Le Master bois, forêt et développement durable forme les professionnels des valorisations nouvelles du bois
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr

Pour répondre aux défis de la bioéconomie de la forêt et du bois, les formations évoluent et s'adaptent aux nouveau besoins, notamment ceux en lien avec les territoires. C'est le cas dans la région Grand Est avec AgroParisTech-Nancy, établissement d'enseignement supérieur spécialisé dans la filière forêt-bois. Rencontre avec sa directrice, Mériem Fournier.

La bioéconomie est de plus en plus présente dans les formations bois et forêt...
C'est tout à fait vrai. Mais si on considère que la bioéconomie, c'est l'optimisation des différents usages d'une même ressource, alors la filière bois en fait depuis longtemps… sans forcément l'appeler comme ça ! Penser les usages en cascades du bois, entre bois d’œuvre, coproduits pour l'industrie papetière et le panneau, énergie avec ce qui reste, ne date pas des débuts de la bioéconomie moderne : c'est l'essence même de la valorisation du bois depuis l'ère industrielle et même avant. En fait, on fait surtout évoluer les formations qui existent déjà. On les adapte aux évolutions des marchés et de la demande : un cocktail plus complexe entre sciences dures, ingénierie et sciences sociales, plus de lien aux organisations territoriales, entre bois et autres biomasses, entre amont forestier et aval bois. 

C'est le cas du Master Bois, forêt et développement durable, créé en 2013 ?
Oui, l'un des enjeux de ce master – monté avec l'Université de Lorraine et l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois (ENSTIB) d'Épinal – est de former des professionnels capables d'avoir une réflexion globale sur la filière forêt-bois pour mieux articuler l'amont et l'aval. C'est une demande forte de la profession, mais aussi des territoires. Ces besoins d'interface ont été identifiés depuis un moment par AgroParisTech-Nancy qui propose depuis 10 ans un double-diplôme avec l'ENSTIB. Le Master Bois, forêt et développement durable est lui un héritier du DEA Sciences du bois. 

Quels sont les débouchés de ce master ?
Aujourd'hui, les postes à pourvoir se trouvent dans les métiers typiquement d'interface entre l'amont et l'aval de la filière : animation de territoire, interprofession, animation de filière, évaluation des ressources… Ces métiers, en pleine progression, sont ceux ciblés par la formation. Et ça marche : nos étudiants se placent pour le moment sans difficulté. Les territoires commencent à être vraiment considérés comme des débouchés, mais l'amorçage n'a pas été simple. Les secteurs de la construction bois et du bois énergie sont également très porteurs, avec beaucoup d'innovation. On pense que des valorisations chimiques nouvelles du bois vont se développer. Il faut anticiper leur durabilité et la disponibilité des ressources, en respectant la hiérarchie des usages du bois. C'est le rôle de notre master, en complément de la R&D des chimistes.

Est-il nécessaire de modifier les pratiques pédagogiques ?
J'y suis personnellement favorable. C'est un point de vue assez général sur la formation à bac+5. Nos modèles pédagogiques laissent très peu de place à l'initiative de l'étudiant. Il faut que cela évolue, chez les enseignants comme chez les étudiants. Ce que j'entends par là, c'est moins de cours en face à face, basés sur la relation entre un « professeur expert » et un « apprenant disciple », mais plus de projets où l'étudiant construit activement son parcours et apprend par lui-même au contact d'Internet, de professionnels, de scientifiques, de controverses… Dans le milieu de la forêt et du bois, nous sommes pourtant déjà très ancrés dans les formations par le terrain et par le projet, avec très peu de cours magistraux. Mais les cours n'en demeurent pas moins très encadrés.

Un « Forest’Inn Lab » est en cours de création. Qu'est-ce que c'est ?
Oui, il devrait bientôt voir le jour, en lien avec l'Université de Lorraine et l'Inra, avec deux missions à remplir : ouvrir la forêt sur le monde et être créateur d'activité. Comme tous les « Inn Lab » d'AgroParisTech, il sera d'abord un endroit où se rencontrent des professionnels, la société civile, des enseignants, des chercheurs et, bien sûr, des étudiants pour des projets communs. Un lieu neutre de pré-projet où tous les acteurs, ici de la forêt et du bois, peuvent débattre. Nous y ferons aussi de la « start-up forestière » en accueillant des étudiants entrepreneurs, mais aussi des profils en reconversion. Ils auront accès à un réseau, de la documentation, des équipements, des espaces de coworking et des outils numériques. Cela permet à l'établissement d'enrichir ses propres réseaux et savoir-faire.

Un master pour répondre aux défis nouveaux 
posés par la filière forêt-bois

Son nom ? Master Bois, forêt et développement durable. 

Où ? Il s'agit d'un parcours du Master AETPF (Agrosciences environnement territoires paysages forêt) proposé par AgroParisTech sur le campus de Nancy en lien avec l'Université de Lorraine et l'École nationale supérieure des technologies et industries du bois (ENSTIB) d'Épinal. 

Son objectif ? Concevoir et mettre en œuvre des méthodes, services et produits innovants dans la filière forêt-bois.

Comment ? Une formation générale scientifique (en écologie, ingénierie, géographie, économie...) associée à la connaissance technique de la sylviculture, des procédés de transformation et des matériaux bois, ainsi qu’à la maîtrise d’outils d’évaluation des ressources et des filières. 

Pour quel public ? Des profils bac+3 / bac+4 d'ingénieurs bois ou forestiers et d'universitaires. 

Quels débouchés ? Les métiers d'interface entre l'amont forestier et l'aval bois : animation de territoire, interprofession, animation de filière, évaluation des ressources…

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