21 janvier 2022 Publication

Évaluation de la politique de recrutement et de gestion des IPEF-docteurs

  • Françoise Lavarde et Pierre Saï

Une mission interministérielle a été chargée d’étudier la formation doctorale des IPEF et sa valorisation au cours de leur carrière.

Bandeau de la lettre du CGAAER de janvier 2022

Homme devant un écran d'ordinateur
Xavier remongin / agriculture.gouv.fr

Rapport de mission interministérielle d’évaluation n° 20046

Février 2021

Mots-clés : Doctorat, IPEF, recrutement, gestion

Enjeux

Les IPEF (Ingénieurs des ponts, des eaux et forêts) constituent le plus nombreux des corps techniques de la haute fonction publique d’État.

Actuellement, la population d’IPEF docteurs représente environ 20 % du corps. Une quinzaine d’IPEF bénéficient chaque année d’une formation doctorale, pour la plupart dans le cadre de leur première affectation, plus ponctuellement en cours de carrière. Quelques docteurs intègrent le corps des IPEF par concours sur titres et travaux ou par concours interne.

Des réflexions en cours sur la réforme de la haute fonction publique préconisent un renforcement du nombre de détenteurs d’un doctorat. Le CGEDD et le CGAAER ont été chargés de réaliser une évaluation de la politique de recrutement et de gestion des IPEF docteurs afin de voir s’il est pertinent de la faire évoluer.

Méthodologie

La mission, composée de Nathalie Bertrand et Agnès Mouchard pour le CGEDD et de Pierre Sai et Françoise Lavarde pour le CGAAER, s’est déroulée de juin à janvier 2021.

Après avoir établi un état des lieux de la situation, la mission a cherché à répondre à plusieurs questions : Quelles sont les modalités de gestion des IPEF docteurs au long de leur carrière ? Ces modalités correspondent-elles à une stratégie affirmée à la hauteur de l’investissement, individuel et collectif que constitue le doctorat ? La proportion d’IPEF docteurs doit - elle augmenter et, si oui, pourquoi et comment ?

Résumé

En recoupant les informations disponibles, la mission a pu dresser un portrait de la population des IPEF docteurs. Elle a constaté la difficulté à atteindre des objectifs initiaux de recrutement (reconnaissance internationale, alimentation de réseaux d’experts des deux ministères de tutelle), l’insuffisance de connaissance des compétences acquises par cette voie et la désaffection depuis dix ans des jeunes pour la formation doctorale. La mission a également mis en évidence le soin particulier accordé par les responsables du corps à l’affectation des IPEF docteurs dans leur premier poste, ce qui contraste avec l’absence de gestion différenciée en cours de carrière entre titulaires et non titulaires d’un doctorat.

Cette situation est apparue critique à la mission à deux titres. D’une part, les politiques publiques s’inscrivent dans un contexte d’incertitude qui demande une capacité d’expertise accrue.  La complémentarité des compétences apportées par la formation d’ingénieur et par la formation doctorale y contribue. D’autre part, l’État doit se doter de cadres capables d’œuvrer à l’interface entre décision, expertise et recherche, responsabilité que peuvent parfaitement exercer des IPEF docteurs

Les trois premières recommandations de la mission visent à inscrire la formation doctorale dans la stratégie du corps des IPEF et à l’améliorer :

  • En proposant à horizon de 2045, plus de 30 %, de docteurs dans le corps, proportion qui permettrait d’atteindre un nombre critique d’ingénieurs rompus aux procédures scientifiques, en capacité de faire de la communication scientifique et de dialoguer avec la société comme avec leurs pairs au niveau international ;
  • En renforçant l’articulation recherche-expertise-décision, en particulier par des sujets de thèse contribuant à la conception et/ou l’évaluation de politiques publiques ;
  • En inscrivant dans le contrat doctoral une mission complémentaire d’appui aux politiques publiques et une obligation d’insertion internationale.

Ces évolutions devront être accompagnées d’améliorations dans le suivi de carrière des IPEF docteurs par :

  • La valorisation des acquis de la formation doctorale au long de la carrière, en facilitant les carrières mixtes entre des postes opérationnels et des périodes plus conceptuelles,
  • L’identification des postes nécessitant une culture de la recherche ;
  • La désignation de référents « recherche et expertise » au sein des inspecteurs généraux des ressources humaines du ministère de la Transition écologique et du réseau d’appui aux personnes et aux structures (RAPS) du ministère de l’Agriculture.

Enfin, la mission recommande de créer un outil de suivi de la compétence doctorale, permettant une traçabilité des IPEF docteurs afin de procéder à des analyses pertinentes et à une réelle évaluation de la politique de recrutement et de gestion.

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