La listériose
La listériose est une zoonose bactérienne transmise principalement par voie alimentaire. Elle affecte en particulier les personnes immuno-déprimées, les femmes enceintes ainsi que les personnes âgées. En France, la maladie est rare, environ 5-6 cas par million d’habitants/an, mais présente un fort taux d’hospitalisation et de létalité. Chez l'Homme, la listériose est une maladie à déclaration obligatoire.

Présentation générale

Agents pathogènes

  • Listeria monocytogenes : bactérie ubiquiste, présente dans différents milieux tels que le sol, l’eau, les végétaux ; pathogènes pour les animaux et pour l’Homme.
  • Listeria ivanovii : pathogène pour les animaux et exceptionnellement pour l’Homme.

Quelques caractéristiques de Listeria monocytogenes :

  • Résistance aux environnements salés et capacité particulière de développement aux températures de réfrigération, destruction par une cuisson appropriée.
  • Réservoirs de la bactérie : ensilages mal conservés et peu acidifiés, tube digestif des animaux (porcs, bovins, ovins, volailles) malades ou porteurs asymptomatiques.

Transmission à l'Homme

  • Ingestion d’aliments contaminés (>99 % des cas).
  • Transmission directe, par voie materno-foetale : transmission de la femme enceinte au foetus (in utero principalement, ou rarement au cours de l’accouchement).
  • Transmission directe, par voie cutanéo-muqueuse, rare : principalement observée chez des personnes exposées à des animaux malades, notamment lors des mises bas(vétérinaires, éleveurs).

En savoir plus sur l’agent pathogène et la transmission :

  • Fiche "Qu'est-ce que la listériose" (ministère en charge de la Santé) ;
  • Fiche "Listériose", ministère de l'Agriculture /Mutualité sociale agricole/Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles
  • Aide-mémoire "Listériose", Santé publique France ;
  • Fiche de danger "Listéria monocytogènes" (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) ;
  • Fiche "Listériose" (Institut Pasteur) ;
  • Fascicule zoonoses "Listériose", Ecole vétérinaire Alfort p.75
  • Dossier "Listeria" (Autorité européenne de sécurité des aliments).

Maladie

  • Chez l’animal

- Habituellement chez les ruminants (comme les bovins, ovins, caprins) et des camélidés (lamas), plusieurs formes : une forme neurologique, septicémique ou abortive avec possibilité de mammites ou de kérato-conjonctivite infectieuse chez les bovins.
- Signes cliniques rares et inconstants chez les oiseaux (poules, dindes, oies, canards, canaris et perroquets), se manifestent chez une partie des animaux infectés, en cas de stress.
- Fièvre, abattement, diarrhée ou problèmes respiratoires rapportés chez les lapins, les lièvres, les porcs, les chiens et les chats.

En savoir plus

  • Chez l’Homme

- Formes invasives : bactériémies, infection du système nerveux central.
- Formes materno-néonatales, infections ostéo-articulaires, biliaires ou de matériel endovasculaire. Cas particulier chez la femme enceinte : peut provoquer un avortement, un accouchement prématuré ou une infection néonatale.
- Formes non-invasives : gastro-entérites fébriles, formes cutanées ou muqueuses isolées.
- Le taux de létalité est de 20 à 30%. Le taux d’hospitalisation est de plus de 97%. Si la maladie est diagnostiquée à temps, le traitement peut se faire par antibiotiques, à adapter aux spécificités de chaque patient. Il est nécessaire de consulter un médecin.

En savoir plus :

Acteurs et modalités de la surveillance de la listériose en France

La directive 2003/99/CE oblige les États membres à disposer de dispositifs de surveillance sur un certain nombre de zoonoses, de manière obligatoire (annexe I.A) ou selon la situation épidémiologique (annexe I.B). Ces données sont compilées annuellement au niveau européen par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC). La listériose appartient à l’annexe I.A.

Surveillance chez l’animal

Démarche volontaire des éleveurs, pas de surveillance réglementaire, ni de plan de lutte dans le secteur vétérinaire : la maîtrise de cette contamination se fait surtout par le biais de pratiques de biosécurité (notamment respecter les mesures d’hygiène des locaux et du matériel afin de diminuer les risques de propagation de l’agent pathogène déjà présent dans l’élevage et d'éviter toute introduction de l’agent pathogène dans l’élevage).

Surveillance et contrôle des denrées alimentaires

  • Contrôles officiels

Poursuivant l’objectif de garantir la sécurité des aliments conformément au règlement (CE) n°178/2002, la direction générale de l’Alimentation (DGAL) et la direction générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des fraudes (DGCCRF) mettent en place annuellement des plans de surveillance et de contrôle des aliments (PS/PC) ; des contrôles officiels sont effectués également dans les aliments ou dans l'environnement dans le cadre du suivi des établissements ou d’alertes, en cas d'investigation de cas humains groupés et des contrôles aux postes d'inspection aux frontières de l'Union européenne.
Les contrôles officiels sont effectués par des agents des directions départementales en charge de la protection des populations (DDecPP).
Les analyses sont effectuées par un réseau de laboratoires agréés par l’État. Ce réseau est animé par le Laboratoire national de référence

Autocontrôles effectués par les opérateurs de la chaîne alimentaire
Pour les exploitants agroalimentaires, la surveillance se fonde sur l'analyse des risques de chaque entreprise, conformément au règlement (CE) n°852/2004 et au respect des critères microbiologiques du règlement (CE) n°2073/2005 pour les denrées alimentaires.
La surveillance des Listeria monocytogenes est à intégrer dans les plans de maîtrise sanitaire des entreprises, notamment celles produisant des aliments prêt à être consommés, et génère des mesures de gestion (retrait/rappel, mesures correctives) en cas de non-conformité.

Surveillance épidémiologique
Les prélèvements alimentaires sont analysés dans des laboratoires publics ou privés d’analyses vétérinaires et agroalimentaires ou dans les laboratoires d’hygiène hospitalière. Les isolats de Listeria sont ensuite envoyés sur la base du volontariat aux laboratoires de référence qui assurent une activité de surveillance relative à Listeria :

  • Le Laboratoire national de référence des Listeria : il caractérise la diversité des souches alimentaires et environnementales, isolées dans différents contextes, hors alertes. Ce laboratoire, en tant que Laboratoire de référence de l'Union européenne, contribue également à la surveillance épidémiologique à l'échelle européenne.
  • Le Centre national de référence des Listeria : il caractérise les souches humaines ainsi que les souches alimentaires et environnementales issues d’alertes ; il compare les caractéristiques des souches de ces deux origines en vue d'identifier rapidement des cas groupés et d'éventuels liens microbiologiques puis communique ces informations aux autorités compétentes pour l'investigation épidémiologique. Les souches alimentaires sont transmises au LNR. Ce laboratoire CNRL contribue également, en tant que Centre Collaborateur de l'Organisation Mondiale de la Santé à la surveillance internationale.

En savoir plus :

Surveillance chez l’Homme

Maladie à déclaration obligatoire définie dans le code de la Santé Publique (Art L 3113-1, R 3113-2, R 3113-5, D 3113-6). Le recensement des déclarations obligatoires est effectué par Santé publique France.

Le CNR assure et coordonne la surveillance microbiologique de la listériose humaine par la caractérisation des souches isolées de patients ; les objectifs de la surveillance sont multiples :

  • décrire les caractéristiques épidémiologiques et suivre les évolutions spatiotemporelles des infections à Listeria survenant chez l’Homme ;
  • détecter les cas groupés d’infections microbiologiquement liés ; ces cas groupés sont notifiés à Santé publique France pour investigation.

Santé publique France assure le suivi épidémiologique et le recueil des caractéristiques cliniques des malades à travers la déclaration obligatoire et la réalisation d’une enquête alimentaire en lien avec cellules d'intervention en région placées auprès des agences régionales de santé.

Des prélèvements alimentaires et environnementaux sont par ailleurs réalisés autours des cas neuroméningés ou suspects de contamination nosocomiale afin de déterminer les sources possibles de contamination.
La cellule interministérielle Listeria regroupe plusieurs acteurs de la surveillance (DGS, DGAL, DGCCRF, SpFrance, CNRL, LNR). Elle se réunit annuellement et assure la collaboration entre les intervenants, notamment en cas d’épidémie.
Santé publique France transmet annuellement les données de surveillance humaine au Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC).

En savoir plus :

Principales recommandations pour la prévention de la listériose

Exigences pour les acteurs de la chaîne alimentaire

La prévention de la contamination des aliments repose sur la combinaison de mesures de maîtrise à tous les stades de la chaîne alimentaire.

Producteurs primaires

  • Assurer la bonne qualité des ensilages : acidification suffisante, limitation des contaminations du sol.
  • Assurer l’hygiène de la traite et le refroidissement rapide du lait.
  • Isoler les animaux malades, surtout dans les cheptels laitiers.
  • Respecter les règles d’hygiène pour limiter la contamination fécale des denrées alimentaires.

Exploitants du secteur alimentaire

  • Respecter les bonnes pratiques d'hygiène, notamment nettoyage et séchage complets des locaux et équipements.
  • Identifier les points critiques (Principes HACCP).
  • Assurer la formation des employés.
  • Maîtriser les températures aux étapes de transformation, de stockage et de distribution (cuire suffisamment les aliments ; maintenir les aliments à bonne température).
  • Mettre en place un plan de surveillance sur les produits et dans l'environnement pour vérifier la maîtrise sanitaire du procédé de fabrication, notamment pour les denrées prêtes à être consommées.
  • Valider et vérifier les durées de vie microbiologique des denrées alimentaires.

En savoir plus :

Recommandations aux consommateurs

Se laver les mains avant de préparer un repas ainsi qu’après avoir été en contact avec des animaux ou avec une personne atteinte de diarrhée.

  • Respecter les bonnes pratiques d'hygiène en cuisine, notamment se laver les mains et laver les ustensiles de manière régulière pour éviter les contaminations croisées ;
  • Laver soigneusement les fruits et légumes avec de l’eau potable avant de les consommer ;
  • Vérifier régulièrement que la température du réfrigérateur est correcte et le nettoyerrégulièrement ;
  • Respecter les recommandations de conservation prescrites sur l'étiquetage notamment la date limite de consommation ;
  • Conserver les restes moins de 3 jours, et réchauffer les aliments à +70 °C ;
  • Pour les femmes enceintes et les populations sensibles, il est recommandé d'éviter certains aliments : les produits de charcuterie, les fromages à pâte molle (type camembert, brie, munster, pont l'évêque surtout s'ils sont au lait cru), les fromages vendus râpés, la viande crue ou peu cuite, les coquillages crus, le poisson cru (sushi, sashimi), le tarama, les poissons fumés et les crustacés décortiqués vendus cuits ;
  • Déclarer les cas de toxi-infections alimentaires collectives auprès de son médecin ;

En savoir plus :

Recommandations aux médecins

  • Diffuser des recommandations à l’usage des personnes à risque : femmes enceintes, sujets âgés, personnes fragilisées ;
  • Déclarer systématiquement les cas de listériose à l'agence régionale de santé (ARS).

Voir aussi