Sécurité sanitaire et faune sauvage. Enjeux et perspectives
01/06/2020
Geneviève Rey, Frédérique Fontaine, Thierry De Ruyter
Le CGAAER a été chargé de définir une stratégie dédiée à la surveillance sanitaire de la faune – voire de la flore – sauvage, dans le contexte où le développement d'épidémies implique encore davantage la faune sauvage.

Crédit ci-après
agriculture.gouv.fr
Rapport de mission d'expertise et de conseil n°17059

Juin 2020

Mots-clés : faune sauvage, maladies animales, épidémiosurveillance, One Health, OFB

Enjeux

La faune sauvage est mise en cause de façon récurrente dans des pathologies graves (comme récemment l'influenza aviaire hautement pathogène, la peste porcine africaine, sans oublier le coronavirus SARS-CoV-2). Ces pathologies impactent la santé animale et souvent la santé humaine, la biodiversité ou l'économie des filières. Leur recrudescence est notamment attribuée aux effets conjugués du changement climatique, du bouleversement des écosystèmes, de mutations sociétales et de la mondialisation des échanges.

Le suivi de ces maladies est particulièrement complexe en raison des interactions entre agents pathogènes, hôtes (animaux d'élevage, faune sauvage, homme en cas de zoonoses) et écosystèmes. De nombreux acteurs s'y trouvent associés : éleveurs, vétérinaires, chasseurs, forestiers, organisations environnementales.

Le suivi et la surveillance de ces maladies constituent un enjeu essentiel de santé animale, humaine et environnementale, s’intégrant parfaitement dans le concept « One Health » qui promeut une approche intégrée, systémique, pluridisciplinaire et unifiée de leur étude aux échelles locales, nationales et planétaire.

La création de l’Office français de la biodiversité (OFB) par la fusion de l'ONCFS avec l'Agence Française de la Biodiversité intervenue au 1er janvier 2020 donne l’occasion de réorganiser et de sécuriser une stratégie nationale dédiée.

Dans ce contexte, le CGAAER a été chargé de définir une stratégie dédiée à la surveillance sanitaire de la faune – voire de la flore – sauvage.

Méthodologie

Issu d’une réflexion préalable consacrée à « l’élaboration d’une feuille de route de la stratégie en matière de sécurité sanitaire pour la faune sauvage », le travail s'est poursuivi par une mission du CGAAER sur le sujet et au groupe de travail « Santé et biodiversité » du 3e Plan national Santé-Environnement.

La mission a combiné une synthèse documentaire et une cinquantaine d’entretiens avec les représentants des directions centrales et opérateurs de l’État concernés, au sein des ministères chargés de l’agriculture, de l’environnement et de la santé, mais aussi des représentants du monde agricole, des forestiers, des chasseurs, des ONG environnementales et des Parcs nationaux.

Résumé

Les agents pathogènes présents dans la faune sauvage sont fréquemment mis en cause dans des maladies touchant l’homme et/ou les espèces domestiques qu’il élève. L’Office international des épizooties estime que 60 % des maladies humaines existantes et 75 % des maladies humaines émergentes sont d’origine animale. Après le SIDA, Ebola, l’Influenza aviaire, le SARS, ou le MERS, la COVID-19 illustre aujourd’hui ce constat.

La surveillance sanitaire de la faune sauvage en tant que victime, réservoir ou vecteur de maladies, revêt une importance capitale. Elle apparaît comme la méthode la plus efficace et la plus économique pour prévenir les impacts sanitaires, environnementaux, sociaux et économiques de ces maladies. Cette surveillance s’inscrit parfaitement dans le concept « One Health ».

En s'appuyant sur de nombreux exemples, la mission décrit les dispositifs nationaux de surveillance, leurs organisations, leurs objectifs et les opérateurs chargés de leurs mises en œuvre. Elle constate une organisation fragmentée, impliquant de nombreux acteurs, publics, parapublics, universitaires ou privés, qui pourraient avantageusement rapprocher leurs données et collaborer.

Les débats et échanges ayant conduit à la création de l’Office français de la biodiversité et la préparation de son premier contrat d’objectifs, ont révélé l'opportunité de substituer à l’existant un dispositif de surveillance, mieux organisé et plus performant.

La mission propose ainsi plusieurs recommandations :

  • réaliser un parangonnage des organisations de surveillance sanitaire de la faune sauvage opérant à l’étranger ;
  • confirmer la DGAL comme direction responsable de la thématique (éventuellement étendue à la flore sauvage) au sein du ministère et nommer un chef de projet chargé de la coordination interne, des relations avec l’OFB et les autres ministères impliqués ;
  • définir la stratégie nationale du ministère en la matière en dotant le chef de projet d’une feuille de route et d’un plan d’action dédiés ;
  • formaliser les relations du ministère avec l’OFB : modalités de la participation au pilotage de l’OFB, définition des objectifs de l’OFB en matière sanitaire et évaluation des moyens à déployer ;

programmer une mission d’évaluation prospective conjointe CGAAER-CGEDD-IGAS d’appui à la définition des objectifs de l’OFB.

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