Aurélie dans l’aventure du vivant, à son tour
Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr

À 29 ans, Aurélie Sonneville, originaire de l’Oise, participe à la tournée du camion de « L’aventure du vivant » qui doit guider les jeunes vers un métier qui les intéresse. Aujourd'hui, elle s’apprête à reprendre les rênes de l’exploitation familiale. Visage affuté et regard volontaire, elle a témoigne de son parcours riche en expérience.

Contrairement aux jeunes visiteurs du camion, Aurélie a su très tôt à quel métier elle se destinait. « Tu as un animal dans le ventre ! » lui disait déjà son père toute petite, sentant ce qui la poussait à s’intéresser aux vaches et à observer leur comportement. Parmi toutes les tâches longtemps effectuées par des hommes, sans revendiquer sa place, elle a simplement décidé d’occuper celle qui lui revient et de s’asseoir sur la batteuse ou le tracteur. Et même si elle a parfois perçu une certaine condescendance masculine en formant les concessionnaires de l’agroéquipement en Belgique, elle reconnaît l’évolution qu’est en train de vivre sa génération. En stage au sein d’une ferme d’élevage au Canada, un formateur reconnaissait volontiers qu’au volant d’un tracteur, il y a moins d’accidents, car les filles « écoutent davantage la mécanique ».

Les femmes engagées dans les métiers agricoles apportent selon elle, une certaine « rondeur » utile pour gérer les conflits. Dans sa formation d’ingénieur en agriculture, son meilleur acquis est d’avoir appris à s’adapter à toutes les situations, une force pas seulement héritée de son éducation, mais aussi de sa capacité à observer ce que font les autres et pourquoi ils le font. C’est d’ailleurs tout l’intérêt des stages qu’elle a suivis au fin fond du Saskatchewan, où, loin de ses habitudes, elle a moins cherché à juger les pratiques et les modes de production, qu’à mesurer l’écart avec les nôtres.

Et l’on trouve encore bien d’autres sujets où l’identité de cette génération de trentenaire décomplexée, s’exprime sans tabou. Ouverte sur le monde, elle souligne l’apport de ses expériences à l’étranger : « J’ai voyagé, j’ai découvert plein de choses, mais je suis toujours revenue à mon point de départ », confie-t-elle. Fière de cette boussole invisible qui la guide. Elle n’a ainsi jamais oublié d’où elle vient car elle s’y sent bien.

Alors oui dans ce monde qui bouge à vitesse grand « v » au gré du numérique ou des enjeux environnementaux, Aurélie veut vivre avec son temps, gagner sa vie, devenir cheffe d’entreprise tout en respectant le consommateur et en revendiquant aussi une attention particulière à la gestion de l’eau. Pour elle, l’essentiel est de déployer un modèle de production respectueux de l’environnement. Elle n'est pas contre l'évolution du système coopératif pour s’assurer que les agriculteurs en restent les premiers bénéficiaires. Engagée dans la vie syndicale, elle revendique aussi une vie civique remplie, elle-même appartenant au conseil d’administration des jeunes agriculteurs de son département. Preuve supplémentaire de cette envie d’affronter le débat sereinement.

Loin de toute idéologie, elle estime que des solutions concrètes existent et son optimisme pragmatique se ressent : « on n’a jamais mieux progressé qu’à plusieurs ».

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