Un gazon bien sélectionné pour des crampons bien accrochés
21/06/2016
© Xavier Remongin / Min.Agri.Fr
Les glissades lors des différents matches de l’Euro2016 le montrent bien : la qualité d’un bon terrain avec un bon gazon est essentielle pour une compétition sportive de cette ampleur. Retour sur 40 ans de sélection variétale du ray-grass anglais, principale espèce utilisée pour l’engazonnement des terrains de sport.

Etre sélectionné pour sa lenteur ! C’est le privilège du ray-grass anglais. « On sélectionne génétiquement cette espèce pour qu’elle produise un gazon fin et dense pour l’esthétique et une très bonne résistance au piétinement. Pour cela, on choisit - pour ensuite les multiplier - des ray-grass qui produisent le plus de racines et le plus de talles (brins) possible, mais qui croissent lentement pour tondre moins souvent avec moins de déchets de tontes. Ils doivent également être plus tolérants à l’ombre des gradins, ainsi qu’aux conditions d’humidité et de température spécifiques des stades qui peuvent favoriser le développement de maladies des plantes », explique Jean-Paul Sampoux, chercheur à l’Inra de Lusignan et spécialiste des ressources génétiques des prairies et gazons semés. Avec son équipe, ils testent la qualité valeur agronomique, technologique et environnementale (VATE) de nombreuses origines de ray-grass anglais et d’autres espèces de graminées, allant jusqu’à piétiner deux à trois fois par semaine les variétés testées… à l’aide d’une machine munie de rouleaux à crampons simulant le piétinement de joueurs de foot ou de rugby.

Du progrès génétique sous les crampons et les sabots

Son équipe a étudié un panel de variétés de ray-grass anglais sélectionnées depuis quarante ans. Les résultats du progrès génétique sont étonnants. « La vitesse de pousse du ray-grass anglais a été divisée par deux : la hauteur des pelouses de foot récentes augmente de 1,4 cm par semaine alors que les gazons de populations naturelles ou de variétés anciennes poussent deux fois plus vite » estime le chercheur qui s’est aussi penché sur la sélection des ray-grass anglais utilisés pour en fourrage pour l’alimentation des animaux d’élevage herbivores. « La sélection dans ce domaine est inversée : les plantes que l’on sélectionne pour le fourrage doivent au contraire pousser le plus vite possible et avoir la meilleure valeur alimentaire possible ! Les variétés de ray-grass anglais fourrage les plus productives voient leur hauteur augmenter de 4,9 cm par semaine, soit plus de trois fois plus que les variétés gazon des terrains de foot ! »

Orienter la sélection variétale

Le ray-grass anglais est une espèce réglementée au niveau européen. Pour pouvoir vendre une variété de ray-grass anglais, il faut l'inscrire au catalogue officiel des variétés de l'un des états membres de l'Union Européenne. En France, pour orienter la sélection de variétés adaptée à un usage « gazon », l'inscription au catalogue officiel se fait dans une rubrique dédiée.

La valeur agronomique, technologique et environnementale (VATE) est évaluée pendant trois ans en parcelle, dans des conditions proches de celle de l'utilisation finale. On attribue des notes aux variétés en regardant l'aspect esthétique global, la tolérance au piétinement, la densité du gazon, la  finesse des feuilles ou encore la pérennité.

Les épreuves VATE gazon permettent également de vérifier que les variétés ne présentent pas de défauts majeurs, notamment pour ce qui concerne les sensibilités à des parasites, pour limiter les traitements phytosanitaires. A titre de comparaison, pour un usage fourrager, les variétés de ray-grass anglais seront évaluées sur le rendement, la souplesse d'exploitation, la valeur nutritionnelle et toujours la résistance aux maladies.

 

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