Agriculture et Climat : interview de Catherine Geslain-Lanéelle à l'occasion de la COP21
Cheick.Saidou / agriculture.gouv.fr
La COP21, qui se déroulera au Bourget du 30 novembre au 11 décembre, constitue une échéance cruciale pour aboutir à un nouvel accord international sur le climat. Catherine Geslain-Lanéelle, directrice générale de la performance économique et environnementale des entreprises (DGPE), détaille les objectifs et les enjeux de la COP21.

Quels sont les enjeux autour de cet accord ?

La COP21 a pour but de trouver un accord juridiquement contraignant et universel, conclu par tous, et applicable à tous les pays. Il se devra d’être ambitieux pour permettre de contenir le réchauffement moyen en dessous de 1,5 ou 2°C et adresser aux acteurs économiques les signaux nécessaires pour engager la transition vers l’économie bas-carbone. Cet accord sera flexible, afin de prendre en compte les circonstances nationales, les besoins et les capacités respectives des pays en développement et les spécificités de certains pays. Il sera également équilibré, entre atténuation et adaptation pour prévoir des moyens de mise en œuvre adéquats. Il doit prendre en compte les spécificités des terres (agriculture et forêts) dans les principes de comptabilisation des émissions et absorptions de gaz à effet de serre, et dans la nécessaire sauvegarde de la sécurité alimentaire.

De quels outils la COP21 dispose t-elle pour mener à bien cet objectif ?

L’ensemble des pays membres de la Convention climat ont été appelés à rendre publique leur contribution dans le courant de l’année 2015. Ces contributions nationales regroupent deux types d’objectif. D’une part, des objectifs d’atténuation ayant pour but une réduction des émissions de gaz à effet de serre. D’autre part, des objectifs d’adaptation afin de réduire la vulnérabilité des systèmes naturels et humains aux effets des changements climatiques. A intervalle régulier, une évaluation de l’effet agrégé de ces contributions sera réalisé et les pays seront encouragés à prendre des engagements plus ambitieux. Ce processus novateur permet de créer un effet d’entraînement visant à démontrer que tous les États avancent, en fonction de leurs réalités nationales, dans la même direction. A ce jour, 155 contributions ont été rendues publiques (couvrant 87 % des émissions), dans lesquelles l’agriculture et la forêt occupent très souvent une place centrale.

Comment financer cet effort ?

La question du financement de la lutte contre le dérèglement climatique constitue l’un des sujets les plus sensibles des négociations. Les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 à travers des financements publics ou privés afin de soutenir les efforts d’atténuation et d’adaptation des pays en développement, affichés notamment dans leurs contributions. Pour ce faire « le Fonds vert pour le climat » a vocation à devenir le principal fonds multilatéral consacré au financement de la transition des pays en développement vers des économies sobres en carbone et résilientes. L’agriculture et la forêt, par leur capacité à stocker du carbone et à produire des énergies et matériaux renouvelables, vont jouer un rôle central dans cette transition.

Quelles sont les autres initiatives ?

L’agenda des solutions, créé en 2014, désigne les initiatives complémentaires à l’accord international attendu lors de la Conférence de Paris sur le Climat, la COP 21, et qui associent gouvernements et acteurs non-étatiques (entreprises, collectivités, organisations internationales, ONG, investisseurs). Aujourd’hui l’agenda des solutions est porté à travers le Plan d’action Lima-Paris (Lima-Paris Action Agenda – LPAA), mis en place par la présidence péruvienne et la future présidence française. Il vise à accélérer l’action de tous en faveur de l’atténuation et de l’adaptation aux dérèglements climatiques grâce à des initiatives sectorielles concrètes et complémentaires des négociations onusiennes. Le Plan d’action Lima-Paris est un formidable accélérateur de l'action. L’objectif est d’envoyer un signal fort sans attendre l’entrée en vigueur du futur accord en 2020 : celui qu’une large coalition d’acteurs, y compris non étatiques, sont prêts à lutter ensemble pour la même cause.

En quoi l’agriculture s’associe t-elle à cette démarche ?

Le ministère de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt a été désigné organisateur officiel du volet "agriculture" du Plan d'action Lima-Paris, qui sera présenté au monde entier le 1er décembre prochain durant la COP21. A cette occasion, il a lancé un appel à manifestation d'intérêt afin d'identifier des initiatives ambitieuses et concrètes de différents acteurs pouvant être intégrées au LPAA, comme l'initiative « 4 pour 1000 : les sols pour la sécurité alimentaire et le climat ». Ces initiatives seront ainsi valorisées lors de cette journée consacrée à l'agriculture et au climat.

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