La diplomatie à l'œuvre pour la forêt et le climat
11/12/2018
La forêt et l’agriculture sont des secteurs clefs négociés lors de la COP. Explications de Florian Claeys, chargé de mission sur les forêts et le climat au ministère de l’Agriculture de l’Alimentation, et membre de l'équipe française de négociation climatique.

Les forêts et plus généralement le secteur des terres jouent un rôle majeur dans la régulation du climat et sont des éléments essentiels des politiques climatiques. Pour la COP 24, les Parties doivent s'accorder sur le Paris Rulebook, un ensemble de textes parfois très techniques qui permettra de rendre opérationnel l'accord de Paris. Un des enjeux sera de s'assurer qu'au sein de ce corpus, le secteur des terres est pris en compte de manière adéquate et cohérente, notamment au regard de l'intégrité environnementale et de la transparence, deux principes-clefs de l'action climatique internationale. Négociateur sur les forêts et le secteur des terres pour le ministère lors des négociations climatiques, au niveau européen ou niveau international, Florian Claeys se passionne pour ces écosystèmes à l'interface de nombreux enjeux sociaux, environnementaux et économiques. « Les arbres sont nos meilleurs atouts pour face au changement climatique et à ses conséquences, tout en veillant aux autres objectifs de développement durable. Ils hébergent une riche biodiversité, ils protègent les sols de l’érosion, ils améliorent la disponibilité et la qualité de l’eau… Comme le souligne le rapport spécial du GIEC sur le 1,5 °C, la réduction des émissions liées à la déforestation mais aussi l'absorption de CO2 par les forêts sont des éléments cruciaux des stratégies devant être déployées pour limiter le réchauffement climatique dans une limite vivable pour tous », explique-t-il.

Climat et forêt, une relation fusionnelle

Pour Florian Claeys : « Les forêts sont le plus important réservoir terrestre de carbone et elles absorbent l'équivalent d'un tiers des émissions mondiales. Les secteurs des forêts et du bois aident les autres secteurs à eux-aussi réduire les émissions, en fournissant du bois pour l'énergie et les matériaux. Mais dans le même temps, face aux changements de température et de précipitations, face à l'accroissement des sécheresses, des incendies et des tempêtes, il y a aussi un enjeu d'adaptation des forêts. Et sur cet enjeu aussi, ces secteurs peuvent aider les autres secteurs, en réduisant la vulnérabilité et au augmentant la résilience des sociétés. Quels arbitrages faire entre ces différents enjeux ? C'est un véritable casse-tête tant pour les chercheurs, que pour les décideurs et les négociateurs car chaque forêt a ses particularités, en fonction de son sol, de son climat, de ses essences, de son utilisation par l'homme… Au-delà des enjeux de comptabilité et de transparence des engagements des États, le changement climatique renouvelle les enjeux de la gestion durable des forêts : quelle serait la meilleure gestion des forêts pour le climat et face au climat? Comment concilier cette gestion aux autres objectifs de développement durable ? Doit-on stocker un maximum de carbone dans les forêts ou au contraire intensifier leur exploitation et valoriser tous les usages du bois ? »

Le secteur des terres s'inscrit aussi en filigrane dans des grands enjeux de négociation climatique, notamment dans les équilibres délicats de l’accord de Paris. « Tous les pays ont proposé leurs contributions nationales, et un grand nombre d'entre elles comprennent des engagements sur le secteur des terres et les forêts. La société civile et le secteur privé ont également lancé des initiatives ambitieuses sur les forêts. Tout ceci doit être suivi et, pour mesurer les progrès accomplis, nous devons élaborer un cadre d’analyse commun. Les méthodologies, les règles comptables, les inventaires nationaux doivent être adaptés à tous et en même temps aptes à participer à un bilan mondial. »

La question des forêts et du climat voit aussi la mobilisation de nombreux acteurs étatiques et non étatiques dans le cadre de l'Agenda mondial d'action pour le climat, et de nombreux événements parallèles. Ce sera l'occasion pour la France de montrer son engagement en faveur des forêts à travers des thématiques aussi variées que la gestion des feux de forêts, aggravés par le changement climatique, ou les engagements zéro-déforestation, avec notamment la stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée. La Pologne, présidente de cette COP, sera également au rendez-vous avec la déclaration ministérielle de Katowice sur les forêts pour le climat, appelant à la mobilisation pour renforcer le rôle des forêts dans la lutte contre le changement climatique.

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