Coupe rase dans les Landes, voir crédit photo
Didier Aubert, DRAAF Nouvelle-Aquitaine

19 juin 2026 Info +

Stratégie de lutte contre le nématode du pin : application dans les Landes

La lutte contre le nématode du pin constitue un enjeu sanitaire majeur pour la préservation des écosystèmes forestiers et la pérennité de la filière bois. À la suite de la découverte du premier foyer en France, l’État, en lien étroit avec les acteurs du territoire, a mis en œuvre une stratégie de lutte visant à éradiquer le foyer qui s’appuie sur une priorisation des actions dans le temps, en fonction des risques. L'objectif est de gérer en premier lieu les zones où les risques sont les plus importants, avant la période de vol (qui a commencé en avril) de l’insecte vecteur du nématode pour éviter la dissémination du nématode ; cette priorisation définit aussi un gradient d’intensité des mesures de surveillance et de lutte dans l’espace selon trois périmètres : la Zone Infestée (ZI) jusqu’à 500 m des arbres contaminés, une Zone Tampon (ZT) proche jusqu’à 3 km de la ZI, et la zone tampon large qui s’étend de 3 à 20 km de la ZI. C’est sur ce principe que le foyer détecté en novembre 2025 dans les Landes est géré. À date, les retours des opérations de surveillance ne remettent pas en cause l’hypothèse d’une présence ponctuelle sur le territoire.

Schéma de la délimitation du foyer et des priorisations de lutte en fonction du risque appliqué à la détection de Seignosse
Schéma de la délimitation du foyer et des priorisations de lutte en fonction du risque appliqué à la détection de Seignosse

Les mesures de lutte sont encadrées par la réglementation européenne et sont effectuées sous le contrôle des services de l’État.

Dans la Zone Infestée de 500 mètres autour des arbres contaminés de Seignosse

Après la détection du nématode sur la commune de Seignosse, tous les végétaux sensibles (essentiellement des pins) ont été abattus en forêts et en parcs et jardins avant le début de la période de vol du vecteur en avril. Cette coupe rase sanitaire visait un objectif d’éradication du nématode, en intégrant l’incertitude sur la manifestation des symptômes.

  • Les arbres symptomatiques (c’est-à-dire les résineux morts ou dépérissant) ont été éliminés par broyage dans des conditions sécurisées, sous le contrôle des services en charge de la protection des végétaux. Préalablement à leur destruction ces 192 arbres ont fait l’objet de prélèvements pour analyse qui ont conduit à la détection de 2 arbres contaminés en plus, à proximité immédiate du foyer initial. Les arbres contaminés ont été détruits selon un protocole sécurisé pour prévenir tout risque de survie du nématode et de son vecteur.
  • Les bois issus des résineux non symptomatiques ont été évacués sous laissez-passer sanitaire et valorisés dans des établissements, situés au plus près de la zone délimitée et désignés par la direction régionale de l’alimentation, de l'agriculture et de la forêt (DRAAF), selon un process de transformation garantissant la destruction du vecteur et du nématode du pin. Par précaution certains de ces arbres asymptomatiques ont fait l’objet de prélèvements qui se sont révélés tous négatifs

Les opérations ont été terminées avant la reprise de vol de l’insecte vecteur afin d’éviter le risque de propagation à partir de ce foyer de Seignosse.

Les coûts directs de la lutte sont pris en charge par l’État : les propriétaires ayant dû abattre des arbres ont été indemnisés pour un montant engagé fin avril 2026 de 995 000 euros.

Coupe rase réglementaire de la Zone Infestée de 500m autour des arbres contaminés
Coupe rase réglementaire de la Zone Infestée de 500m autour des arbres contaminés - DRAAF Nouvelle-Aquitaine

Coupe rase réglementaire de la Zone Infestée de 500 m autour des arbres contaminés (Didier Aubert, DRAAF Nouvelle-Aquitaine)

Dans la zone tampon la plus proche (rayon de 3 km au-delà de la zone infestée)

Le repérage suivi de la destruction sur place ou de l’évacuation des arbres à risque ont été l’autre priorité avant la reprise de vol du vecteur pour sécuriser un premier périmètre autour de la zone infestée

Tous les résineux symptomatiques (morts ou dépérissant) ont ainsi été repérés lors de prospections terrestres en plein et ont fait l’objet de prélèvement de boispour analyse en laboratoire. Cela correspond à 2974 arbres identifiés dans cette bande de 3km. Sur commande de l’État dans le cadre d’un marché d’urgence impérieuse, des entreprises ont ensuite procédé à leur abattage, conformément à la réglementation européenne, pour limiter les sites de reproduction de l’insecte vecteur et les risques de propagation du nématode. En forêt publique, des opérations similaires ont été conduites par l’Office national des forêts (ONF). Début juin 2026, près de 2 890 arbres identifiés avaient ainsi été abattus pour un montant de 1,5 million €.

Cette surveillance intensive menée dans les 3 km a permis de détecter un nouvel arbre contaminé sur la commune d‘Angresse le 17 mars 2026. Cet arbre a été abattu, broyé avant incinération dans un établissement désigné.

Début juin 2026, 5 917 échantillons dans cette zone de 3 km ont été analysés, tous négatifs à l’exception des arbres contaminés de Seignosse et Angresse.

Dans le périmètre de 500 m et de 3,5 km autour de l’arbre contaminé d’Angresse

Schéma des détections de Seignosse et Angresse
Schéma des détections de Seignosse et Angresse

La détection à Angresse ne remet pas en cause la stratégie d’éradication mais conduit à ajuster légèrement la délimitation de la zone réglementée en l’élargissant au Sud-Est. L’arbre contaminé a été coupé et broyé dès le 18 mars ainsi que les arbres à risque identifiés dans son voisinage immédiat. Autour de cet arbre, comme pour Seignosse, un périmètre de 3 km a fait l’objet d’une prospection terrain en plein afin que tous les résineux symptomatiques y soient repérés, prélevés pour analyse et détruits par broyage sur place dans les semaines à venir. Contrairement à la détection de Seignosse celle-ci a eu lieu juste avant la période de vol du vecteur, aussi l’abattage immédiat et le transport des résineux non symptomatiques situés dans un rayon de 500 m ne pouvaient pas être réalisés sans risque de dissémination par les insectes. En revanche la surveillance intensive mise en place dans cette zone permettra de repérer tous symptômes éventuels qui pourraient apparaitre sur ces arbres afin de les analyser et de les détruire de façon ciblée et sécurisée dans les meilleurs délais.

Dans la zone tampon au-delà des 3 premiers kilomètres du foyer de Seignosse jusqu’à 20 km de la zone infestée

Les opérations de surveillance et d’élimination des arbres à risque vont se poursuivre progressivement dans l’ensemble de la zone délimitée c’est-à-dire jusqu’à 20 km de la zone infestée, en utilisant la télédétection. Pour ce faire, les arbres à risque (résineux morts, dépérissant, ayant subi des dégâts de vent ou d’incendie) ont été pré-repérés sur images aériennes par l’Institut national de l'information géographique et forestière (IGN). Après vérifications sur le terrain, les arbres repérés seront abattus et détruits sur commande de la DRAAF dans le cadre d’un marché public en forêt privée et dans les parcs et jardins, et dans le cadre d’une convention de mission d’intérêt général confiée à l’ONF en forêt publique. L’objectif est de réaliser ces opérations avant la fin de la prochaine période froide (31 mars 2027).

En complément de l’approche par photo-interprétation, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a été saisie par le ministère pour définir les zones les plus à risque au sein de la zone délimitée, dans lesquelles la surveillance pourra être ponctuellement renforcée. Ces travaux s’appuient notamment sur la modélisation de la dispersion de l’insecte vecteur en fonction du paysage et sur la cartographie du risque d’introduction du nématode par les transports de bois et de végétaux sensibles.

Les restrictions et obligations concernant les travaux sur les végétaux sensibles non symptomatiques

Sauf exception, par exemple en cas de risques pour les biens ou les personnes ou pour l’entretien des lignes électriques, les travaux (chantiers forestiers, élagages, etc.) sur les arbres sensibles non symptomatiques ne sont possibles qu’en période froide (de novembre à mars) compte tenu des risques accrus de dissémination du nématode du pin en période d’activité de l’insecte vecteur. Ils sont soumis à autorisation de la DRAAF et au respect des mesures sanitaires (dont le broyage des rémanents de coupe, le transport des végétaux et du bois sensible sous laisser passer sanitaire quand ils sortent de la zone délimitée, la transformation du bois dans des établissements désignés et contrôlés par la DRAAF).

Seuls les chantiers commencés avec des bois abattus encore sur place au moment de la découverte du foyer ont été autorisés avant avril 2026 car ces bois abattus auraient été attractifs pour l’insecte vecteur, favorisant sa reproduction et donc potentiellement la dissémination du nématode. Les autres pourront l’être à partir de novembre 2026. Les piles de bois ont été évacuées vers des établissements désignées dans des conditions sécurisées.

Pour les coupes vendues sur pied avant la découverte du foyer les surcoûts du broyage des rémanents sont indemnisés par l’État

Le maintien de la mobilisation collective de tous les acteurs (propriétaires forestiers, municipalités, entreprises d’exploitation, entreprises du paysage, Centre national de la propriété forestière (CNPF), ONF, interprofession…) est essentiel pour la réussite de la lutte contre le nématode du pin.