Agroécologie : les innovations du collectif « Explorons la diversité »
Isabelle Pailler - CRA Bretagne
Dans le Finistère, l’un des 50 collectifs regroupés au sein de l’association Rés’agri 29 innove depuis sa création en 2015. Ce groupe d’éleveurs « explore la diversité » des solutions et poursuit un double objectif : produire du lait à faible coût pour les éleveurs et réduire l’impact sur l’environnement, notamment vis-à-vis du réchauffement climatique. Le travail du collectif est reconnu par les centres de recherche et de nombreux éleveurs laitiers.

Le collectif « Explorons la diversité » est passé de 19 élevages à 27 en juin 2019. 35 éleveurs participent régulièrement aux travaux. Le collectif comprend 17 jeunes agriculteurs qui se sont installés pendant le projet. La quasi-totalité des exploitations est engagée en agriculture biologique.

Isabelle Pailler, animatrice du collectif et conseillère lait biologique et conventionnel à la Chambre d’agriculture de Bretagne, présente les objectifs ambitieux et multiples du projet de ce groupe.

Quelles méthodes innovantes ont été mises en place par le collectif ?

L’objectif des éleveurs est d’atteindre l’autonomie alimentaire, de produire du lait à moindre coût et à faible impact environnemental. Ils sont partis du principe qu’il faut valoriser au maximum la qualité et la quantité d’herbe pâturée disponible pour les vaches afin d’être le plus autonome possible. Aujourd’hui, 98% de ce que mangent les vaches du groupe est produit directement sur les exploitations.

Quel est l’impact sur l’environnement ?

Le groupe a évalué son impact sur le réchauffement climatique. Il réduit fortement les émissions de gaz à effet de serre avec l’équivalent de 0,55 kg de CO2 émis par litre de lait alors que la moyenne est de 1 kg de CO2 en Bretagne.

La place importante des prairies de longue durée dans l’assolement et la présence de haies expliquent ces très bons résultats grâce à un stockage important.

Comment le troupeau a-t-il été adapté et pourquoi ?

Les éleveurs souhaitent avoir un cycle d’élevage qui se cale sur la disponibilité de l’herbe dans les prairies. L’hiver, le troupeau et les prairies sont au repos. Au début du printemps, l’herbe se remet à pousser et c’est le moment choisi pour les naissances. Elles sont groupées sur une courte période. Il est capital que le troupeau soit bien adapté. Les vaches doivent être fertiles et capable de produire un lait de qualité. Les éleveurs ont choisi de faire des croisements en utilisant différentes races aux caractéristiques complémentaires. Ils réalisent des croisements avec des prim’Holstein, des jersiaises, des normandes, des montbéliardes, des rouges scandinaves…

Très peu de données étaient disponibles en France sur le sujet. Les éleveurs ont alors mis en commun les résultats de lactation de chacune des vaches afin de repérer les croisements les plus intéressants. Cela a contribué à faire avancer de nombreux travaux de recherche en France.

Le collectif est connu pour un procédé d’allaitement, « les vaches nourrices » ?

Véritable innovation, 40% des membres du groupe ont recours à des vaches nourrices. Cette pratique se diffuse désormais partout en France dans les élevages biologiques. Traditionnellement, le veau est séparé de la mère et nourri par l’éleveur. Là, les éleveurs choisissent quelques vaches pour leurs qualités maternelles et leur confient trois veaux jusqu’au sevrage. Grâce à ce procédé, les veaux vivent très tôt au pré et apprennent plus vite à pâturer, à respecter les fils électriques de la parcelle.

Autre innovation : la moitié des éleveurs du collectif a décidé de traire une seule fois par jour (au lieu de deux), soit toute l’année, soit une partie de l’année. Cette monotraite permet de libérer du temps pour les éleveurs et de mieux vivre l’astreinte, mais diminue la production de 30%. Cette technique réversible n’est possible et viable que quand les coûts de production du lait sont bien gérés.

Comment le collectif fait-il connaître ses techniques innovantes et performantes ?

L’ouverture aux autres agriculteurs est un point fort du groupe. Les membres échangent fréquemment avec les agriculteurs qui ne font pas partie du collectif, notamment lors de salons professionnels. Transmettre ses avancées est un élément clé de la vie du groupe. Le collectif se réunit en moyenne cinq fois par an pour travailler sur une thématique particulière et organise des visites d’exploitations. En trois ans et demi, les éleveurs ont accueilli 70 groupes d’éleveurs, soit 760 personnes environ.

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