Le rôle des îles méditerranéennes en matière d’épidémiosurveillance
01/03/2020
Édith Authié, Frédérique Fontaine, Didier Guériaux, Michel Larguier, Didier Pinçonnet
Le CGAAER a été chargé d'analyser le rôle des îles de la Méditerranée dans l’introduction, l’émergence et la diffusion de maladies animales et végétales dans le bassin méditerranéen.

Rapport de mission de conseil n°17125

Mars 2020

Mots-clés : maladie animale, organisme nuisible des végétaux, dangers sanitaires, épidémiologie, surveillance, bassin méditerranéen, îles de la Méditerranée

Enjeux

Les îles de la Méditerranée (Chypre, Îles Baléares, Corse, Crète, Sardaigne, Sicile, Malte) présentent des facteurs de risque d’introduction et de diffusion d’agents pathogènes animaux et d’organismes nuisibles aux végétaux, qui amènent à s’interroger sur les conditions et les modalités d’une surveillance efficace dans la région.

La mission du CGAAER, chargée de la préfiguration de réseaux d’épidémiosurveillance dans les îles de la Méditerranée, a d’abord recensé les principaux dangers sanitaires animaux et végétaux, présents ou constituant une menace pour le bassin méditerranéen. Elle a ensuite examiné le rôle et l’importance de ces îles dans l’épidémiologie des dangers sanitaires considérés comme prioritaires.

Partant de la situation sanitaire en Corse, la mission s’est ensuite penchée sur les dispositifs de surveillance à l’œuvre et sur les marges d’amélioration existantes, afin d’être en mesure d’évaluer la pertinence de nouveaux réseaux d’épidémiosurveillance qui seraient ciblés sur les îles de la Méditerranée.

Méthodologie

Les autorités sanitaires françaises, les scientifiques, les professionnels et les acteurs corses ont été consultés.

Des enquêtes auprès des conseillers agricoles et des chefs des services vétérinaires ont contribué à l’identification des principales maladies animales et des modalités de leur surveillance dans les îles autres que la Corse.

Ces démarches ont été complétées par une étude bibliographique.

Pour les végétaux, cinq organismes nuisibles présents en Corse ont été sélectionnés, afin d’examiner l’historique et les facteurs de leur diffusion en Méditerranée.

Résumé

Dans le domaine animal, la situation sanitaire dans le bassin méditerranéen est hétérogène, avec des « points chauds » constitués de pays qui cumulent un rôle de carrefour migratoire et des systèmes sanitaires fragiles. Les îles sont des zones de passage, mais les mouvements inter-îles et îles-continents sont bien plus limités que ceux de continent à continent, et ils concernent le plus souvent deux territoires en proximité géographique, administrative, économique ou culturelle.

Les maladies animales prioritaires au regard du risque et des enjeux de surveillance ont été recensées. Dans la plupart des cas, c’est à partir d’un territoire continental proche que des îles peuvent être atteintes. Elles ne jouent pas le rôle de « sentinelles » et servent assez peu de relais de diffusion vers d’autres territoires. Il en est de même pour les organismes nuisibles aux végétaux.

Les îles concernées, relevant de l’Union européenne (sauf la partie turque de Chypre), sont soumises aux exigences communautaires en matière de surveillance des maladies animales. Il existe de plus des dispositifs régionaux, notamment le Réseau méditerranéen de santé animale (REMESA), ainsi que des projets de recherche internationaux.

Au vu de ces éléments, il n’apparaît pas pertinent de développer de nouveaux réseaux d’épidémiosurveillance spécifiques aux îles de la Méditerranée. La surveillance des maladies animales doit être considérée à l’échelle du bassin méditerranéen et le REMESA est légitime pour la coordonner. Le réseau devrait toutefois développer ses capacités scientifiques, s’articuler avec les autres réseaux existants, impliquer les laboratoires d’analyses et cibler des actions de surveillance vers les « points chauds » de la région.

Des maladies animales sont durablement installées en Corse. D’autres sont à risque d’introduction. Une surveillance performante est indispensable. Tout en continuant de lutter contre les obstacles aux actions sanitaires, il est nécessaire d’encourager les démarches participatives, de consolider le rapprochement avec la Sardaigne, de poursuivre la dynamisation des laboratoires corses, d’améliorer la surveillance dans la faune sauvage et de renforcer la surveillance de certaines maladies prioritaires.

Dans le domaine végétal, une information efficace des particuliers sur les risques liés aux mouvements est indispensable. La mission recommande des mesures destinées à anticiper la détection des organismes nuisibles par le développement et le déploiement de dispositifs de surveillance de leurs vecteurs. Elle encourage le partage d’expériences entre territoires sur la détection et la gestion des organismes nuisibles d’intérêt commun.

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