Agathe Chevalier : « Travailler sur le bien-être animal avec les élèves est très important pour moi »
Agathe Chevalier
Agathe Chevalier est directrice d’exploitation au lycée agricole de Charolles (Saône-et-Loire) depuis 2017. En parallèle de ses fonctions, elle prépare un projet de thèse sur l’amélioration du bien-être des ovins. Comment est née sa passion pour l’élevage ? Interview.

En quoi consiste votre rôle de directrice d’exploitation au sein d’un établissement d’enseignement agricole ?

Je suis à la tête d’une exploitation de 700 brebis, réparties sur 70 hectares. Avec mon équipe de 3 salariés, je participe aux tâches quotidiennes pour assurer le bon fonctionnement de la ferme ainsi que la vente des agneaux, via la coopérative Terre d’Ovin, en direct et en grandes et moyennes surfaces.

Je participe à la formation des élèves du lycée avec l’organisation des travaux pratiques sur l’exploitation et la participation des classes à des événements nationaux comme les « Ovinpiades des jeunes bergers » : un concours professionnel organisé par la filière de connaissances pratiques et théoriques sur l’élevage ovin qui réunit une centaine de jeunes à la ferme au mois de janvier.

Je développe également la « mission expérimentation » de l’établissement, dont l’objectif est de produire des connaissances à destination de la filière ovine. Nous travaillons notamment en partenariat avec la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire, le CIIRPO (Centre interrégional d'information et de recherche en production ovine) et l’Institut de l’élevage. À titre d'exemple, au sein du projet CASDAR « Amtrav’Ovin », nous avons contribué, avec nos élèves et enseignants, à l’amélioration de l’organisation du travail lors du parage des onglons (enlever la corne des pattes).

Comment vous êtes-vous tournée vers l’agriculture ?
Crédit ci-après
Pôle régional ovin de Charolles - Agathe Chevalier

Curieuse de nature et intéressée par les sciences, je me suis dirigée vers une formation d'ingénieur agronome à Agrosup Dijon sous le statut de fonctionnaire.

Financé par le ministère de l’Agriculture et l’Alimentation, le cursus est ponctué de différents stages. C’est dans une ferme familiale du Morvan que j’ai découvert ma passion pour le monde agricole. Toute la chaîne de production y était maîtrisée, de la fourche à la fourchette : agneaux, volailles, cochons et lait de vache transformé en crème étaient vendus à la ferme et au marché. Cette expérience gratifiante m’a confortée à continuer dans cette voie.

J'avais encore beaucoup à apprendre sur le quotidien d’un agriculteur, car la compréhension du vivant, c’est une chose qui s’acquiert avec l’expérience : surveiller les cultures et les animaux, repérer les maladies, observer la météo, etc. Diplôme en poche, j’ai décroché un premier poste de directrice d’exploitation au lycée agricole de Montoire-sur-le-Loir (exploitation de Villavard). Puis en 2017, j’ai rejoint le Pôle régional ovin de Charolles (EPL de Fontaines Sud Bourgogne).

Comment est né votre projet de thèse ?

Il existe au sein du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation un dispositif de Formation continue par la recherche (FCPR). C’est dans ce cadre que je construis mon projet de thèse. Mais je n’en suis encore qu’au tout début : la définition du sujet et la mise en place du protocole.

J’ai choisi les ovins car j’apprécie la relation proche que l’on peut avoir lors des différentes manipulations : tonte, aide à la mise-bas des brebis, soins des agneaux, mais aussi la relation qui existe entre le troupeau, l’homme et le chien de berger.

Mon idée est de travailler sur le comportement des ovins. Étudier par exemple de quelle manière les animaux perçoivent l’état émotionnel des humains, ou leurs odeurs, s’ils les discriminent et si cela a un impact sur leur propre état émotionnel.

Je suis partie du constat que les futurs éleveurs que je forme se posent beaucoup de questions sur le bien-être animal, et que l’attente sociétale sur ce sujet est de plus en plus importante. Son amélioration est une priorité du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation, que je contribue à mettre à œuvre au quotidien dans mon élevage à travers l’application du plan « Enseigner à Produire Autrement ».