L'agriculture du littoral, pour la protection des paysages et le maintien d'une offre alimentaire locale
Conservatoire du littoral / F. LARREY
Le Conservatoire du littoral encourage l’installation d’agriculteurs afin de préserver les paysages des bords de mer menacés par l’urbanisation. Rencontre avec Bruno Oberti, jeune maraîcher, dont l’exploitation participe au maintien de la biodiversité du littoral méditerranéen et à une offre alimentaire locale.

« Je suis sensible au fait de bien manger, à la qualité des aliments ; alors, après avoir travaillé 15 ans dans la restauration, j’ai décidé de devenir agriculteur pour être à la source de la production alimentaire », explique Bruno Oberti.

En 2013, il répond à un appel à candidature du Conservatoire du littoral : 3,5 hectares cultivables à 400 mètres de la mer, proche de Toulon. Son projet est retenu parmi 50 autres candidats : produire des légumes en agriculture biologique et inscrire son exploitation dans la vie locale via l’approvisionnement des cantines scolaires et un projet pédagogique qui reste à développer.

Favoriser des sols vivants riches en biodiversité : planter des haies
Crédit ci-après

« En installant mon exploitation sur un domaine du Conservatoire du littoral, j'ai la chance de cultiver sur des terres qui ne seront plus jamais constructibles. C’est important pour un agriculteur. Le sol, ce n'est pas simplement un support de culture, c'est un patrimoine fertile que je dois entretenir et transmettre aux générations futures », précise Bruno Oberti.

« En tant qu'agriculteur, je dois faire en sorte de ne pas limiter la biodiversité, mais au contraire lui permettre de s'exprimer, de donner le meilleur d’elle-même. Le secret, c’est de multiplier les habitats où se développe une grande diversité d’insectes, de petits animaux, de plantes et de champignons qui vont protéger mes cultures des ravageurs », poursuit Bruno Oberti. « La haie, par exemple, a plusieurs avantages : elle abrite les oiseaux qui vont se nourrir des insectes ravageurs ; elle protège les jeunes plants du vent, ce qui est primordial en bord de mer ; elle permet de stocker du carbone dans le sol lorsque ses résidus de taille sont utilisés pour couvrir le sol ; de plus, les arbres fruitiers qui la composent sont une source de revenu supplémentaire. »

Prendre en compte la spécificité de l’agriculture du littoral

Dans le choix de ses pratiques agricoles, Bruno Oberti doit répondre à un double cahier des charges : celui de l’agriculture biologique et celui du Conservatoire du littoral. « Il faut préserver les espaces agricoles du littoral de toute pollution, mais aussi trouver un équilibre avec les réalités économiques. Par exemple, utiliser des protections plastiques pour protéger le sol, garder l’humidité et économiser de l’eau, n’est pas autorisé selon le cahier des charges. La paille est tolérée, mais nécessite plus de main d’œuvre et, surtout, avec le mistral, elle s’envole très vite. Alors, avec le Conservatoire du littoral, nous avons trouvé un compromis pour que je puisse utiliser des bâches plastiques réutilisables, et je m’engage à ne laisser aucun déchet », détaille Bruno Oberti.

Une « bouchée » de patrimoine dans l’assiette des enfants

Bruno Oberti a fait le choix de produire en petite quantité avec peu de mécanisation. « Je produis une quarantaine de légumes différents, qui nécessitent à chaque fois un travail manuel particulier, et parmi lesquels des espèces originales que l’on n’a pas l’habitude de voir sur les étals. Le pourpier, par exemple, est intéressant pour sa richesse en oméga 3. De plus, il permet de faire une rotation d’espèces peu présentes sur un même sol et ainsi d’éviter la prolifération des maladies. Le pourpier, consommé cru en salade, c’est un régal ! », conclut Bruno Oberti.

Tous les légumes de l’exploitation sont vendus sur le territoire, directement à la ferme, dans une épicerie locale et dans une cuisine centrale qui fournit les crèches en repas pour 600 enfants de la métropole Toulon Provence Méditerranée. La cuisine adapte les menus tous les 15 jours en fonction des récoltes.  

Par l’alimentation, le maintien des paysages et de la biodiversité, les habitants, petits et grands, bénéficient de l’exploitation et de l’action du Conservatoire du littoral.
 

Les missions du Conservatoire du littoral

L’agriculture contribue à l’identité culturelle, paysagère, économique et sociale du littoral. Créer en 1975, le Conservatoire du littoral est un établissement public dont la mission est de préserver les paysages naturels des littoraux, notamment de l’urbanisation.

Pour entretenir ces espaces, le Conservatoire encourage le maintien d’une agriculture respectueuse de l’environnement. Une agriculture qui favorise les sols vivants et la biodiversité grâce à l’entretien d’infrastructures agroécologiques (haies, zones humides). Une agriculture économiquement viable qui met en avant l’identité culturelle d’un territoire (races locales). Une agriculture innovante qui s’adapte aux évolutions climatiques : économie des énergies fossiles, de la ressource en eau ; diversité génétique. Enfin, une agriculture qui favorise l’installation de jeunes agriculteurs et qui progresse dans la certification environnementale (AB, HVE).

  • 1 200 agriculteurs exploitent les sites du Conservatoire du littoral ;
     
  • 32 000 hectares du domaine du Conservatoire sont utilisés pour l’agriculture ;
     
  • 90% des terrains agricoles sont en prairie permanente.
     

À télécharger : La plaquette "Agri-culture - La ruralité, une vision moderne du littoral" (PDF, 455.32 Ko)

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