La situation de Xylella en France et en Europe

Identifiée pour la première fois en Europe en 2013, la bactérie Xylella fastidiosa est une priorité phytosanitaire majeure pour l’Union européenne et un sujet de préoccupation pour de nombreux pays, en particulier la France. Transmise par des insectes, cette bactérie s'attaque à de très nombreux végétaux et peut conduire à leur dépérissement voire à leur mort. L’impact de cette maladie varie selon divers paramètres (souche, végétal, environnement, climat…). Elle touche plusieurs pays de l'Union européenne dont la France, l’Espagne, le Portugal ou encore l’Italie où elle provoque des dégâts considérables dans les oliveraies de la région des Pouilles.

En France

La bactérie Xylella fastidiosa, sous-espèce multiplex, a été identifiée pour la première fois en France en 2015. Aujourd’hui, elle est établie dans la région Corse, qui a adopté une stratégie d’enrayement en janvier 2018, et dans certaines communes du littoral méditerranéen de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. En septembre 2016, Xylella fastidiosa, subsp. pauca a été identifiée pour la première fois en France, dans un foyer situé en PACA.

La situation dans les régions PACA et Corse sont différentes : tandis qu’en PACA les manifestations de la bactérie semblent confinées et présentes en milieux essentiellement urbains et périurbains (jardins privés, espaces verts urbains), en Corse, la dissémination de la bactérie est largement favorisée dans le milieu naturel (forêt, maquis). Contrairement à la situation dans la région des Pouilles (Italie), où des dépérissements massifs d’oliviers conduisant à la mort des sujets sont observés depuis plusieurs années, aucun dépérissement inquiétant n’a été observé en France et les champs de production de végétaux d’intérêt économique majeur (vignes, agrumes, oliviers, pêchers, cerisiers, etc.) sont à ce jour épargnés.

Voir la carte interactive de la situation phytosanitaire au regard de Xylella fastidiosa.

Zones délimitées (foyers) en France

  • Xylella fastidiosa sous-espèce multiplex

La bactérie (sous-espèce multiplex) a été détectée sur une quarantaine d’espèces végétales, qui sont majoritairement des plantes ornementales du paysage méditerranéen : Polygala myrtifolia, Spartium junceum, Calicotome villosa, Helichrysum italicum, Lavandula angustifolia, Cistus monspeliensis, etc. À ce jour, aucun cas positif n’a été trouvé sur les vignes ou agrumes.

Depuis la première détection de la bactérie en France, plus de 36 000 prélèvements ont été réalisés. En 2018, l’application du plan de surveillance et du plan d’urgence a conduit à la réalisation de près de 40 000 inspections sur l’ensemble du territoire.

Depuis 2015, 49 végétaux hôtes de la sous-espèce multiplex ont été recensées en France. En Corse, 80% des échantillons contaminés proviennent de plantes appartenant aux espèces Polygala myrtifolia (54%), Calicotome villosa (10%), Helichrysum italicum (10%) et Cistus monspeliensis (6%). En PACA, 81% des échantillons contaminés proviennent de plantes appartenant aux espèces Polygala myrtifolia (54%), Spartium junceum (11%), Euryops chrysanthemoides (10%) et Helichrysum italicum (6%).

  • Xylella fastidiosa sous-espèce pauca

En France, Xylella fastidiosa, subsp. pauca a été découverte dans trois plants de Polygala myrtifolia en 2015, ainsi qu'un olivier en 2019.

En Corse

La bactérie a été détectée pour la première fois en France le 22 juillet 2015, sur des plants de polygale à feuilles de myrte dans une zone commerciale de la commune de Propriano, en Corse du Sud.

La forte pression de surveillance exercée ainsi que les connaissances acquises permettent de constater que la bactérie est largement répandue sur l’île, rendant son éradication impossible. Suite à la demande des Autorités françaises, le passage en stratégie d'enrayement est rendu possible par la décision d'exécution 2017/2352 du 14 décembre 2017 qui modifie la décision 2015/789 relative aux mesures visant à lutter contre Xylella fastidiosa. L'arrêté ministériel de lutte contre Xylella fastidiosa a été modifié dans ce sens. En stratégie d’enrayement, l’ensemble de la Corse se situe en zone infectée, l’île étant considérée comme un foyer à part entière. La surveillance est renforcée suivant une analyse de risque locale.

En PACA

En 2019, un premier olivier contaminé à été identifié dans un foyer situé à Antibes. Il a été immédiatement abattu et toutes les mesures de précaution ont été prises afin de limiter toute propagation de la maladie vers des arbres sains.

Le foyer de Menton, situé dans le département des Alpes Maritimes, est le seul foyer où a été identifiée la sous-espèce pauca. À ce jour, l’ensemble des végétaux hôtes de la sous-espèce pauca ont été arrachés, seuls restent 16 oliviers multi-séculaires qui font l’objet d’une surveillance renforcée. Leur état phytosanitaire est régulièrement vérifié par des analyses officielles mensuelles (prélèvements symptomatiques) et trimestrielles (prélèvements asymptomatiques). Une surveillance vectorielle ad hoc est conduite à proximité de ces oliviers. En août 2019, un premier olivier contaminé par la sous-espèce pauca a été identifié. Il a été immédiatement arrachés, ainsi que les oliviers alentours situés dans un périmètre de 10 mètres. Les autres oliviers sont maintenus sous dispositif insect-proof et sont ainsi protégés physiquement de toute contamination par des insectes vecteurs.

En Europe

  • En Italie

La bactérie est responsable du complexe de desséchement rapide des oliviers en Italie, dans le sud de la région des Pouilles. La responsabilité de la souche CoDiRO, appartenant à la sous-espèce pauca, a été reconnue. L’Italie a adoptée une stratégie d’enrayement et met en œuvre une surveillance renforcée sur une bande de 30 kilomètres au nord de sa zone infectée.

En 2018, des végétaux contaminés par la sous-espèce multiplex ont été identifiés en Toscane (municipalité de Monte Argentario), région jusqu'à présent indemne. Les espèces végétales concernées étaient majoritairement des plantes ornementales. Des mesures de lutte sont mises en œuvre afin d'éradiquer la bactérie du territoire.

  • En Espagne - Îles Baléares

L’Espagne a notifié en novembre 2016 le premier foyer suite à la découverte de trois cerisiers contaminés sur l’île de Majorque. A ce jour, trois îles des Baléares sont contaminées : Majorque, Minorque et Ibiza. Les contaminations concernent un grand nombre d'espèces végétales (vignes, oliviers, laurier-roses, polygales à feuilles de myrte, mimosa, lavandes, amandiers, cerisiers, frênes, figuiers, noyers...) et trois sous-espèces différentes (multiplex, pauca et fastidiosa). L’ensemble de l’archipel est considéré comme une zone délimitée et une stratégie d‘enrayement est mise en œuvre.

  • En Espagne - province d’Alicante

En juin 2017, l'Espagne a notifié un cas positif sur amandier, dans la région d'Alicante : il s'agissait du premier foyer sur la péninsule ibérique. À ce jour, de nombreuses contaminations ont été découvertes dans des vergers d’amandiers. La sous-espèce identifiée est multiplex et les mesures d'éradication sont mises en œuvre conformément aux dispositions réglementaires.
En 2018, un premier cas de contamination a été recensé sur abricotier, également par la sous-espèce multiplex.

  • En Espagne - Madrid

En 2018, un olivier contaminé par la sous-espèce multiplex a été identifié dans la municipalité de « Villarejo de Salvanès », dans la Communauté Autonome de Madrid. Des mesures d'éradication sont mises en œuvre dans ce foyer conformément aux dispositions prévues dans la réglementation européenne.

  • Au Portugal

En 2019, la bactérie a été identifiée dans un parc zoologique situé dans la municipalité de Vila Nova de Gaia, au nord du Portugal. L'échantillon contaminé était issu d'un prélèvement composite de lavandes asymptomatiques appartenant à l'espèce Lavandula dentata. La sous-espèce identifiée est multiplex. Une zone délimitée est mise en place et des inspections sont en cours conformément aux dispositions prévues dans la réglementation européenne. En particulier, l'ensemble des végétaux hôtes de la zone infectée a été analysé et arraché, sans délais.

Réunion de haut niveau

Pour réaffirmer l'engagement de tous les Etats membres, la Commission européenne et la France ont invité les Ministres des États membres les plus concernés par Xylella fastidiosa, en raison du contexte pédoclimatique de leur territoire ou de la présence de foyers, à une réunion de haut niveau, à Paris, le 1er décembre 2017.

La Croatie, Chypre, la France, l'Allemagne, l'Italie, Malte, le Portugal, la Slovénie, l'Espagne, la Grèce, et la Commission européenne ont exprimé leur engagement collectif dans la lutte contre Xylella fastidiosa en adoptant une feuille de route ambitieuse pour renforcer la maîtrise de cette maladie. Les points-clés de l'accord concernent trois axes :

  • l’amélioration des connaissances par le soutien de programmes de recherche appliquée,
  • le renforcement de la surveillance pour assurer la détection précoce et l’éradication rapide des éventuels nouveaux foyers,
  • le renforcement des actions de sensibilisation et d'information.

La réussite de cette feuille de route est conditionnée par l'allocation suffisante de moyens en termes humain et budgétaire, par chaque délégation, à tous les niveaux. Les conclusions de cette réunion ont été approuvées par l'ensemble des délégations présentes et la Commission européenne.

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