28 décembre 2022 Publication

Évaluation du coût du changement climatique pour les filières agricoles et alimentaires

  • José Ruiz
  • Dominique Tremblay

Le CGAAER a été chargé de conduire une mission relative à l’évaluation du coût du changement climatique pour les filières agricoles et alimentaires françaises.

Bandeau de la lettre du CGAAER de décembre 2022
jeune pousse sortant de terre
Pascal Xicluna / agriculture.gouv.fr

Rapport de mission d’évaluation et de conseil n° 21044

Juillet 2022

Enjeux :

Le changement climatique se traduit de deux manières pour l’agriculture française. D’une part, celle-ci doit participer à l’atténuation du changement climatique par des actions d’économie de production de GES (gaz à effet de serre), source potentielle de nouveaux revenus (méthane…). D’autre part elle doit s’adapter au changement climatique, ce qui génère des coûts.

Une mission du CGAAER a été chargée d’évaluer ce coût du changement climatique pour les filières agricoles et alimentaires.

Méthodologie :

La mission a exploité la documentation sur le changement climatique aux niveaux international (rapports du GIEC), communautaire (stratégies de l’Europe) et national (ADEME). Elle a aussi conduit des entretiens avec des représentants de la recherche (INRAE), des instituts techniques et des professionnels des différentes filières (interprofessions). Ces acteurs ont été parallèlement sollicités dans le cadre des travaux du Varenne de l’eau et de l’adaptation au changement climatique.

Résumé :

D’ici à 2050, l’évaluation du coût du changement climatique pour l’agriculture et l’agroalimentaire a été déclinée selon les ordres de grandeur suivants :

- 1 milliard d’euros par an pour les surcoûts liés à l’eau,
- 1 milliard d’euros par an pour les surcoûts liés à l’augmentation des aléas climatiques,
- 2 millions d’euros pour le surcoût de mise au point de diagnostics « climat »,
- 190 millions d’euros par an pour le conseil,
- 600 millions d’euros par an pour renouveler chaque année 10% du verger français.
Surcoûts liés à l’eau

Le changement climatique se traduira notamment par une évapotranspiration accrue des végétaux et par des sécheresses plus importantes entrainant des besoins en eau supplémentaires. La mission est partie de l’hypothèse qu’il faudrait doubler le volume d’eau actuellement stocké pour retenir l’eau en hiver, et passer ainsi de 3 milliards à 6 milliards de mètres cubes d’eau, pour un coût de 6 euros par mètre cube, correspondant à un montant de 18 d’euros d’investissement. Les coûts d’investissement en matériel d’irrigation et les frais de fonctionnement ajoutés à ces coûts de stockage peuvent atteindre 920 €/ha, soit pour un million d’ha, 920 millions d’euros.

  • Surcoûts liés aux aléas climatiques

L’augmentation, hautement probable, des pertes de récoltes sous l’effet du changement climatique entraînerait une perte de valeur en deçà d’un seuil restant à la charge des agriculteurs à laquelle il faut rajouter de probables charges liées aux primes d’assurances. La mission a fait l’hypothèse d’un doublement des aléas actuels, estimant ainsi le surcoût à un milliard d’euros par an d’ici à 2050, soit environ 2,5 % des 40 milliards d’euros que représente la production végétale française.

  • Surcoûts liés aux diagnostics climat

Pour l’élevage en particulier, l’adaptation à un contexte de production différent sera une obligation pour la plupart des élevages au cours de la carrière des éleveurs. Une méthodologie de diagnostic carbone et de diagnostic d’évaluation de la vulnérabilité sera nécessaire. L’outil diagnostic de vulnérabilité en cours de réalisation par l’institut technique de l’élevage (Idele) devrait ainsi coûter 2 millions d’euros, estime le rapport qui cite d’autres outils d’analyse et de diagnostic.

  • Autres impacts

Pour aider l’agriculture à faire face au changement climatique, le conseil et la formation devraient monter en puissance dans le secteur agricole et aller vers une massification du conseil stratégique climat.

Un point particulier a été fait sur l’arboriculture pour laquelle un renouvellement du verger français est nécessaire afin de bénéficier des progrès apportés par l’amélioration génétique.

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