L’inscription des Causses et des Cévennes au patrimoine mondial de l’UNESCO

 

Vaches aux bondons ©Fotolia
Mission permanente d’expertise et de conseil CGAAER

L’inscription des Causses et des Cévennes au patrimoine mondial de l’UNESCO

Patrick Aumasson

Février 2015

Mots clés : Patrimoine mondial, UNESCO, paysages culturels, pastoralisme

 

Vaches aux bondons ©Fotolia

 

Carte du Bien Causses et Cévennes

Enjeux

Le comité du patrimoine mondial a approuvé le 28 juin 2011 l’inscription du territoire des Causses et des Cévennes sur la liste du patrimoine mondial en tant que paysage culturel vivant et évolutif de l’agropastoralisme méditerranéen.

Cet espace de 3 023 km2 est situé à cheval sur les départements de l’Aveyron, du Gard, de l’Hérault et de la Lozère. Sa valeur universelle exceptionnelle (VUE) repose sur l’interaction pendant des millénaires des forces combinées de la nature et de l’agropastoralisme. L’agropastoralisme est défini comme un système d’élevage associant le pâturage extensif de ressources végétales spontanées et la production de céréales et de fourrages nécessaires à l’alimentation des troupeaux ovins, bovins et caprins.

Cette VUE se caractérise par de multiples attributs matériels tels que :

- les parcours d’allure steppique des Grands Causses,
- les terrasses et les systèmes hydrauliques associés en Basses-Cévennes,
- les estives de transhumance en Hautes-Cévennes, et un riche patrimoine immatériel (pratiques sociales, fêtes …).

L’inscription sur la liste du patrimoine mondial confère à l’État la responsabilité de maintenir en bon état de conservation les composantes matérielles et immatérielles des paysages culturels et de maîtriser les évolutions du territoire pour qu’elles restent compatibles avec la valeur universelle.

Le principal risque repose sur l’inadaptation des systèmes d’élevage actuels aux enjeux de conservation de paysages façonnés par des siècles de pratiques pastorales dont les déterminants socio-économiques ont aujourd’hui disparu.

En témoignent la fermeture des parcours caussenards sous l’effet du développement naturel des forêts et l’abandon des terrasses en Cévennes.

La conciliation des enjeux de patrimonialisation et de développement du territoire est donc un impératif pour L’État et son gestionnaire délégué, l’Entente interdépartementale des Causses et des Cévennes (EICC), constituée par les quatre conseils généraux.

La mission du CGAAER :

Depuis 2013 et après la création de l’EICC et du conseil scientifique « Causses-Cévennes », le préfet de la Lozère, préfet coordonnateur, a sollicité le CGAAER pour conduire une mission permanente visant à faciliter le respect par l’État des engagements dont il est le garant vis à vis de l’UNESCO.

Cette mission porte sur quatre axes prioritaires :
- La présidence et l’animation d’un conseil scientifique constitué d’une trentaine de membres appartenant à une grande diversité de disciplines (agronomie, paysage, architecture, ethnologie, archéologie …) ;
- La participation au pôle de compétence interrégional des services de l’État concernés par l’inscription des Directions Régionales de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt (DRAAF), des Directions régionales des affaires culturelles (DRAC), des Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL), des Directions départementales des territoires (DDT) sur les deux régions Languedoc-Roussillon et Midi Pyrénées , pour une meilleure prise en compte des objectifs du territoire dans les politiques publiques nationales et communautaires ;
- La mobilisation des établissements d’enseignement supérieur et de recherche sur les enjeux de connaissance et de gestion des paysages culturels agropastoraux ;
- Le développement des relations internationales pour répondre à la demande de l’UNESCO de promouvoir l’inscription de nouveaux sites agropastoraux sur le pourtour méditerranéen.

En 2014 l’accent a été mis plus particulièrement sur :
- La résolution des difficultés de prise en compte de l’hétérogénéité des parcours méditerranéens dans les règles d’éligibilité des aides de la PAC ;
- Le renforcement des liens du conseil scientifique « Causses-Cévennes » avec les conseils scientifiques du Parc national des Cévennes et du Parc naturel régional des Grands Causses sur des questions d’intérêt partagé, dont la mise en œuvre du plan national pour le loup ;
- L’appui aux services de l’Entente interdépartementale pour la rédaction du plan de gestion 2015 -2021 et la conception d’un observatoire de l’agropastoralisme ;
- Le développement des relations recherche-enseignement pour travailler principalement sur l’évolution des pratiques pastorales ;
- La constitution d’un consortium d’organismes du pourtour méditerranéen pour travailler en réseau sur les relations entre pastoralisme, paysage et environnement.

Le défi est bien de pérenniser, dans un contexte socio-économique résolument différent, des paysages qui sont les fruits de la nature et de pratiques humaines ancestrales mais aujourd’hui révolues. Pour le relever, plusieurs pistes sont travaillées en vue d’être intégrées dans un plan de gestion opérationnel. On peut citer :
- l’expérimentation de nouvelles pratiques d’élevage et le soutien technique aux éleveurs ;
- la relance de la transhumance et le développement des races rustiques locales ;
une meilleure connaissance des interactions entre systèmes d’élevages et systèmes de paysages ;
- la reconquête des parcours et des terrasses en déprise ;
l’aide à l’installation et à la transmission des exploitations en systèmes extensifs ;
- une meilleure valorisation des productions agropastorales par les filières d’aval.

Les systèmes agropastoraux méditerranéens qui permettront le respect des engagements de la France vis à vis de l’UNESCO, sont conformes aux principes de l’agroécologie. Ils méritent cependant une attention toute particulière car ils sont fragiles économiquement et actuellement mal reconnus par les politiques publiques.


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