Ombre, alimentation, litière... Comment les haies permettent d'atténuer les effets de la sécheresse
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
En Haute-Saône, un groupement d’agriculteurs travaille avec les acteurs du territoire pour exploiter les différents services que les haies apportent : écologique, économique, bien-être animal.

 « On travaille dans le sens de la haie, pour la haie. Au départ c’était une problématique, maintenant c’est un bienfait », argumente Yves Étignard président du Groupement d’intérêt écologique et économique (GIEE) Prairies DOR.

Véritable brise-vent, la haie protège les sols de l’érosion. Les arbres et les plantes qui la composent gardent l’humidité et apportent de la fertilité grâce à l’humus des feuilles mortes. Espace de vie pour de nombreuses espèces animales, notamment les insectivores (crapaud, lézard, merle, coccinelle, mésange, etc.), la haie limite les prédateurs dans les champs qu'elle borde.

Une ressource pour rendre les champs et les étables plus confortables
Crédit ci-après

La haie permet aux exploitations d’être résilientes face au changement climatique. Été comme hiver, les températures y sont plus clémentes. Elle isole du froid et apporte de l’ombre durant les fortes chaleurs, un gage de bien-être pour l’élevage.

Son bois peut être broyé et servir de litière à la place de la paille lorsque le troupeau est rentré l’hiver. « Nous faisons appel à ce qui est disponible sur l’exploitation pour être autonome économiquement. Notamment en cas de sécheresse où le prix de la paille augmente », détaille Yves Étignard. Le bois broyé plus économique (48 € la tonne), est plus sain pour les animaux, car il absorbe mieux les excréments et limite la prolifération des agents pathogènes. La litière reste ainsi sèche plus longtemps et du coup libère du temps de travail pour les éleveurs.

La haie est également source de nourriture. « Lorsque les prairies sont sèches en été, les feuilles d’arbres encore vertes constituent un appoint alimentaire, comme celles du murier blanc, très riches en protéines. D’autres feuilles comme celles du frêne, du tilleul, de l’aulne ou du saule, sont dotées de vertus médicinales », indique Yves Étignard.

 « Abattre un arbre dans une haie, c’est toute une réflexion collective »

Pour que toutes les applications positives de la haie perdurent, cette dernière doit être correctement entretenue. Le GIEE permet aux 27 agriculteurs membres du groupe de recueillir les points de vue de différents conseillers territoriaux pour exploiter au mieux le bois des haies. « Il y a tout un écosystème autour de l’arbre qu’il faut pérenniser, à la fois écologique par les habitats qu’il abrite, mais aussi économique par les matériaux qu’il apporte (chauffage, construction). Une haie doit accompagner les agriculteurs de générations en générations. C’est pour cela que l’Agrocampus de Vesoul fait aussi partie du GIEE pour apporter aux élèves un autre regard sur la haie », conclut Yves Étignard.

Le GIEE a même organisé un « Concours des haies fleuries » avec l’Agrocampus et envisage de développer un « Label haie » pour valoriser cet écosystème en tant qu’élément à part entière d’une exploitation.

 

Travailler avec les acteurs du territoire en GIEE

Le Groupement d’intérêt écologique et économique (GIEE) Prairies DOR  permet aux agriculteurs membres de travailler en concertation depuis 2015 avec différents acteurs territoriaux du secteur du bois, de l’écologie et de l’agriculture : Conservatoires d’espaces naturels, l’Office français de la biodiversité (OFB), La fédération de chasse de Haute-Saône, France nature environnement (FNE), la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), l’Office national des forêts (ONF), la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, l’Association pour le développement des énergies renouvelables et alternatives (ADERA), les exploitants forestiers, l’Agrocampus de Vesoul et les services déconcentrés du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation.

 

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