« Observer la nature, c'est notre métier ! »
Benoit Delabre / www.agri-culture.fr
Agriculteur, Christian Daussy cherche des solutions depuis 13 ans pour préserver ses sols. En passant du sans labour au sans glyphosate, il observe et écoute ses terres au fil des saisons. Sa dernière découverte, le retour de « la bête du diable ».

C’est sur une exploitation de 70 hectares en Seine-Maritime, que Christian Daussy cherche des pratiques alternatives pour diminuer l'usage des produits phystosanitaires pour ses cultures de blé, de lin et de maïs. Installé depuis 1981, il passe au sans labour en 2006, puis il décide en 2014 de ne plus utiliser de glyphosate.

En dessous de 5 cm, c'est aux vers de terre de travailler

« J’ai des terres en pente, et lorsqu’il pleuvait, l’eau ruisselait beaucoup. Pour lutter contre l'érosion et améliorer mes sols, j'ai laissé le sol couvert de plantes, ce qui a effectivement permis d'absorber l'eau sans destructurer le sol. »

Le sans labour était une nouvelle méthode pour Christian Daussy. Il a dû apprendre et changer de logique de travail. Une de ses premières difficultés a été de travailler le sol plus en amont dans la saison sans le déstructurer.

« C'est une autre organisation. Il doit faire beau pour pouvoir enlever les couverts végétaux avant le semis, et en même temps, on doit laisser reposer le sol l’hiver. Il ne faut pas embêter les insectes qui hibernent dans le sol, par risque de les exposer au gel. Mon objectif n'est pas de chercher la profondeur. En dessous de 5 cm, c'est aux vers de terre de travailler, pas au tracteur. »

À partir du mois février, afin de préparer les champs au semis, Christian Daussy intervient avec un déchaumeur à disque pour enlever les végétaux en trop. Il reconnaît que pour effectuer cette tâche, le glyphosate était intéressant :  pour 2-3 passages de déchaumeur nécessaires aujourd’hui, 1 passage suffisait avec le glyphosate.

Sans glyphosate, la nature change

Depuis qu’il n’utilise plus le glyphosate, il observe des changements dans son milieu naturel, comme l’apparition de nouveaux insectes.

« Il y a des insectes que je n'avais jamais vu comme la « bête du diable » (le Staphylin Noir), c'est comme un scorpion, avec deux pinces, et c'est très bon pour les sols car il peut lutter contre les limaces. »

Il observe également une plus forte présense de la faune locale, comme des corbeaux ou des sangliers qui viennent probablement chercher des nourritures (insectes et plantes).

Il apprend à les observer et adapte ses cultures en conséquence. Il utilise par exemple des mélanges d’épices répulsives au moment des semis (piments, poivre, etc.), pour éviter que les graines tout justes semées, soient dévorées. Il teste également différentes semences auprès de ces « becs fins » des champs.

« Il faut vivre avec l’environnement qui nous entoure, les animaux, les insectes, pour pouvoir identifier les plantes et les insectes qu'ils aiment ou qu’ils n’aiment pas. L’observation de la nature fait partie de notre métier. »

La richesse de son sol acquise au bout de 13 ans, lui permet de moins utiliser d'engrais azotés. Aujourd’hui, son modèle agricole semble trouver un équilibre : le nouveau tracteur dans lequel il a dû investir est amorti ; les rendements sont globalement corrects, avec des variations d'une parcelle à l'autre, en fonction des particularités du sol. Certaines parcelles de maïs font 60 quintaux à l'hectare quand d'autres font 130. Ce que Christian Daussy estime très honorable.

Crédit photo : JakezC / Getty Images

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