Simon Ronceray : « L’agriculture urbaine, un laboratoire pour l’agriculture rurale »
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Simon Ronceray, fils de céréalier, a suivi une prépa biologie (BCPST) et des études d’ingénieur Agroécologie et agriculture durable à Montpellier SupAgro. En 2014, il s’est lancé, avec deux autres camarades, dans un tour d’Europe à vélo durant 8 mois à la découverte de l’agriculture urbaine et a créé l’association Agrovélocités. 12 000 kilomètres engrangés, 18 pays traversés et 150 projets étudiés plus tard, ses projets sont chamboulés. Alors qu’il se destinait à faire de l’agro-développement dans les pays du Sud, il a choisi de rester en France « parce qu’il y a beaucoup à faire ici aussi ».

À 27 ans, il est aujourd’hui chargé de développement de ferme urbaine au sein de l’association Veni Verdi et coordinateur de la formation « Spécialisation d'Initiative Locale en Agriculture urbaine et périurbaine » à l’école du Breuil à Paris. Mais comment définir cette agriculture citadine ? « Au sens de l’Afaup, Association française de l’agriculture urbaine professionnelle, c’est une production de services ou de biens agricoles (élevages ou végétaux) en ville ou autour des villes, qui cherche à générer au moins un emploi dans une structure, peu importe son statut juridique », répond Simon Ronceray.

Agriculture urbaine, outil d’innovation

Pour lui, l’agriculture urbaine professionnelle génère des services écologiques comme la récupération de déchets et la gestion de l’eau. Elle augure de ce qu’il se passera dans l’agriculture rurale de demain. « En recréant un sol sur un toit ou sur des terres dégradées, on fait de l’innovation. L’agriculture urbaine est un laboratoire qui peut apporter des connaissances pour l’agriculture rurale », explique l’ingénieur agronome.

Accompagnement dans la reconversion

Des citadins amoureux de la terre aux enfants découvrant la verdure, le jeune homme croise toute sorte de profils dans les espaces végétalisés des collèges et les jardins potagers. « Beaucoup de personnes mûrissent leur projet de reconversion dans l’agriculture en venant faire du bénévolat dans les fermes urbaines. Dans certaines structures, elles peuvent tester l’agriculture sur une demie journée ou plus par semaine, pendant un an. C’est peu mais assez pour découvrir les saisons et cycles, les étapes et éventuellement la pénibilité du travail, explique Simon Ronceray. Dès qu’elles sont décidées, elles peuvent continuer sur 2 ou 3 mois dans une exploitation en périphérie, sans avoir à déménager grâce aux couveuses d’activité ». Il souligne ainsi le problème de l’accompagnement dans la démarche de reconversion et de l’éloignement familial dans la néo-installation : « La chance en Ile-de-France, c’est de disposer d’exploitations céréalières ou maraîchères, accessibles par le RER, par exemple à Malesherbes ou Melun. »

Foyer de recrutement

L’expérience d’agriculture urbaine l’a enrichi, d’autant qu’il y voit un vrai foyer de recrutement. « Par la pédagogie avec les enfants, j’ai vu naître des vocations, parfois improbables, de paysagistes, de jardiniers ou dans les métiers de la production. On considère que ce sont des métiers de faiseurs alors que ce sont des métiers de penseurs. D’autant qu’avec la transition écologique, l’agroécologie remplace les pesticides par du savoir. On apprend à utiliser le pouvoir de protection des plantes et des animaux naturelles ou introduites. On ne peut se passer de pesticides qu’en ayant une meilleure connaissance de la biologie et de la biodiversité ».