Produire différemment : une démarche gagnante
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Johan Harlouchet, exploitant à Ahaxe (Pyrénées-Atlantiques) est un jeune producteur de lait. Il cultive 30 hectares de prairies destinées à son troupeau et 5 hectares de maïs. Pour obtenir sa certification bio, il a franchi le pas du « zéro pesticide ». Retour sur une expérience réussie.

Quelle raison vous a poussé à passer au « zéro pesticide » ?

Nous avons toujours essayé de recourir le moins possible aux produits phytosanitaires sur notre exploitation familiale. Nous avons souhaité pousser davantage cette démarche de qualité en lui donnant une vraie visibilité, afin de nous démarquer des autres agriculteurs. Pour cela, nous avons décidé en 2002 de convertir l’ensemble de nos surfaces au bio. Cette certification nous impose un cahier des charges très strict, notamment de ne plus utiliser du tout de pesticides !

De quelle aide avez-vous bénéficié ?

Nous avons eu la chance d’avoir un véritable accompagnement pour initier notre projet. L’association BLE (Biharko Lurraren Elkartea signifiant « la terre de demain » en basque) nous a proposé des formations enrichissantes, ainsi qu’un suivi régulier sur le terrain. Ces actions ont entièrement été prises en charge par Vivéa, le fonds pour la formation des entrepreneurs du vivant. Nous avons ainsi pu mettre en œuvre des techniques alternatives pour nous passer de produits phytosanitaires et être autosuffisants sur la nourriture du bétail. Ce travail mené depuis 2002 nous a permis d’obtenir l’agrément national bio auprès de l’organisme Certisud.

 

« Les dépenses supplémentaires pour nous passer des pesticides ont largement été compensées par les économies que nous avons réalisées. »

 

Concrètement, quels changements avez-vous introduits sur votre exploitation ?

Pour remplacer les pesticides dans la culture du maïs, nous avons eu recours à des procédés mécaniques. L’utilisation de la bineuse associée au tracteur permet d’aérer les sols et d’éliminer les mauvaises herbes. Les dépenses supplémentaires en essence ont largement été compensées, puisque nous n’achetons plus du tout de produits phytosanitaires. De même, nous enrichissons désormais notre engrais pour la culture des céréales avec le fumier issu de notre élevage.

Pour notre bétail, notre objectif était de produire entièrement son alimentation sur notre exploitation. Pour y parvenir, nous avons dû adapter la taille du troupeau aux ressources de notre surface cultivable, en passant de 30 à 20 vaches. Malgré cette diminution, nous nous y retrouvons largement. Notre poste alimentation a été divisé par deux, puisque nous n’achetons plus de tourteaux (aliment généralement à base de soja ou de colza) à l’extérieur.

Nous limitons également la consommation d’antibiotiques, que nous réservons uniquement aux soins curatifs. Pour les soins préventifs, notre cheptel est désormais traité avec des produits à base d’huiles essentielles, pour éviter l’apparition de certaines maladies comme la mammite. Là encore, le résultat est probant : en deux ans, nous avons trois fois moins de frais vétérinaires. C’est donc une démarche gagnante à tous les niveaux. Nous avons réduit de nombreuses dépenses, tout en augmentant significativement notre niveau de qualité.

Quels conseils donneriez-vous à des agriculteurs qui souhaitent se lancer ?

Chaque situation est différente. Pour juger de l’intérêt d’une conversion au bio, le plus efficace est de suivre des formations. C’est un excellent moyen d’obtenir toutes les informations utiles et d’échanger avec d’autres agriculteurs.

  • Mots clés :

Pesticides, Produits Chimiques, Ecophyto

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