne, viorne, saule sont autant de sources nutritives aux vertus multiples à mettre à profit dans les prairies. De plus, les arbres avec un enracinement profond résistent mieux à la sécheresse et apportent de l’ombrage et des feuilles fraiches aux animaux tout au long de l’été, ainsi que de l’ombre.

« Au sein du groupe, les éleveurs réfléchissent ensemble et avec les structures environnementales locales (Mission bocage, Association Sylvagraire), à différentes manières de valoriser « l’arbre fourrager », comme donner directement les branches à manger aux animaux ou en faire des bottes de foin-branche en prévision de l’hiver », conclut Elise Nerbusson.

Cette association subtile entre les différentes essences d’arbre et la prairie multi-espèces offre un cadre propice pour les animaux, leur santé et leur bien-être. Il est également vecteur de biodiversité pour l’ensemble de cet écosystème, car la richesse floristique est aussi le « garde-manger » de diverses insectes et animaux.