Diversification de la ressource protéique en alimentation humaine et animale
01/04/2019
Claire Gaudot, Éric Bardon, François Vedeau
Le CGAAER a été chargé d'étudier l’évolution des différentes sources de protéines tant pour l’alimentation humaine que pour l’alimentation animale.

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INRA
Rapport de mission de conseil n°18079

Avril 2019

Mots clés : source de protéines, alimentation, farine d'insectes, algue, levure, culture cellulaire.

Enjeux

Les défis démographique et écologique, auxquels la planète est confrontée, obligent les pouvoirs publics à s'interroger sur l'évolution de la disponibilité des ressources alimentaires protéiques traditionnelles, végétales et animales, ainsi qu’à réfléchir au développement de nouvelles sources de protéines dont la production est aujourd'hui encore anecdotique.

Si la recherche semble assez active dans les laboratoires comme dans l'industrie de la Food Tech (insectes, algues, micro-organismes, cultures de tissus animaux, nouveaux usages de protéines végétales…), les nombreuses startups françaises et européennes créées au cours des cinq dernières années se trouvent fragilisées par une réglementation communautaire complexe et source de distorsion de concurrence. Par ailleurs, les questions relatives à l'acceptabilité sociale, à l’innocuité et à l'intérêt nutritionnel de ces nouveaux aliments restent à approfondir.

Le CGAAER a été chargé d'étudier l’évolution des différentes sources de protéines, alternatives ou non, tant pour l’alimentation humaine que pour l’alimentation animale...

Méthodologie

La mission a procédé à une analyse documentaire, scientifique, économique et réglementaire. Elle a ensuite réalisé plus de soixante entretiens avec des représentants de la recherche, de l'industrie, des administrations française et communautaire, et des interprofessions concernées. Elle a également visité des sites de production et des centres techniques.

Résumé

Après un état des lieux et une analyse de la situation, la mission a distingué le cas des protéines destinées à l’alimentation humaine et relevant du règlement communautaire « novel food (PDF, 1.12 Mo) » (protéines d’insectes, d’algues, de levures, ou issues de cultures de tissus), de celui des protéines destinées à l’alimentation animale (protéines d’insectes, oléoprotéagineux…).

L'enjeu semble plus important pour l'alimentation animale que pour l’alimentation humaine compte tenu, notamment, de la très grande dépendance de la France (45%) et de l’UE (65%) en matière de protéines végétales (soja) pour l’alimentation animale.

Parmi les nouvelles sources de protéines étudiées, les insectes apparaissent comme la seule susceptible de pouvoir contribuer, à terme, à réduire les importations européennes de soja destinées à l'alimentation animale. D’ores et déjà, la farine d’insectes est utilisée dans les aliments pour poissons d’élevage en substitution aux farines de poissons. Une substitution totale serait une réponse à la raréfaction de la ressource halieutique face à une prévision de croissance régulière de la consommation humaine des produits de l’aquaculture (+10% par an). Une jeune industrie de startups fondée sur les principes de la bioéconomie s'édifie résolument en France, ainsi que dans plusieurs États membres de l'Union européenne.

Mais cet essor ne saurait cependant suffire. L'Union européenne doit aussi réussir le plan « protéines végétales » (PDF, 839.07 Ko) annoncé par la Commission en novembre 2018, et que chaque État membre doit traduire en stratégie nationale. Le président de la République française s'y est engagé en février 2019 au salon de l'agriculture à Paris. L'enjeu est d'autant plus important que les consommateurs européens sont de plus en plus demandeurs d’une alimentation animale sans OGM alors que le soja importé est OGM. La France dispose de nombreux atouts pour développer davantage ses productions oléoprotéagineuses à condition de renforcer sans attendre les investissements déjà consentis tant en matière de recherche variétale qu'au plan industriel.

La mission a formulé six recommandations.

Trois recommandations concernent la production de farines d’insectes destinées à l’alimentation animale et qui doit être intégrée dans la stratégie nationale sur les protéines. Il convient d’accroître significativement les incitations financières à l’investissement industriel de ce secteur dont la compétitivité est fragilisée par une réglementation ICPE nécessitant des évolutions. Par ailleurs, l’acceptabilité par les consommateurs français et européens de l’incorporation de ces farines dans l’alimentation des animaux de rente et de compagnie doit être confirmée par des études d’opinion.

Deux recommandations concernent l’augmentation de la production française d’oléoprotéagineux. La mission propose d'encourager les filières grandes cultures à mutualiser les moyens de recherche et de développement au profit d'un ambitieux programme de sélection variétale, complété par un programme industriel d'adaptation des moyens de stockage.

La dernière recommandation encourage la mise au point de modèles prédictifs du risque allergique des protéines alimentaires, qui pourrait devenir un problème de santé publique significatif si l’augmentation de la consommation de protéines d’insectes et de légumineuses s'avérait effective.

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