Une future chaire pour structurer la filière forestière du Sud-Ouest
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr
Le besoin de structuration de la filière forêt-bois à l'échelle d'un territoire est un enjeu que l'on retrouve un peu partout en France. Et il s'agit d'un enjeu d'autant plus important pour une région comme la Nouvelle-Aquitaine, première région forestière de France avec 2,8 millions d'hectares.

C'est le point de départ du projet de création de la chaire « Bioéconomie, Forêts et Territoires », dont Stéphane Esparon, co-responsable du département Foresterie à Bordeaux Sciences Agro, est le coordinateur. Son objectif ? Structurer la filière forestière du Sud-Ouest en proposant à ses acteurs de se servir de la bioressource forestière comme fil rouge et de s'appuyer sur les sciences humaines et sociales. « C'est l'originalité du projet », explique Stéphane Esparon. « Dans le Sud-Ouest, on développe beaucoup les sciences biotechniques, et on a très peu exploré les innovations portant sur les sciences humaines et sociales. L'idée de faire appel à une logique "innovation organisationnelle" permettrait de cibler de nouveaux gisements d'origine forestière (coproduits, produits en fin de vie) ou de nouveaux débouchés basés sur la transformation des ressources pas ou peu valorisées dans la filière, via de nouveaux procédés comme la chimie. »

Initier une dynamique en termes de bioéconomie forestière

Pas simple, quand on sait que 95% de la ressource sont déjà valorisées… « On ne va pas apprendre aux forestiers à faire de la bioéconomie, ce sont eux les experts en la matière », poursuit Stéphane Esparon. « Par contre, il y a un enjeu fort de structuration des acteurs entre eux et de valorisation des coproduits ou produits connexes dans une logique circulaire. On a par exemple peu de réflexion sur l'optimisation du matériau à partir du moment où il est considéré comme déchet. On s'est rendu compte que les acteurs qui, sur le territoire, ont pour objectif de valoriser les produits en fin de vie – palettes, bois tout-venant dans les déchetteries – ne sont pas du tout connectés aux acteurs qui, eux, en amont, travaillent cette matière première lorsqu'elle est vierge. On pourrait optimiser la chaîne dans son ensemble. »

Un projet de formation dédiée à la valorisation des territoires forestiers

Labellisé par le pôle de compétitivité Xylofutur et porté par Bordeaux Sciences Agro, le projet de chaire s'appuie, en termes de recherche, sur deux laboratoires : le GREThA (Groupe de recherche en économie théorique et appliquée) et l'Irstea (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture).

Actuellement en quête de mécènes, le projet de chaire reçoit plutôt un bon accueil des entreprises. « De fait, tous les acteurs de la valorisation de la ressource forestière, qu’ils soient en contact direct avec la matière (filière industrielle) ou indirect (filière administrative, financière), sont nécessairement concernés par les enjeux économique et de durabilité de cette bioressource », précise Stéphane Esparon. « Tous les acteurs sont donc invités à contribuer. » L’entreprise Biolandes (producteur d’huiles essentielles et d’extraits naturels) a d’ores et déjà rejoint l’aventure. D’autres sont sur cette voie.

Enfin, la chaire a en projet la création d'un nouveau parcours d'enseignement dont l'originalité est de passer par la notion de « territoire » pour aborder la valorisation des ressources forestières. Un projet qui sera soutenu par le réseau Xylosup, structure qui vise à fédérer et créer des ponts entre les différentes formations forestières des établissements d'enseignement supérieur du Sud-Ouest et de l'Ouest (Bordeaux Sciences Agro, École Supérieure du Bois de Nantes, Université de Bordeaux, Université de Pau et des Pays de L’Adour, École nationale supérieure d'architecture et de paysage de Bordeaux).

Qu'est-ce qu'une chaire d'entreprises ?

Une chaire d'entreprises est un dispositif par lequel des établissements d’enseignement s’associent à des partenaires du monde socio-économique pour porter des actions d’intérêt commun en lien avec la formation, la recherche et le transfert de savoir.

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