Objectif atteint pour la 4e journée nationale de l’agroforesterie
24/12/2018
Cheick Saidou / agriculture.gouv.fr
Co-organisée le 18 décembre 2018 par le ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation et le Réseau mixte technologique - agroforesteries, cette 4e journée nationale avait pour thème « agroforesterie et changement climatique ».

Elle a tenu toutes ses promesses, en réunissant près de 200 personnes et en atteignant pleinement son objectif majeur : fédérer les acteurs du développement de l'agroforesterie en transmettant les toutes dernières acquisitions de la recherche.

Un premier bilan du plan de développement de l’agroforesterie

Cette journée, animée par Frédéric Denhez (journaliste - chroniqueur à France-Inter, dans l'émission « CO2 mon amour »), a notamment permis d’aborder le bilan du plan de développement de l'agroforesterie (2015-2020), trois ans après son lancement. Ce plan a pour objectif de développer et de gérer durablement l'agroforesterie, sous toutes ses formes et sur tout le territoire français, et constitue l’un des leviers du projet agro-écologique pour la France.

Le premier constat est le renforcement des réseaux et des organismes concernés.

Parmi les acquis importants, en partie liés à l'existence du plan, le dispositif de suivi des bocages, projet porté par l'Institut national de l'information géographique et forestière (IGN) et l'Office national de la chasse et de faune sauvage (ONCFS), et co-financé par les ministères en charge de l'agriculture et de l'environnement. Il vise à identifier et à caractériser tous les bocages de France. Débuté en 2017, il permettra d'obtenir, entre la fin de l'année 2019 et l'été 2020, une image précise de ce bocage, cartographiée et chiffrée (en surface et en linéaire). Ce travail constituera la base du suivi des haies, par évaluation ultérieure des plantations et des arrachages. Il apparaît donc comme une clé de voûte du suivi et de la connaissance de l'agroforesterie en France.

Autre acquis : les ministères en charge de l'agriculture et de l'environnement ont recruté, en juin 2018, une paysagiste - conseil de l’État, positionnée en région Nouvelle-Aquitaine, qui mène une étude destinée à créer des ponts entre agroforesterie et paysage. L'objectif est de tendre, autant que possible, vers des mesures paysagères concrètes et susceptibles d'être appliquées, dans les projets d'agroforesterie et dans leur évaluation, par les services compétents.

Toujours en guise de réalisation récente à relier au plan de développement de l'agroforesterie, l'Institut national de l'origine et de la qualité (Inao), les Parcs naturels régionaux (PNR) et les Parcs nationaux ont travaillé ensemble, avec le ministère en charge de l'agriculture, pour dégager de bons exemples d'introduction de l'agroforesterie dans divers cahiers des charges de productions de qualité : porcs « AOP Kintoa », cidre du PNR du Perche, vanille du Parc national de l'île de la Réunion, etc. sont autant de produits concernés par ces évolutions. Les cahiers des charges de certains produits peuvent, en effet, évoluer pour intégrer plus de pratiques agro-écologiques. Ce travail s'est traduit, en septembre 2018, par la réalisation d'un document présentant ces exemples.

Pour fédérer l'ensemble des acteurs, mettre en relation tous les partenaires, un « réseau mixte technologique » – c'est-à-dire un réseau rassemblant les structures impliquées dans la recherche, le développement et la formation – s'est constitué autour du thème de l'agroforesterie. Très lié au plan du ministère en charge de l'agriculture, il permet de réaliser de nombreuses activités telles que la réalisation d'un annuaire destiné, entre autres, à faciliter la mise en réseau de tous les acteurs, nécessaire, par exemple, pour monter des projets multi-partenariaux ; ou encore l'inventaire de fermes agroforestières de référence, au niveau national. Le projet REUNIR-AF copiloté par les Chambres d'agriculture et l'Association Afac-agroforesterie et soutenu par le Réseau rural national poursuit également l'action du Réseau rural agroforesterie en positionnant un binôme de référents régionaux sur la question des politiques publiques en faveur du développement de l'agroforesterie dans chaque région.

Il est aussi important de citer des travaux sur les plans de gestion durable des haies qui ont été menés par l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA) et l'Association Afac-Agroforesteries, et qui ont concrétisé leur projet visant à tendre vers des plans de gestion durable des haies, généralisés et harmonisés. Ces plans de gestion doivent être associés à une nouvelle marque en cours de création, « bois bocager géré durablement », portée par l'Afac-Agroforesteries.

Parmi beaucoup d'autres actions à signaler :

  • la contribution au lancement d'un « concours de pratiques d'agroforesterie », qui a vocation à se développer sur tout le territoire dès 2019 et va permettre de valoriser toutes les formes d'agroforesterie… y compris le bocage, qui constituera une partie du projet baptisé REUNIR-AF soutenu par le Réseau rural national ;
  • la participation, dans le cadre d'un partenariat, à la rédaction d'une plaquette sur « agroforesterie et baux ruraux » ;
  • des travaux importants sur le « volet outre-mer » du plan, qui se traduisent, entre autres, par des réseaux désormais constitués et s'appuyant sur les travaux coordonnés dès 2017 par le ministère en charge de l'agriculture, et maintenant repris par le CIRAD ;
  • des réflexions et contributions régulières sur les dispositifs de la PAC dédiés au développement de l'agroforesterie.

Associées au plan, des journées nationales sont aussi organisées régulièrement, pour diffuser largement les résultats des travaux en cours.

Les liens entre agroforesterie et changement climatique

Lors de cette édition, au lendemain de la COP 24, les organisateurs ont souhaité souligner les liens qui existent entre l'agroforesterie et le changement climatique. Outre quelques éléments de contexte généraux sur l'état de la recherche en la matière et les liens qui existent déjà au niveau politique, trois thèmes, en particulier, ont été abordés : le rôle que peut jouer l'agroforesterie dans l'atténuation du changement climatique, les solutions agroforestières pour s'adapter aux effets du changement climatique et la question de la multifonctionnalité et la résilience de l'arbre en tant que tel.

Et après ?

Après 3 ans de travaux, le plan de développement de l’agroforesterie a mis en œuvre une part importante des activités prévues. Ces travaux doivent se poursuivre, par exemple, pour connaître de manière approfondie l'évolution des différents systèmes agroforestiers, au plan national, et appuyer le développement de projets au niveau local. La déclinaison territoriale du plan passe aujourd'hui par le lancement de consultations auprès des territoires volontaires, certains étant déjà bien avancés sur ce sujet (île de la Réunion, région Normandie, Corse, etc.). Il s'agira très certainement d'un objectif à développer dans le cadre du prochain plan 2020-2025.

Qu'est-ce que l'agroforesterie ?

L'agroforesterie est une technique qui associe les arbres à la production agricole (culture et élevage) au sein une parcelle agricole. Cette technique ancestrale se pratique par la plantation de haies autour de la parcelle, ou de manière intraparcellaire, c'est-à-dire la plantation d'arbres en alignement. L'objectif est à la fois économique et écologique.
En effet, l'agroforesterie permet d'améliorer les rendements agricoles de manière significative, elle lutte contre l'érosion des sols, elle permet la production de bois et donc de diversifier les revenus d'une exploitation. Les arbres servent également d'abris pour les animaux, limitent le ruissellement, et contribuent à la préservation des paysages. L'agroforesterie est une technique déjà bien présente en France puisque elle est développée dans les zones de bocages (par exemple dans le grand Ouest) ou bien sous forme intraparcellaire (par exemple dans le Gers).

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