Maud Faipoux : « Nous répondons à une attente sociétale forte et légitime »
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La DGAL est en charge de la sécurité sanitaire des aliments en France. Organisation des contrôles, évolutions des attentes des citoyens, adaptation aux règles européennes… Sa directrice a répondu aux questions d’Alim’agri.
Quelle est l’importance de la protection de l'alimentation pour la société ?
L’Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) le résume bien : « Après l'air et l'eau, la nourriture est le troisième besoin fondamental de tout être humain. Seule une nourriture sans danger peut contribuer à notre sécurité alimentaire et notre bonne santé. Si ce n’est pas sans danger, ce n’est pas de la nourriture ». Protéger notre alimentation est essentiel pour la santé des populations, notamment les personnes vulnérables telles que les jeunes enfants, les personnes âgées ou malades. Il s’agit également de justice sociale : tous les aliments, quel que soit leur prix, doivent être produits selon les mêmes normes sanitaires.
Comment la sécurité sanitaire des aliments a-t-elle évolué avec le temps ?
Elle a évolué progressivement sous l'effet des crises, des avancées scientifiques, et de l’adaptation aux normes internationales. Depuis les années 2000, des instances d'évaluation scientifique des risques ont été créées et de nombreuses normes ont été mises en œuvre qui imposent aux producteurs l’analyse et la maîtrise des risques, la traçabilité de leurs produits et la transparence vis-à-vis des consommateurs. En parallèle, les contrôles se sont multipliés et l’approche s’est orientée vers la prévention.
Qu’est-ce que le contrôle sanitaire raconte de notre société et de ses évolutions ?
Le développement de la communication de l’État sur les contrôles des aliments, la transparence sur les alertes alimentaires, répondent à une attente sociétale forte et légitime. Mais, paradoxalement, cette meilleure information a induit une certaine anxiété vis-à-vis des risques alimentaires. Les alertes alimentaires ne sont pas plus fréquentes aujourd’hui, mais les contrôles sont plus nombreux et portent sur un panel de dangers sans cesse élargi au fil de l'évolution des connaissances scientifiques. Or, plus on cherche, plus on trouve ! Nous avons également des défis nouveaux à relever, par exemple le contrôle de la vente en ligne de denrées interdites.
Pouvez-vous évoquer l’importance des échanges entre les services de l’État dans le domaine ?
Les échanges sont nombreux entre les autorités gestionnaires des risques alimentaires et les agences d’expertise scientifique (Anses au niveau français, et EFSA au niveau européen), les instituts de recherche (INRAE), les laboratoires nationaux de référence. Nous avons également des échanges réguliers avec nos services (directions départementales en charge de la protection des populations) qui mènent les contrôles sur le terrain sous l’autorité du préfet, nos partenaires des autres ministères concernés par la sécurité des aliments (ministères chargés de la santé, de l’environnement, des fraudes ou des contrôles aux frontières).
Comment la France s’adapte-t-elle à l’évolution des règles européennes en matière de SSA ?
La réglementation applicable en France est essentiellement établie au niveau de l'Union européenne ; elle est déclinée au niveau français en mesures opérationnelles : textes d'application, instructions aux services, et autres guides techniques permettant d'expliquer les règles pour harmoniser les pratiques sur l'ensemble du territoire. Nous participons ainsi à plusieurs instances européennes au nom de la France, afin de contribuer aux évolutions de la réglementation européenne.
Est-ce que la numérisation de la société rend l’État plus efficace dans la gestion des suspicions d'intoxications alimentaires ?
La numérisation a permis d’améliorer la remontée et la collecte des signalements, tant par les autorités que les exploitants. Par exemple via la déclaration d’incident sur le site Signalconso. La publication en ligne de tous les rappels de produits alimentaires sur le site Rappel Conso permet par ailleurs une information plus large des consommateurs.
La création récente de bases de données de séquençage complet de l'ADN des bactéries et virus, partagées entre les autorités en charge de la santé humaine et celles en charge des secteurs alimentaires, au niveau national et international, permet d'identifier des cas groupés de malades probablement contaminés par une même source et de rechercher une source alimentaire ou environnementale possible.
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