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Xavier Remongin / agriculture.gouv.fr

27 avril 2026 Info +

Les biotoxines marines

Qu'est-ce que les biotoxines marines, et pourquoi font-elles l’objet d’une surveillance spécifique dans les coquillages ? Retrouvez un questions-réponses pour tout savoir sur ces toxines responsables notamment de troubles gastro-intestinaux.

Les biotoxines marines, c’est quoi ?

Les biotoxines marines, aussi appelées phycotoxines, sont des substances toxiques produites par certaines espèces de microalgues toxinogènes (encore appelées phytoplancton toxinogène). Certains coquillages dits « filtreurs », qui filtrent l'eau de mer pour se nourrir du phytoplancton, peuvent accumuler ces substances toxiques. Il s'agit notamment des moules, des huîtres, des coques, des palourdes et des pectinidés (coquilles St Jacques, pétoncles…).

Les biotoxines marines peuvent être à l’origine de diverses intoxications aiguës provoquant des symptômes dont la gravité dépend de la nature de la toxine, de la dose ingérée et de la sensibilité du consommateur. Ces symptômes sont le plus souvent réversibles.

Trois grands types de toxines peuvent être présents dans le milieu marin en Europe et sont réglementés : les toxines lipophiles, les toxines amnésiantes ou ASP (pour Amnesic Shellfish Poisoning, intoxication amnésiante par les mollusques) et les toxines paralysantes ou PSP (pour Paralytic Shellfish Poisoning, intoxication paralysante par les mollusques).

Quels sont les symptômes chez l’Homme ?

Si ces toxines sont sans danger pour le coquillage, elles peuvent présenter un danger pour l’Homme qui consomme des coquillages contaminés.

Les symptômes associés à la consommation de coquillages contaminés par des toxines lipophiles sont essentiellement d’ordre digestif. Les toxines lipophiles provoquent chez le consommateur une intoxication dont les effets apparaissent dans un délai de 2 à 18h après ingestion des coquillages contaminés. Les principaux symptômes sont gastro-intestinaux : la diarrhée, la nausée, les vomissements, les douleurs abdominales, et les frissons. Des troubles secondaires comme les céphalées, les vertiges, la fièvre et une tachycardie sont aussi observés occasionnellement.

Les toxines amnésiantes peuvent entrainer, 24h après l’ingestion de coquillages contaminés, des signes digestifs, tels que nausées, vomissements et douleurs abdominales. Après 48h peuvent apparaitre des symptômes neurologiques, tels une perte de mémoire, une confusion mentale, une désorientation, des maux de tête, ou une somnolence. Dans les cas extrêmes d’intoxication, des lésions cérébrales peuvent être irréversibles.

Les toxines paralysantes peuvent entrainer des symptômes apparaissant rapidement, en moins de 30min après la consommation de coquillages, et peuvent inclure des nausées, vomissements, maux de têtes, ainsi que des paresthésies, c’est-à-dire des sensations de picotement ou d’engourdissement au niveau du visage et des extrémités. A dose plus importante, ces symptômes peuvent aller jusqu’à des troubles de la parole, un manque de coordination motrice, et des difficultés respiratoires. Dans les cas extrêmes, une paralysie respiratoire est observée, et une mise sous assistance respiratoire médicale est nécessaire pour éviter le risque de coma et de mort.

Il n’y a pas de transmission interhumaine.

Que faire en cas d’ingestion ?

Les personnes qui auraient consommé des coquillages suspects et qui présenteraient ces symptômes doivent consulter leur médecin traitant ou un centre antipoison en leur signalant cette consommation.

Quelles sont les règles de consommation à respecter ?

La meilleure des protections est la prévention : il est essentiel de ne pas consommer de coquillages issus d’une zone contaminée. Les biotoxines marines sont thermostables, c'est à dire qu'elles ne sont pas détruites par la chaleur. Ainsi, la cuisson des coquillages contaminés ne diminue pas leur toxicité et n’empêche pas la survenue d’une intoxication chez le consommateur.

Comment contrôle-t-on la présence de biotoxines marines en France ?

Le suivi spécifique aux biotoxines marines dans les coquillages s’inscrit au sein de la stratégie générale de surveillance des zones de production et de reparcage des coquillages.

La surveillance des biotoxines marines dans le milieu est basée d'une part sur l’observation et le dénombrement des algues productrices de toxines, et d'autre part sur la recherche des toxines directement dans les coquillages. Cette surveillance s'effectue au niveau de points de prélèvements répartis au sein des zones de production. Elle est menée sous la responsabilité des préfets de départements, avec l'appui de l'Ifremer. Les résultats de cette surveillance sont publics et font l’objet d’une publication régulière dans des bulletins départementaux, publiés sur le site internet REPHY-TOX.

Un seuil d’alerte est défini pour chaque groupe principal d’espèces de phytoplancton toxique. Le dépassement de ce seuil déclenche la recherche des toxines dans les coquillages.

La recherche de toxines lipophiles dans les coquillages intervient également de manière systématique, c'est-à-dire sans observation préalable de la présence des algues productrices, dans les situations estimées les plus à risque. C'est le cas pour des zones géographiques spécifiques et des périodes dites à risques, définies à partir de l'historique des contaminations. Dans ces zones et pendant ces périodes spécifiques, la recherche des toxines lipophiles dans les coquillages est effectuée chaque semaine. C'est également le cas pour les gisements de coquillages au large, pour lesquels l'ensemble des toxines est recherché dans les coquillages tout le long de l'exploitation du gisement.

Pour chaque type de toxine, des seuils de toxicité dans les coquillages sont fixés par la réglementation européenne. Quand, du fait de la surveillance mise en œuvre, un dépassement de ces seuils est mis en évidence, des mesures de gestion sanitaire (dont l’information des professionnels conchylicoles et des consommateurs) et des procédures de fermeture des zones de production de coquillages sont prises par arrêté préfectoral. Ces mesures ciblent une ou plusieurs espèces de coquillages. La ou les zones fermées pourront être réouvertes après l’obtention de résultats d’analyses indiquant la fin de l’épisode toxique.

L'office international de l'eau (OIEau) met à la disposition de tout un chacun l'ensemble des informations sanitaires concernant les zones de production de coquillages sur l’Atlas des zones françaises de production et de reparcage de coquillages, notamment via la carte de statuts indiquant, pour chaque zone de production de coquillages, si elle est concernée par un arrêté préfectoral de fermeture, et pour quelle espèce.

En plus de cette surveillance au niveau du milieu de production, une surveillance des produits placés sur le marché en France, quelle que soit leur origine, est aussi mise en place via des plans de surveillance. Ces plans de surveillance permettent, via un échantillonnage de produits mis sur le marché, par exemple en grande surface ou en poissonnerie, de vérifier la conformité des produits par rapport aux seuils règlementaires. Pour chaque groupe de biotoxines marines dans les coquillages, un plan de surveillance a lieu tous les deux ans.

En savoir plus et accès aux données

Les données issues des programmes de surveillance REPHY et REPHYTOX sont publiques et accessibles via la plateforme de l’Ifremer

L’historique des données est téléchargeable via les DOI :

Des outils de synthèses et de visualisation exploitant ces données sont mis à disposition par l’Ifremer :

Voir aussi