Interview de Denis Feignier, Haut fonctionnaire chargé de la langue française au ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr

Inspecteur général de l’agriculture, membre du CGAAER, Denis Feignier a été nommé le 16 juin dernier Haut fonctionnaire chargé de la langue française au ministère. Sa mission s'inscrit dans un dispositif animé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF).

Dans de nombreux domaines d’activité, le besoin de mots nouveaux va croissant, notamment dans les domaines scientifique, technique et technologique. Une bonne partie des termes nouveaux dont les administrations et le public sont amenés à faire usage viennent de l’extérieur, sans que leur sens soit forcément compris avec précision. C'est là qu'intervient le Haut fonctionnaire chargé de la langue française.

Dans quel cadre s'inscrit votre mission ?

Le Haut fonctionnaire chargé de la langue française dans un ministère s’appuie sur les compétences d’un collège d’experts. Notre collège « agriculture et pêche » est composé d’une vingtaine de membres, représentants de l’Académie française, de la DGLFLF, des directions et des opérateurs, d’organismes de normalisation, et aussi d’experts extérieurs.

Quels sont les objectifs de cette mission ?

Ce groupe de spécialistes a vocation à élaborer des définitions pour les mots nouveaux dont le sens précis reste incertain et, le cas échéant, à proposer des mots nouveaux. Ainsi, par exemple, notre collège tente actuellement de proposer une définition du terme « permaculture » qui nous convienne et qui soit acceptable par le ministère de la Transition écologique, en raison de ses implications communes.

Les définitions débattues sont ensuite proposées à la DGLFLF qui peut soit les retourner au collège émetteur, assorties de remarques ou de suggestions, soit les retenir et les transmettre à l’Académie française. Le dernier mot reste au ministre qui tranche, et les définitions sont publiées au Journal officiel.

Il ne s’agit pas de créer de la norme, ni de la contrainte, mais du sens, et de rendre service aux professionnels et aux usagers qui ont besoin de pouvoir s’appuyer sur des définitions solides.

Quels sont les derniers enrichissements de la langue française dans le domaine de l’agriculture ?

Environ tous les ans ou tous les deux ans, une nouvelle liste de mots est publiée au Journal officiel. Parmi la 9e liste du « Vocabulaire de l’agriculture », publiée en 2018, figurent les termes : phytostimulant, flexivégétarien, sylvopastoralisme et syndrome de Noé, ou encore répulsion-attraction et bioagresseur des cultures.

Est-ce une façon de proposer une alternative à l’anglais dans les domaines techniques ?

Notre langue est à la fois vivante et menacée ; les apports, les mélanges y sont constants, ce qui est porteur de dynamisme. Et il ne s’agit pas de rejeter des termes d’origine étrangère qui peuvent être intéressants : l’Académie française en accueille régulièrement dans son dictionnaire.

Mais au-delà des effets de mode, on peut regretter l’utilisation de termes anglo-saxons lorsqu’ils ne s’imposent pas, ou lorsqu’un autre mot se montrerait plus juste ou plus précis. Il est dommage que l’actualité nous impose de définir le vilain mot d’agribashing ; à l’inverse, agriloving est très joli, mais l’on pourrait certainement trouver une formule plus heureuse.

L’Ordonnance de Villers–Cotterêts

En 1539, l’Ordonnance de Villers–Cotterêts rappelait déjà la nécessité que les arretz (décisions publiques) fussent clers et entendibles : il est toujours aussi important que chacun puisse mettre le même sens derrière les mêmes mots.