Enquête

20 février 2026 Info +

Yersinia : une enquête pour identifier l’origine de la contamination

En 2024, en Provence, les médecins signalent près de 200 patients présentant les mêmes symptômes, notamment des douleurs intestinales inexpliquées. Si au départ rien n’indique l’origine de la maladie, les autorités sanitaires remontent peu à peu la chaîne alimentaire et identifient une même souche de Yersinia, présente dans du fromage de chèvre. Retour sur une investigation menée à terme, une première sur cette bactérie.

Un signal faible devenu inquiétant

« Au départ, ce ne sont que quelques cas, explique Lorraine Puzin, adjointe à la cheffe de la Mission des urgences sanitaires (MUS) à la Direction générale de l’alimentation (DGAL). Mais très vite, on voit que ce n’est pas un hasard. » Chaque semaine, les services de Santé publique France réceptionnent les résultats des Centres nationaux de référence (CNR) et peuvent déterminer si la cause est la même pour l’ensemble des patients. En interrogeant les malades, ils peuvent aussi préciser s’il y a un lien ou non avec l’alimentation.

En mars 2024, les malades avaient en commun d’avoir contracté Yersinia. L’information est transmise à la MUS, chargée de récupérer les données de consommation des deux mois précédents à partir des cartes de fidélité des enseignes alimentaires. « Un nom revient très régulièrement : un fromage de chèvre au lait cru, une spécialité régionale », indique la DGAL. Dans le même temps, d’autres cas apparaissent, signe que le cluster est encore actif.

Lorraine Puzin, adjointe à la cheffe de la Mission des urgences sanitaires (MUS) à la Direction générale de l’alimentation (DGAL).
Lorraine Puzin, adjointe à la cheffe de la Mission des urgences sanitaires (MUS) à la Direction générale de l’alimentation (DGAL). - Cheick Saidou/agriculture.gouv.fr

Entre suspicion et certitude : l’enquête alimentaire

La MUS confie alors aux Directions départementales de la protection des populations (DDPP) l’inspection sanitaire des établissements concernés. « Des prélèvements sont réalisés sur l’environnement et les produits. La bactérie est retrouvée sur le fromage suspecté. Cela permet de confirmer les doutes de départ. ». L’exploitant, alerté, procède immédiatement au retrait-rappel de ces produits. « La plupart du temps, dès qu’il y a des malades, les entreprises réagissent très vite. Elles n’ont aucun intérêt à laisser un produit dangereux sur le marché » précise Lorraine Puzin.

L’enquête, coordonnée par la MUS et menée par les DDPP, se poursuit alors dans les élevages ayant fourni le lait destiné à la fabrication du fromage. Huit exploitations sont concernées. Des analyses sont réalisées dans chacune d’elles. Dans un des élevages, on retrouve la présence de la même souche de Yersinia, identifiée grâce aux techniques génomiques. La chaîne de contamination est enfin reconstituée.

Les délais incontournables de l’investigation sanitaire

Pourquoi plusieurs mois d’attente entre l’apparition des premiers cas, en mars, et le retrait-rappel en juillet ? « C’est le temps normal des investigations. Il faut un nombre suffisant de cas, des analyses confirmées, des interrogatoires de patients, des croisements de données, des inspections, des prélèvements, puis leur analyse en laboratoire », souligne la DGAL, véritable chef d’orchestre dans ce type d’enquête. D’autant qu’entre l’apparition des symptômes chez un malade et la confirmation par le CNR de la souche exacte, plusieurs semaines peuvent s’écouler. Pour Yersinia, c’est l’Institut Pasteur qui a pris en charge les analyses.

L’efficacité des mesures ne fait cependant aucun doute : « À partir du retrait-rappel, le nombre de nouveaux cas a immédiatement chuté. » Aucun autre malade n’a été identifié par la suite.

Voir aussi